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Mollah Nasreddin et l’ubérisation

Miniature du 17è siècle au musée palais de Topkapı à Istanbul.
Miniature du XVIIè siècle au musée du palais de Topkapı à Istanbul. Quoique l’origine ethnique et géographique de Nasreddin soit contestée, on lui associe la ville d’Akşehir, dans le département de Konya (sud de la Turquie).

Mollah Nasreddin (ou en turc Nasrettin Hoca, prononcer « hodja ») est un personnage populaire, inspiré d’un sage soufi né au XIIIè siècle entre la Turquie et l’Iran. Il est au cœur de petites histoires philosophiques et humoristiques qui se retrouvent du Maghreb à l’Inde en passant par l’Europe de l’est et l’Asie centrale. Voici une de ses histoires qui, bien qu’elle soit vieille de quelques siècles, explique l’ubérisation de façon visionnaire.

Mollah Nasreddin doit faire le prêche du vendredi à la mosquée pour trois semaines. Mais, passant plus de temps à boire à la taverne qu’à étudier le Coran, il cherche un moyen d’esquiver son devoir. Le voilà sur la chaire de l’orateur dans la mosquée, juste après la grande prière du vendredi, devant une foule de fidèles, et il doit trouver une façon de s’en sortir.

Prêche n°1

Nasreddin : Savez-vous de quoi je vais vous parler ?
Les fidèles : Non.
Nasreddin : Si vous ne vous êtes même pas préparés avant de venir, à quoi ça sert que je vous parle ? (il part en lâchant métaphoriquement le micro)
Une semaine plus tard…

Prêche n°2

Nasreddin : Savez-vous de quoi je vais vous parler ?
Les fidèles : Oui !
Nasreddin : Puisque vous savez, à quoi ça sert que je vous l’enseigne ? (il part en lâchant le micro)

Une semaine plus tard…

Prêche n°3

Nasreddin : Savez-vous de quoi je vais vous parler ?
La moitié des fidèles : Oui !
L’autre moitié des fidèles : Non !
Nasreddin : Alors, que ceux qui savent l’enseignent à ceux qui ne savent pas ! (il part en lâchant le micro)

Mollah Nasreddin vient d’ubériser le prêche à la mosquée.

Prise au piège dans mon rêve par Michel Onfray (Zaman)

Cela faisait longtemps que je n'avais pas utilisé Gimp.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas utilisé Gimp.

Voici la copie de mon billet écrit pour le journal franco-turc Zaman lors de mon passage là-bas. Tous mes 19 articles pour Zaman sont accessibles ici.

J’ai pour habitude d’utiliser ma télévision comme réveil. Celle-ci est programmée pour s’allumer à 6h du matin sur les informations de France 24. C’est tôt, mais ça me laisse le temps de rester endormie plus longtemps si je suis fatiguée. Mais si la télévision ne me réveille pas tout de suite et que je continue à dormir, des phénomènes étranges tendent à se produire.

Quand on rêve, c’est pendant une phase dite du sommeil paradoxal, un état d’endormissement relativement léger. Cela fait que quand je rêve avec les infos allumées, je les entends dans mes songes. Dès lors, tout en dormant, je peux rajouter des images aux reportages qui parviennent à mes oreilles, ou encore pester consciemment contre les bêtises de tel intervenant. Cette recette mi-onirique, mi-réelle, conduit parfois à des mélanges assez loufoques. En entendant un sujet sur la prise par Daesh de la ville syrienne de Palmyre, j’ai vu en rêve les jihadistes saccager un zoo, ce qui ne s’est évidemment jamais produit en vrai.

Uber et les hélicoptères

Le cocktail onirico-journalistique le plus abracadabrantesque que j’ai jamais entendu en rêve est le suivant : une alliance d’Uber avec Airbus pour proposer un service de trajets par hélicoptère ! Dans mon cerveau endormi défilaient des images d’hélicoptères décollant de toits d’immeubles, leurs portières marquées du «U» de l’entreprise de transport entre particuliers. Une fois levée, je m’émerveillai de mon imagination délirante et, ayant fait le tour du journal de France 24, allai zapper sur BFM Business. À mon grand effroi, j’entendis le présentateur : «… et cette info qui nous parvient à l’instant… Uber va passer un contrat avec Airbus pour proposer des hélicoptères à ses clients ! Non, vous ne rêvez pas, c’est bien vrai».

En prison, une trappe secrète

Un matin, j’essaie de m’évader de prison dans un rêve paradoxalement assez tranquille – du moins, au début. J’ai débusqué une trappe un peu rouillée dans le sol de ma cellule, que je m’acharne méticuleusement à ouvrir en écoutant les infos du monde réel. Finalement, ça s’ouvre sur un escalier. Alors que je m’apprête à descendre, le présentateur de France 24 annonce une interview avec Michel Onfray. Je soupire et pense à éteindre la télé. Mais comment faire ? Je suis en prison, tout de même ! Je ne peux pas en sortir comme ça pour attraper la télécommande qui se trouve je-ne-sais-où. Prenant mon mal en patience, je descends l’escalier. Je me retrouve dans une pièce de taille moyenne, lumineuse, chaleureuse, avec pour seul meuble, au centre, un gros coffre vide.

Onfray et les réfrigérateurs

Mais, depuis ma télé devant mon lit, Onfray se fait de plus en plus agaçant. Pour ne pas dire insupportable. Assise sur le coffre en guise de chaise, ma patience commence à s’épuiser. Que faire ? Où aller pour trouver cette fichue télé et l’éteindre ? J’entends qu’à cause du capitalisme libéral, on vit moins bien maintenant qu’il y a 50 ans, car «posséder un réfrigérateur» ne serait pas signe d’un meilleur niveau de vie. Je fais nerveusement les cent pas, impuissante et rageuse. Vous vous rendez compte, je suis harcelée par des propos venus d’un monde parallèle dont je ne peux pas me couper, même en rêve ! Après une attente interminable, des portes se matérialisent dans les murs de la pièce. Ils mènent vers des corridors. Je m’y engouffre sans tarder et me réveille.

À la télé, le présentateur dit : «Merci, Michel Onfray, d’avoir répondu à nos questions… »