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Prise au piège dans mon rêve par Michel Onfray (Zaman)

Cela faisait longtemps que je n'avais pas utilisé Gimp.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas utilisé Gimp.

Voici la copie de mon billet écrit pour le journal franco-turc Zaman lors de mon passage là-bas. Tous mes 19 articles pour Zaman sont accessibles ici.

J’ai pour habitude d’utiliser ma télévision comme réveil. Celle-ci est programmée pour s’allumer à 6h du matin sur les informations de France 24. C’est tôt, mais ça me laisse le temps de rester endormie plus longtemps si je suis fatiguée. Mais si la télévision ne me réveille pas tout de suite et que je continue à dormir, des phénomènes étranges tendent à se produire.

Quand on rêve, c’est pendant une phase dite du sommeil paradoxal, un état d’endormissement relativement léger. Cela fait que quand je rêve avec les infos allumées, je les entends dans mes songes. Dès lors, tout en dormant, je peux rajouter des images aux reportages qui parviennent à mes oreilles, ou encore pester consciemment contre les bêtises de tel intervenant. Cette recette mi-onirique, mi-réelle, conduit parfois à des mélanges assez loufoques. En entendant un sujet sur la prise par Daesh de la ville syrienne de Palmyre, j’ai vu en rêve les jihadistes saccager un zoo, ce qui ne s’est évidemment jamais produit en vrai.

Uber et les hélicoptères

Le cocktail onirico-journalistique le plus abracadabrantesque que j’ai jamais entendu en rêve est le suivant : une alliance d’Uber avec Airbus pour proposer un service de trajets par hélicoptère ! Dans mon cerveau endormi défilaient des images d’hélicoptères décollant de toits d’immeubles, leurs portières marquées du «U» de l’entreprise de transport entre particuliers. Une fois levée, je m’émerveillai de mon imagination délirante et, ayant fait le tour du journal de France 24, allai zapper sur BFM Business. À mon grand effroi, j’entendis le présentateur : «… et cette info qui nous parvient à l’instant… Uber va passer un contrat avec Airbus pour proposer des hélicoptères à ses clients ! Non, vous ne rêvez pas, c’est bien vrai».

En prison, une trappe secrète

Un matin, j’essaie de m’évader de prison dans un rêve paradoxalement assez tranquille – du moins, au début. J’ai débusqué une trappe un peu rouillée dans le sol de ma cellule, que je m’acharne méticuleusement à ouvrir en écoutant les infos du monde réel. Finalement, ça s’ouvre sur un escalier. Alors que je m’apprête à descendre, le présentateur de France 24 annonce une interview avec Michel Onfray. Je soupire et pense à éteindre la télé. Mais comment faire ? Je suis en prison, tout de même ! Je ne peux pas en sortir comme ça pour attraper la télécommande qui se trouve je-ne-sais-où. Prenant mon mal en patience, je descends l’escalier. Je me retrouve dans une pièce de taille moyenne, lumineuse, chaleureuse, avec pour seul meuble, au centre, un gros coffre vide.

Onfray et les réfrigérateurs

Mais, depuis ma télé devant mon lit, Onfray se fait de plus en plus agaçant. Pour ne pas dire insupportable. Assise sur le coffre en guise de chaise, ma patience commence à s’épuiser. Que faire ? Où aller pour trouver cette fichue télé et l’éteindre ? J’entends qu’à cause du capitalisme libéral, on vit moins bien maintenant qu’il y a 50 ans, car «posséder un réfrigérateur» ne serait pas signe d’un meilleur niveau de vie. Je fais nerveusement les cent pas, impuissante et rageuse. Vous vous rendez compte, je suis harcelée par des propos venus d’un monde parallèle dont je ne peux pas me couper, même en rêve ! Après une attente interminable, des portes se matérialisent dans les murs de la pièce. Ils mènent vers des corridors. Je m’y engouffre sans tarder et me réveille.

À la télé, le présentateur dit : «Merci, Michel Onfray, d’avoir répondu à nos questions… »

L’histoire des médias kurdes

Première édition de Rja Ţəzə (Nouvelle voie), journal kurde publié à Erevan (Arménie) entre 1930 et 2003. -- domaine public
Premier numéro de Ria Teze (Nouvelle voie), journal kurde publié à Erevan (Arménie) entre 1930 et 2003. – domaine public

Ceci est le texte d’une fiche de lecture réalisée au printemps 2015 dans le cadre de mes études, sur l’article de 1996 d’Amir Hassanpour, The Creation of Kurdish Media Culture. J’ai eu une note de 16 / 20, donc ça ne devait pas être trop mal.

Naissance d’une culture médiatique

Historiquement, les intellectuels kurdes mettaient l’accent sur le nationalisme linguistique et sur le développement d’une littérature écrite. Malgré tout, au début du XXè siècle, la grande majorité des Kurdes alphabétisés provenaient du clergé ou des classes nobles. Avec la chute des principautés kurdes au milieu du XIXè siècle, le Kurdistan fut divisé entre différents États menant des politiques répressives vis-à-vis de la culture kurde.

La transition vers la culture imprimée fut motivée par le nationalisme. Durant la période ottomane, les livres de langue kurde étaient imprimés au Caire, à Istanboul ou à Baghdad, la censure y étant moins prégnante qu’au Kurdistan. La première presse kurde fut ouverte à Soulémani en 1920 par le mandat britannique.

Sheikh Mahmud, le chef du gouvernement kurde iraqien du début des années 20, accordait une grande importance à l’impression. Lors de la révolte contre Baghdad, la presse fut déplacée dans les grottes des montagnes. Les Kurdes d’Iraq avaient plus aisément accès aux presses que ceux de Turquie ou d’Iran, mais leur situation politique et socio-économique empêchait le développement de publications viables. La fin de la monarchie en 1958 stimula l’imprimerie. En 1970, le gouvernement autorisa l’ouverture d’une maison d’édition kurde.

En Iran, la première impression en kurde eut lieu en 1921. Sous la dynastie pahlavie (1925-1979), il était illégal d’imprimer dans une autre langue que le persan. Durant sa courte existance en 1946, la république autonome kurde d’Iran inaugura des presses qui furent par la suite confisquées par les autorités de Téhéran. Il en fut de même après la révolution de 1979, quand les campagnes kurdes n’étaient pas encore sous contrôle du régime des mollahs.

En Turquie, les activités culturelles kurdes furent interdites suite à la révolte kurde de 1925. La publication clandestine en kurde ne débuta que dans les années 60.

Journaux et magazines

Le premier journal kurde, Kurdistan, fut lancé en 1898 par la famille des Bedîr Khan, une décennie avant les premiers livres kurdes. Le journalisme était tenu en grande estime par le nationalisme.

Un journalisme non-étatique ne fut possible qu’en Iraq en Syrie. Dépourvus de publicité, les journaux kurdes peinaient à joindre les deux bouts. Le seul système de distribution des journaux était la poste étatique et était donc sous contrôle gouvernemental. Le manque de papier faisait grimper le prix des revues, quand il n’en empêchait pas tout simplement le tirage. Les restrictions sur la liberté d’information n’arrageaient rien. Malgré cela, entre 1898 et 1985, pas moins de 145 périodiques virent le jour au Kurdistan.

Au sein du mouvement nationaliste, le journalisme contribua au passage d’une structure de type tribal à une organisation politique moderne. La correllation entre la vitalité de la presse et la liberté politique est directe. La presse écrite au Kurdistan autonome d’Iraq se développa fortement suite à la guerre du Golfe de 1991. La plupart des journaux kurdes étaient hebdomadaires ou mensuels, les quotidiens étant souvent trop coûteux et trop mal perçus par les autorités.

La littérature kurde était essentiellement poétique jusqu’à l’arrivée du journalisme, qui fut le principal vecteur de l’apparition d’une prose et de l’introduction des genres occidentaux. L’essentiel des publications étaient iraqiennes, le dialecte soranî profita bien plus du journalisme que le kurmancî.

Aujourd’hui encore, le journalisme fascine les intellectuels kurdes. Les poètes ont l’habitude d’écrire les eulogies d’anciens périodiques. Les anniversaires de certains journaux sont même célébrés.

Livres

Avec l’essor de l’impression, les livres kurdes devinrent un contentieux majeur entre le nationalisme kurde et les États gouvernant le Kurdistan.

La publication de livres en Iraq commença avec un seul titre en 1920 et atteignit un pic de 153 titres en 1985. Entre-temps, la production fut très aléatoire, évoluant au gré de la situation politique. La censure s’intéressait plus au contenu des livres qu’à leur langue. Le manque de fonds entravait largement la publication. Dans les premières décennies, la priorité était d’imprimer le patrimoine littéraire. Le contenu et la forme des livres se sont ensuite diversifiés. Les thématiques scientifiques restent néanmoins peu abordées.

La première maison d’édition fut fondée en Iraq en 1919 mais ne semblait pas posséder de presse. Avant la Seconde guerre mondiale, de nombreux auteurs publiaient leurs propres œuvres. Les vendeurs-éditeurs firent leur entrée en scène après la guerre. L’État républicain joua le rôle d’éditeur de manuels scolaires, puis d’éditeur tout court après la prise de pouvoir du parti Ba’ath en 1968.

La professionalisation des écrivains fut lente, pour les mêmes raisons qui freinèrent le développement de l’imprimerie ou des journaux. En 1960, quand le gouvernement iraqien permit la création de syndicats, des écrivains kurdes demandèrent à avoir le leur. Cette demande se concrétisa dix ans plus tard, en 1970. À la reprise du conflit armé en mars 1974, la plupart des syndiqués fuirent pour les montagnes. Beaucoup s’exilèrent en Iran ou en Occident après la défaite kurde de 1975.

Les Iraniens furent longtemps interdits de posséder des livres en kurde. La république kurde de 1946 s’intéressait principalement au journalisme mais imprima quelques livres.

Le premier livre kurde syrien parut en 1925. Les frères Bedîr Khan et le reste de leur milieu intellectuel poursuivirent une publication soutenue des années 1930 au milieu des années 40. Une trentaine de livres ont été publiés depuis 1925, pratiquement tous avant 1959 et l’arrivée au pouvoir du parti Ba’ath.

En URSS dans l’entre-deux-guerres, le nombre de livres publiés rapporté à la population kurde était plus important que nulle part ailleurs. Presque tous analphabètes à l’arrivée des Soviétiques en 1921, les Kurdes du Caucase savaient tous lire dans les années 40. Les sujets scientifiques et techniques étaient bien couverts en langue kurde jusqu’à la Seconde guerre mondiale, après laquelle l’enseignement de ces domaines en kurde disparut. En 1937, les déportations kurdes vers l’Asie centrale et la répression culturelle portèrent un coup dur à l’édition. Elle ne revint jamais à sa vigueur des années 30, même après la dislocation de l’Union soviétique.

Des groupes d’édition kurdes apparurent dès les années 80 en Europe, notamment en Suède et en Allemagne. Malgré l’absence de restrictions politiques, la distribution est difficile et la loi du marché bride les petits éditeurs.

Radio

En Union soviétique, la radio kurdophone commença à émettre dans les années 20, quelques années après la naissance des toutes premières stations de radio au monde.

Dans le reste du Kurdistan, les récepteurs radios étaient chers et difficiles à obtenir. Les campagnes de propagande de la Seconde guerre mondiale créèrent un climat favorable à la diffusion en des langues diverses, dont le kurde. Radio Baghdad diffusa des programmes en kude de 1939 aux années 80. La station politisa nettement les Kurdes, d’Iraq ou d’ailleurs, après la fin de la monarchie en 1958. En 1960, la crispation du nouveau régime se fit sentir sur la qualité des émissions de Radio Baghdad, attristant la presse kurde.

En Iran, les régions autonomes de 1945-1946 émirent en kurde et en azéri en défiant Téhéran. Dès le début des années 50, face aux programmes kurdes des radios soviétiques, Washington et Téhéran s’associèrent pour organiser une contre-propagande en langue kurde.

En 1957, l’Égypte lança une vaste campagne de communication contre l’Iraq. Radio Caire diffusait un programme en kurde très incisif vis-à-vis de Baghdad. L’émission, très suivie en Iraq et en Iran, eut un profond impact. L’Iran, l’Iraq et la Turquie protestèrent contre l’Égypte et l’URSS.

Dans les années 70, l’Iran soutenait les séparatistes kurdes iraqiens dans le but d’affaiblir l’Iraq, tout en promouvant une politique d’assimilation vis-à-vis des Kurdes iraniens. Dès 1980, des stations clandestines opposées au régime des mollahs virent le jour. Pour contrer à la fois celles-ci et les stations étangères, le gouvernement lança des campagnes en kurde destinées à calmer les ardeurs nationalistes. Ironiquement, elles promouvaient de facto la culture et la littérature kurdes.

La première station clandestine kurde diffusa depuis l’URSS en persan, azéri et kurde de 1947 à 1953. D’autres stations kurdes iraniennes virent le jour à la fin des années 50. Le mouvement autonomiste en Iraq ouvrit la station Radyoy Dengî Kurdistan en 1963, qui diffusait une heure par jour des bulletins d’actualité et des chansons engagées. L’Iraq et l’Iran en brouillaient le signal. La station émettait par intermittance, fermant et réouvrant au gré des négociations et des regains de tension. Les organisations politiques kurdes d’Iraq et d’Iran inaugurèrent leurs propres stations de radio dans les années 80. Parallèlement, des programmes en kurde étaient diffusés un peu partout en Occident.

Cinéma

Bien que certaines villes kurdes eurent accès au cinéma dès les années 20, le cinéma en langue kurde ne se développa que bien plus tard. Les entraves politiques au cinéma kurde étaient les moins sévères en Iraq et en URSS.

À la fin des années 80, la vidéo et la télévision satellitaire permirent de s’affranchir partiellement du contrôle gouvernemental en matière audiovisuelle. Parallèlement, la diaspora kurde en Occident atteignit une taille conséquente et se dota de moyens de production vidéo. En 1989 débuta la préparation du premier film kurde, Mem û Zîn. La guerre du Golfe l’empêcha de voir le jour. Le premier film projeté fut Nêrgiz Bûkî Kurdistan, de Mekki Abdullah, en 1991.

Le cinéma kurde de Turquie est dominé par Yilmaz Güney. Néanmoins, il ne fit jamais de film en langue kurde à cause de la législation. En ex-URSS, en dépit du marasme économique, l’activité culturelle était importante. Les faibles coûts de production attiraient les réalisateurs.

Télévision

Le gouvernement iraqien publia en 1969 un “décret sur les droits culturels” des Kurdes, promettant entre autres d’ajouter des programmes en kurde sur la chaîne de télévision de Kirkouk en attendant qu’une chaîne kurdophone voie le jour. Le temps de diffusion en kurde, très limité, atteignit six heures après la fin du mouvement autonomiste en 1975. La programmation devint un sujet de contentieux entre les producteurs kurdes et les autorités. À partir de 1991, les groupements politiques du Kurdistan iraqien géraient leurs propres télévisions, malgré le manque de dispositifs techniques.

En Iran, depuis 1986, le kurde était une des langues de la diffusion audiovisuelle internationale, aux côtés de l’arabe et du turkmène. Les années 90 virent une nette augmentation de la production locale kurdophone.

En 1995, la diaspora installée en Europe lança la première chaîne satellitaire kurdophone.

La plus grosse boulette de sa vie

Une antenne satellite, photographiée en juillet 2005 par Jan Tik.
Une antenne satellite, photographiée en juillet 2005 par Jan Tik.

Nous sommes en 1996. Un employé anonyme de France Télécom vaque tranquillement à ses occupations. Et là, il fait une boulette. Bon, ça arrive à tout le monde. Sauf que là, c’est une boulette digne du Guisness des records.

À l’époque, le groupe Canal France International diffusait des programmes éducatifs à destination du monde arabe. Pour ce faire, ils disposaient d’une bonne bande sur un satellite saoudien. Le marché des chaînes satellitaires arabes étant très concurrentiel, il était très difficile de se nicher sur une bonne bande — une bande saoudienne généralement. Les émissions de CFI étaient très suivies par beaucoup de petits Arabes.

Notre employé anonyme devait donc envoyer l’émission éducative sur les ondes. Après avoir appuyé sur le bouton, personne n’allait vérifier que c’était bien le bon programme qu’on venait d’envoyer. C’est bête, parce qu’il s’est trompé de bouton et a envoyé un film porno hardcore à la place. On estime que un quart des téléspectateurs potentiels du monde arabe ont zappé dessus à un moment ou à un autre.

L’Arabie saoudite, qui possède le satellite retransmettant CFI, est outrée. Elle expulse sans ménagement la chaîne française de sa bande.

Et c’est pas fini ! (1)

C’est donc une bande satellite très convoitée qui se libère, donnant ainsi une chance de gloire et de succès pour une petite chaîne que le hasard allait choisir. En l’occurrence, la bande est acquise en 1997 par une toute jeune chaîne d’information née l’année précédente. Pour les Saoudiens, cette chaîne, venue d’un pays dont personne n’avait jamais entendu parler avant, a l’air parfaitement inoffensive. En tout cas, il est sûr qu’elle fera moins de dégâts que les films pornos de CFI. (Les Saoudiens n’ont peut-être pas remarqué qu’il s’agissait de la réincarnation d’une télévision d’information qu’ils avaient eux-même créée, et qu’ils avaient fermé par la suite parce qu’elle leur causait trop d’ennuis).

Et c’est pas fini ! (2)

Sitôt installée sur son bout de satellite, la petite chaîne d’info met les pieds dans le plat en critiquant tous les dictateurs qui passent. Mais elle se fait vraiment remarquer par sa couverture de la seconde intifada, en 1999. On peut raisonnablement dire que si les Saoudiens n’avaient pas jeté CFI, notre petite chaîne n’aurait pas pu trouver de bande satellite décente avant l’intifada, aurait végété quelques années et aurait fermé. Devenue aussi influente que sulfureuse, c’est vers elle que se tourne Ben Laden pour diffuser les vidéos d’Al-Qaïda après le 11-Septembre. Ses reporters de guerre sont tels qu’ils mettent carrément fin à l’ère CNN lors de la guerre d’Iraq de 2003. Sa ligne éditoriale acérée cause d’innombrables incidents diplomatiques. Un de ses journalistes passe plusieurs années à Guantanamo, un autre est assigné à résidence en Espagne pour 7 ans, deux de ses bureaux sont bombardés par les Américains et George W. Bush suggère de détruire son quartier général. Les Saoudiens se sentent contraints de créer une autre chaîne d’info libre, Al Arabiya, pour la contrer.

Et c’est pas fini ! (3)

En 2006, notre petite chaîne d’info insolente lance une version anglophone qui a pour ambition de donner un poids équivalent à toutes les régions du monde, sans se centrer sur l’Occident. Celle-ci devient une des chaînes les plus influentes de la planète, très regardée en Afrique de l’est et en Asie du sud-est, et affirme son indépendance éditoriale vis-à-vis de la rédaction arabe et même de ses chefs qataris.

Et c’est pas fini ! (4)

Les discours d’un leader révolutionnaire ne durent jamais des heures, et ne se répètent pas en permanence. Les Arabes, eux, ont vécu 14 ans avec, dans leur salon, une chaîne de télé qui leur répète qu’il n’est pas normal de vivre sous le joug de la dictature, et qu’il est possible de se battre pour la liberté. Forcément, les Arabes ont fini par se dire qu’ils pouvaient changer le monde.

Il y a eu la révolution tunisienne… puis les Égyptiens massés sur la place Tahrir, les yeux rivés non pas sur un héros révolutionnaire faisant un discours, mais sur un écran géant retransmettant les infos… révoltes au Bahreïn, au Yémen, en Libye et dans d’autres pays… guerre civile en Libye… guerre civile en Syrie… guerre au Mali… État Islamique en Iraq et en Syrie, puis dans le Sinaï et en Libye… nettoyage ethnique des yézidis et des chrétiens en Iraq… qu’est-ce que j’ai encore oublié ?

Tout ça parce qu’un employé de France Télécoms s’est trompé de bouton.


Source : Al Jazeera — How Arab TV News Challenged the World, Hugh Miles
(parce que la petite chaîne d’info de tout à l’heure s’appelle Al Jazeera)

LCI : trop de chaînes d’info en France, vraiment ?

Immeuble TF1
Les locaux à Boulogne-Billancourt du groupe TF1, dont fait partie LCI (La Chaîne Info). — Christian d’Aufin, Creative Commons

Hier, le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) a refusé le passage de LCI (et de deux autres chaînes, généralistes celles-ci) en gratuit. La raison invoquée est que l’arrivée d’une troisième chaîne d’information gratuite déstabiliserait les deux déjà en place. Mais y a-t-il vraiment trop de chaînes d’info en France ?

La France comporte peu de chaînes d’information par rapport à certains pays. Même en incluant LCI à la liste, les chaînes d’info nationales généralistes françaises ne sont que trois : BFM TV, I>Télé et LCI. Vu que la population française est de 65 millions d’habitants, cela fait une chaîne d’info pour 22 millions d’habitants.

Pourtant, dans des endroits comme le Pakistan, la Turquie ou le Liban, malgré des conditions de travail plus ou moins dures pour les journalistes, le milieu médiatique est proportionnellement bien plus diversifié qu’en France.

Pakistan

Karachi centre-ville
Avec ses 24 millions d’habitants, Karachi est la plus grande ville du Pakistan et la troisième plus peuplée au monde. — Wanishahrukh, Creative Commons

Le Pakistan a beau être à peine plus étendu que la France, il est habité par 180 millions de personnes, ce qui fait de lui la sixième nation la plus peuplée au monde. C’est aussi l’un des pays les plus dangereux au monde pour les journalistes, occupant la 158è place sur 180 au classement de liberté de la presse de Reporters sans Frontières. Mais envers et contre tout, la scène médiatique pakistanaise est l’une des plus dynamiques de la planète. On y trouve au moins 24 chaînes d’information généralistes nationales, dont seulement une d’origine étrangère. Elles diffusent dans les six langues nationales, mais surtout en ourdou (un dialecte très proche de l’hindi).

Le groupe BOL devrait bientôt faire son entrée dans le paysage médiatique pakistanais.

Turquie

Brouillard Levent Istanbul mod
Le quartier d’affaires de Levent (Istanbul) se réveille dans la brume matinale. — John Walker, Creative Commons

La plus grande prison au monde pour les journalistes possède néanmoins une grande diversité médiatique. Ce pays peuplé comme la France — 70 millions d’habitants — compte 13 chaînes d’information généralistes nationales, dont quatre d’origine étrangère.

Liban

Centre-ville de Beyrouth
Le centre-ville de Beyrouth. — Radi Sadek, Creative Commons

Plus petit que l’Île-de-France, le Liban ne compte que 4 millions d’habitants (ainsi que 1.5 million de réfugiés syriens). Cela dit, pas moins de 4 chaînes d’information diffusent au Pays du Cèdre, soit une par million d’habitants.

  • Future TV
  • LBC News
  • Al Manar (« le phare »), une télévision publiquement affiliée au Hezbollah chiite
  • Al Mayadeen (« les places publiques »), une chaîne panarabe réputée pour être proche du Hezbollah et de l’Iran.

Qu’en pensez-vous ?