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Liberté, égalité, fraternité… laïcité ? (contre-argument mathématique)

Porche de l'École Nationale d'Administration (ENA)
Porche de l’École Nationale d’Administration (ENA), dans le VIè arrondissement de Paris, juste au sud du jardin du Luxembourg. – LPLT

La devise de la République française est « Liberté – Égalité – Fraternité ». Elle est sensée représenter la République dans son ensemble. Certains voudraient y rajouter le terme « Laïcité ». J’y oppose un argument inspiré des mathématiques.

Vecteurs et famille libre

La liberté, l’égalité et la fraternité sont (sensés être) les trois vecteurs de la France. Ils sont (linéairement) indépendants : ces trois concepts ne se recouvrent pas entièrement, aucun des trois n’est un simple mélange des deux autres. Ils forment donc ce qu’on appelle une famille libre.

En mélangeant les vecteurs dans les bonnes proportions, on obtient les principes fondamentaux de la République. Normalement, on n’a pas besoin de rajouter quoi que ce soit d’autre. On pourrait en débattre et dire que certains principes républicains sont faits d’autre chose que de liberté, d’égalité et de fraternité. Mais ça ne changerait rien au raisonnement : il suffirait de ne se focaliser que sur les principes formés exclusivement sur les trois vecteurs.

Bref : tout point des fondements de la République peut être décrit comme une somme des trois vecteurs, avec les bons coefficients multiplicateurs. Vu que les vecteurs forment une famille libre (c’est une condition indispensable), et vu ce qu’on vient de dire, ils forment ce qu’on appelle une base de la République.

Mathématiquement, la devise « Liberté – Égalité – Fraternité » est une base de la République Française.

Bonus : si ces trois vecteurs ne se recoupent absolument pas (càd, si on peut imaginer un pays libre mais complètement inégalitaire et sans entraide, etc.), ils sont orthogonaux et constituent une base orthogonale. De là, on pourrait diviser chacun des vecteurs « Liberté – Égalité – Fraternité » par sa norme pour en faire une jolie base orthonormale (tous les vecteurs sont ajustés pour valoir 1). Mais je laisse ça aux juristes férus de maths.

Que se passe-t-il si on rajoute la laïcité ?

La laïcité, c’est tout simplement :

  • être libre de pratiquer ou non sa religion
  • être égal quelle que soit sa religion
  • le respect et la fraternité entre toutes les confessions

Le vecteur laïcité est une somme des trois vecteurs « Liberté – Égalité – Fraternité ». Il n’est pas indépendant de ces vecteurs. Si on forme une famille « Liberté – Égalité – Fraternité – Laïcité », on a ce qu’on appelle une famille liée. Par définition, une famille liée ne peut pas être une base de quoi que ce soit.

La devise « Liberté – Égalité – Fraternité – Laïcité » ne peut mathématiquement pas être une base de la République française.

The true face of Iran

I’ll show a (tiny) bunch of pics my smart-bunny took in Iran & which are in line with many Westerners’ expectations from that country. Then I’ll throw in a photo that sums up the whole Islamic Republic as it actually is. Alright with it? So let’s go!

What the Islamic Republic looks like from the West

Tehran Railway Station (August 5th, 2015, 22h20), with both Supreme Guides' pictures on it.
The Tehran Railway Station (August 5th, 2015, 10:20 pm), with both Supreme Guides’ pictures on it.
Nucl... I mean thermic power plant on the road between Isfahan and Kashan (July 31th, 2015, 11:01 am)
Nucl– I mean thermal power plant on the highway between Isfahan and Kashan (July 31th, 2015, 11:01 am)
One of the posters promoting nuclear energy in the Mahan shrine (Kerman province) (July 23rd, 2015, 11:39 am)
One of the posters promoting nuclear energy in the Ne’matollah Vali shrine (Mahan, Kerman province) (July 23rd, 2015, 11:39 am).
Police keeping an eye on drivers on the highway between Kashan and Isfahan (31 July, 2015, 11h44). Security forces are actually a rare sight in most urban areas.
Police keeping an eye on drivers on the highway between Isfahan and Kashan (31 July, 2015, 11:44 am). Law enforcement are actually a rare sight in most urban areas.
Inside the Emâm-Rezâ shrine in Mashhad (Razavi Khorasan province) (August 3rd, 9:32 am)
Inside the Imam Rezâ shrine in Mashhad (Razavi Khorasan province) (August 3rd, 2015, 9:32 am)
In the streets of Mashhad (August 2nd, 9:39 pm). The couple are clearly Arab (Gulf?) pilgrims.
In the streets of Mashhad (August 2nd, 2015, 9:39 pm). The couple are clearly Arab (Gulf?) pilgrims.

What the Islamic Republic actually is, in one pic

This is a birthday cake legally bought from a bakery. Courtesy of an Iranian friend in Shiraz (Fars/Persia province) (February 27th, 2016)
This is a birthday cake legally bought from a bakery. Courtesy of an Iranian friend in Shiraz (Fars/Persia province) (February 27th, 2016)

Read more bunny-eared posts about this seemingly Angry-Birds-pig-crazed Islamic Republic (in French):

Scoop : un musulman a fondé la plus grosse capitalisation boursière du monde !

Miniature indienne moghole illustrant le Baburnama.
Miniature illustrant le Baburnama بابرنامه, autobiographie du roi Babur (1493-1530), fondateur ouzbek de l’Empire moghol d’Inde. Elle représente un jardin où poussent des grenadiers. J’aurais préféré qu’il s’agisse de pommiers, mais on ne peut pas tout avoir :-)

Non, je ne parle pas de Saudi Aramco. Ils ne sont pas encore côtés en bourse, et puis c’est une compagnie pétrolière, ils trichent un peu, quoi. Moi, je parle d’une petite start-up qu’un musulman a fondée dans un garage et qu’il a transformée en une énoooorme boîte ! Énoooooorme !

Cette « grosse blague » est facile à monter. Il suffit de lire la charia (loi islamique) de près. Notez que toutes les conclusions ci-dessous sont obtenues selon une certaine lecture de l’islam.

Mariage selon la religion du conjoint

Dans la loi islamique classique, un homme musulman peut se marier avec une ou plusieurs femmes musulmanes, ou appartenant aux gens du Livre (chrétiennes, juives et éventuellement zoroastriennes).

Une femme musulmane ne peut se marier qu’avec un musulman. Elle ne peut pas épouser un chrétien, par exemple. Si elle essaye de le faire, le mariage est considéré comme nul selon la charia. Si elle consomme quand même le mariage, elle passe pour une fornicatrice (100 coups de fouet s’il y a quatre témoins visuels indépendants ayant chacun un casier judiciaire vierge et une réputation d’honnêteté, etc.). Je ne suis pas sûre de la religion de l’enfant d’une musulmane et d’un chrétien ; je crois qu’il est musulman, mais ce n’est pas important pour la suite de l’histoire.

En tout cas, l’enfant d’un père musulman est nécessairement musulman. Cet argument suffirait pour conclure sur cette malicieuse blague. Mais ce serait bien trop facile ! On va donc se compliquer les choses.

Et si l’enfant d’un musulman est élevé par des chrétiens ?

Supposons que l’enfant d’un père musulman soit adopté à la naissance dans une famille chrétienne, qu’il ait une éducation chrétienne, qu’adulte il aille à la messe, etc.. Est-il encore musulman aux yeux de la charia ?

La réponse est plutôt « non » : il a abandonné l’islam, c’est un apostat. C’est très embêtant pour notre blague, car elle tient sur le fait que l’enfant d’un musulman reste musulman quoi qu’il arrive. Mais on va trouver un moyen de s’en sortir.

Jurisprudence

Prenons l’exemple de Meriam Yahia Ibrahim Is’hag (مريم يحيى إبراهيم إسحق), née en 1987 d’un musulman et d’une chrétienne au Soudan, un pays extrêmement conservateur. Elle fut élevée dans le christianisme car son père l’avait abandonnée très jeune. De facto, elle embrassa complètement la foi chrétienne. Elle se maria avec un chrétien, mais catastrophe, un proche se souvint qu’elle était techniquement musulmane, et ne pouvait donc épouser un chrétien. Elle fut dénoncée à la justice au printemps 2014, pendant sa deuxième grossesse. Le mariage fut donc déclaré nul, mais vu qu’il avait déjà été consommé depuis longtemps, elle fut condamnée à 100 coups de fouet pour fornication. La cour rajouta une peine de mort pour apostasie (abandon de l’islam), car Meriam refusait de se convertir à l’islam malgré les injonctions de la justice. Un tollé international s’ensuivit. Meriam fut libérée en appel. Après s’être réfugiée dans l’ambassade américaine à Khartoum, elle prit un avion pour Rome en juillet 2014.

On en déduit que l’enfant d’un musulman, élevé dans le christianisme, est considéré comme apostat mais est toujours musulman.

Tout ça pour dire : selon une certaine vision de la charia, un type avec un père musulman est techniquement musulman, même s’il a adopté un style de vie chrétien dès l’enfance. On peut maintenant vous révéler la blague !

La blague ! La blague !

  • Steve Jobs, le fondateur d’Apple, adopté à la naissance, a un père syrien.
  • Son père est musulman.
  • Donc Steve Jobs est musulman.
  • Donc Apple a été fondée et dirigée par un musulman (un peu apostat quand même).

Pensez-y la prochaine fois que vous consulterez votre iPhone ;-)

Les alévis ruraux de Turquie

La fontaine des Trois Saints (Üçler Çeşmesi), dans le mausolée de Hacı Bektaş Veli (Nevşehir, Anatolie centrale, Turquie)
La fontaine des Trois Saints (Üçler Çeşmesi), dans le mausolée de Hacı Bektaş Veli, une figure sainte de l’alévisme et du bektaşisme (Nevşehir, Anatolie centrale, Turquie)

Ceci est une fiche de lecture réalisée dans le cadre de mes études de turc (L2, premier semestre). Je l’ai rendue il y a plusieurs mois mais ne connais pas encore la note. J’espère qu’elle sera bonne.

The Alevis in Turkey

The Emergence of a Secular Islamic Tradition

Introduction

À l’aube de la République, les alévis étaient ruraux, traditionnels et installés dans le sud-est du pays. Aujourd’hui, ils sont principalement urbains et laïques. Mais qu’en est-il des alévis actuels des campagnes turques ?

David Shankland, professeur d’anthropologie sociale à Bristol (Royaume-Uni), a habité entre 1988 et 1990 à Susesi, un village alévi. La région est composée de hameaux sunnites et alévis où les deux communautés se mélangent peu. Les Turcs sont pratiquement la seule ethnie de la région.

Résumé

Les alévis forment 15-20 % de la population turque. La foi alévie incorpore des éléments d’islam, notamment chiite, et de soufisme. Dans l’alévisme, les quatre portes (dört kapış) vers la connaissance sont Şeriat (la loi sunnite orthodoxe), Tarikat (le niveau de connaissance des Alévis), Marifet (une connaissance plus profonde) et Hakikat (l’union mystique avec Dieu). Le principal texte de l’alévisme est le Buyruk (décret), écrit par l’imam chiite Cafer Sadık. La plus grande figure alévie est Hacı Bektaş ; ses descendants sont les efendi. Les alévis ne vont pas à la mosquée, ne jeûnent pas pendant le Ramadan et ne pratiquent pas le pélerinage à la Mecque.

Les villages de la région sont découpés en quartiers (mahalle) assez indépendants et distants les uns des autres. Les hameaux alévis ont moins de quartiers que les sunnites. Susesi en compte huit.

Une méfiance historique règne entre sunnites et alévis. Les sunnites considèrent les alévis comme étant chiites (ou « Kızılbaş »), pas vraiment musulmans, et ayant des mœurs légères. Inversement, les alévis perçoivent les sunnites comme des fanatiques. Longtemps persécutés, certains villages alévis ont fini par adopter les coutumes sunnites jusqu’à devenir de facto sunnites ; ceux-là sont qualifiés de döndük. Les alévis sont réputés pour leur pratique des instruments de musique et sont pour ces raisons invités aux festivités des villages sunnites.

Les hameaux sunnites comportent à peu près 20 % de croyants durs, 10 % de gens à tendance antireligieuse et 70 % de croyants modérés. Les plus rigoristes refusent par exemple la venue de musiciens alévis, considérant la musique comme source de péché. Au contraire, les moins pratiquants n’hésitent pas à se rendre en période de ramadan dans des restaurants alévis aux fenêtres obstruées de papier journal. Politiquement, les sunnites sont plutôt de droite quand les alévis votent plus à gauche.

Les villages, qu’ils soient sunnites ou alévis, sont régis par une société patriarcale. Contrairement au sunnisme, l’alévisme prône une égalité théorique des sexes. Cependant, on ne peut pas affirmer de manière tranchée que les femmes alévies rurales soient beaucoup plus émancipées que leurs consœurs sunnites. Si la mixité est plus présente dans les villages alévis, les mouvements et les activités des femmes y sont restreintes par l’honneur, là où les sunnites auraient invoqué des raisons religieuses.

Alors que tous les hommes sunnites sont égaux, les alévis peuvent appartenir ou non à une lignée de dede (guides spirituels). Chaque alévi est le talip (subordonné) d’une lignée particulière de dede. Le village est dirigé par un muhter. À Susesi, l’autorité du muhter laïque prend le pas sur celle des dede. Cette hiérarchie traditionnelle, ainsi que l’importance des cérémonies dans la résolution des conflits, freine les alévis dans leur intégration à la hiérarchie étatique, qui préfèrent souvent déménager en ville plutôt que de devoir réviser l’organisation sociale du village.

Les deux grandes cérémonies religieuses alévies sont le görgü, qui se tient annuellement en automne, et le cem, une grande prière collective qui peut durer quatre à cinq heures et qui peut avoir lieu plusieurs fois entre le görgü et le Hıdrellez (6 mai). Les mariages sont l’occasion du muhabbet, une cérémonie profane ponctuée de chants religieux et caractérisée par une grande consommation d’alcool comme le rakı.

Alévis et sunnites sont de fervents admirateurs de Mustafa Kemal Atatürk. Mais là où les sunnites réprouveraient l’attitude kémaliste envers la religion, les alévis embrassent cette laïcité tout en gardant une grande ambivalence vis-à-vis du pouvoir central.

Alors que les villages sunnites maintiennent une population stable, les hameaux alévis s’amenuisent avec le temps, l’exode rural et l’émigration y étant plus importants. Parallèlement, du moins jusque dans les années 90, l’autorité des dede était de plus en plus contestée, les cérémonies religieuses comme le cem moins fréquentées au profit des rassemblements profanes tels que le muhabbet, et l’alévité (Alevilik) devenait plus une affaire de culture que de foi. Des groupes alévis très divers, installés en particulier à İstanbul, promeuvent un renouveau alévi. On peut citer le Cem vakfı d’İzettin Doğan, qui travaille à l’ouverture de “maisons de cem” (cem evleri) un peu partout en Turquie.

Commentaires et questions ouvertes

Le séjour de Shankland à Susesi date de 1988-1990. Depuis, l’Ak Parti est arrivé au pouvoir ; la société est passée à l’ère du numérique ; et le conflit syrien a modifié la géopolitique régionale tout en entraînant un regain de visibilité du nationalisme kurde. On peut supposer que ces événements aient altéré la situation des alévis ruraux.

Révolution numérique

Le smartphone est devenu un outil indispensable, y compris dans les milieux ruraux. Comment les cultures et les communautés alévies se sont-elles installées sur Internet ? Quel y est leur rapport avec les autres communautés, qu’elles soient turques ou étrangères ?

Arrivée de l’Ak Parti (AKP) (anciennement Adalet ve Kalkınma Partisi)

Parti de droite, l’AKP mit l’emphase sur l’identité musulmane des Turcs. Le pouvoir central se place donc à l’opposé des tendances kémalistes des alévis. En mai 2013 fut inauguré le pont Yavuz Sultan Selim au-dessus du Bosphore, déclenchant la colère des alévis qui furent durement persécutés par le sultan Selim Ier.

Guerre syrienne

La révolte syrienne de 2011 créa l’afflux de 2 millions de réfugiés en Turquie, notamment près des zones de population rurale alévie. De même, cette modification du contexte géopolitique a entraîné des regains de troubles et de nationalisme dans les zones de peuplement kurde, qui coïncident avec celles de la ruralité alévie.

Regain de nationalisme kurde

Les séparatistes kurdes du PKK signèrent un cessez-le-feu dans les années 90. Mais les violences ont récemment flambé entre Ankara et les Kurdes, avec intervention de l’armée, attentats et lynchages populaires, notamment de la main d’extrémistes de droite. Comment les alévis, kurdes à 20 %, réagissent-ils ?

Référence du livre

David Shankland – The Alevis in Turkey – RoutledgeCurzon, 2003, Londres

Kadızâde, le jihadisme à la sauce ottomane

Birgi, un patelin tranquilou d'où a failli partir une guerre civile
Birgi, un patelin tranquillou d’où a failli partir une guerre civile – Zizibo, juin 2006

Hier soir, notre professeur d’histoire ottomane a fait une leçon « spécial attentats ». Voilà ce que j’ai retenu de son cours. En mode étudiante cool, pas en mode universitaire sérieuse.

Vers la fin du XVIè siècle, à la fin du règne du sultan Süleyman Ier (Soliman le Magnifique) vit un théologien du nom de Mehmed Efendi, originaire de Balıkesir, une ville au sud de la mer de Marmara, entre Istanboul et Izmir. Ce type est très rigoriste, contre les confréries soufies qui prospéraient à l’époque, contre les chants, les danses, la vénération de saints dans les türbe (mausolées), la psalmodie du Coran (tajwîd), etc.

À l’époque, le şeyhülislam, chef de la religion dans l’Empire ottoman, est un certain Ebussuud Efendi. Comme la société ottomane en général, c’est plutôt un libéral. Prenons un exemple : en théorie, le prêt à intérêt est interdit en Islam. Mais, de facto, des usuriers faisaient des prêts à 100 % (!) de taux d’intérêt à des familles dans le besoin, qui se trouvaient alors contraintes d’hypothéquer leurs biens. Plein de monde se faisait expulser de son logement. Pour résoudre le problème, Ebussuud use du hile-i şeriye (tricher avec les règles) : avec des montages financiers, il devient possible d’avoir des prêts (plafonnés à 10 %, hein). Le principe est que les établissements publics étaient financés par des vakıf, du capital immobilisé. Mais il faut bien de l’argent frais pour entretenir ces établissements. Du coup, les fonds de vakıf sont utilisés pour « acheter » de manière virtuelle des biens aux gens qui ont besoin d’un prêt. S’ils ont besoin de 1000€, ils vendent fictivement un bien, dont la valeur passe à 1100€ au bout d’un an quand ils doivent le racheter. Un bidouillage fiscal parfaitement halal aux yeux d’Ebussuud.

Sauf que Mehmed Efendi trouve ces bricolages absolument scandaleux et part hurler devant Ebussuud. Ce dernier l’engueule en lui disant « là tu dépasses les bornes ! Tu vas faire tes valises, quitter Istanboul et aller te trouver un job dans une petite mosquée de village en Anatolie ». Mehmed Efendi est donc contraint de se barrer de la capitale, lui et tous les bouquins qu’il a écrit. Il se pose dans un bled du nom de Birgi, dans la région d’Izmir, et ouvre une medrese (école religieuse), en 1579. Bizarrement, la plupart des étudiants viennent de sa ville natale de Balıkesir. Par la suite, le théologien acquiert le nom de Birgivi Mehmed Efendi, « celui qui vient de Birgi », même s’il s’est retrouvé dans ce village complètement par hasard.

Tout se passe pour le mieux jusqu’en 1650, plus d’un demi-siècle plus tard. L’Empire se réveille avec des extrémistes partout ! Ils se nomment « Kadızâde », sont les élèves de Birgivi et font des prêches à la mosquée appelant à trucider tous ceux qui chantent, dansent, lisent le Coran trop joliment ou vont dans les mausolées. Des janissaires (soldats) se joignent même aux kadızâde, la société est polarisée, on est au bord de la guerre civile ! En 1656, paniqué, le sultan Mehmed IV (enfin surtout la princesse Hatice Sultan, sœur de Soliman le Magnifique) nomme Köprülü Mehmed Paşa, un haut fonctionnaire d’origine albanaise, pour résoudre ce problème. Bon, en fait il y a plein d’autres problèmes à régler. On oubliera la dictatrice Kösem Sultan, grand-mère de Mehmed IV qui tint l’Empire d’une main de fer pendant 50 ans et qui fut assassinée en 1651 par Hatice Sultan parce que… parce qu’on en avait vraiment marre d’elle et qu’elle faisait entrer des kadızâde au palais.

Non, dans les vrais soucis du moment, il y a les Vénitiens avec qui les Ottomans sont en guerre depuis aussi longtemps qu’ils s’en souviennent, et avec qui ils sont en conflit dans l’Adriatique et en Crète. Le truc est juste que Venise a massé une flotte devant le détroit des Dardanelles et qu’elle déferlera sur Istanboul si on ne fait rien. Il y a aussi un Juif du nom de Sabatay Zevi, qui s’est autoproclamé messie et qui menace de fonder une nouvelle religion. Ça passe mal.

Köprülü vire les Vénitiens des Dardanelles (même s’il faudra attendre son fils pour prendre toute la Crète). Il convoque Zevi et lui demande de choisir une religion digne de ce nom : judaïsme, christianisme ou islam. Zevi et ses disciples font semblant de se convertir à l’islam mais continuent de pratiquer le judaïsme. On les appellera plus tard les dönme (du verbe dönmek, « re/tourner », le même verbe que dans döner kebap, « brochette de viande qui tourne »).

Quant aux kadızâde, ben on ferme leurs medrese, on expulse leurs imams et on pend leurs militants sur la place publique. C’est très efficace. Les gens appelleront ça les événements de Vakvak, du nom d’un arbre légendaire situé sur un îlot de l’océan Pacifique et dont les fruits seraient des femmes offertes aux marins. Les kadızâde pendus leurs rappellent les femmes suspendues aux branches de Vakvak…

Le seul truc est que les bouquins de Birgivi Mehmed Efendi (notamment son Vasiyetnâme) restent enseignés dans toutes les medrese jusqu’à la fin de l’Empire, voire même après.

Au fait, vous savez quelle terrible ironie est advenue au pauvre Birgivi, lui qui haïssait le culte des saints ? La mairie de Birgi lui a construit un joli mausolée où les gens viennent en pélerinage pour lui faire des offrandes !

Vêtements féminins en Iran : version 2015

Smartlapin en tchador devant la mosquée du sheikh Lotfollah (place Naqsh-e Jahân, Ispahan) (ceci n'est pas un photomontage) (29 juillet 2015, 18h40)
Selfie de Smartlapin devant la mosquée du sheikh Lotfollah (place Naqsh-e Jahân, Ispahan) (ceci n’est pas un photomontage) (29 juillet 2015, 18h40)

Article du 14 juin 2014 sur le même sujet : Le code vestimentaire féminin en Iran

Après 3 semaines de séjour dans le noyau perse de l’Iran, voici ce qu’on peut dire concernant les habits des Iraniennes. Vous ne vous prendrez plus les pieds dans le tapis persan !

Le code vestimentaire

Deux promeneuses au jardin d'Eram à Shiraz
Deux promeneuses au jardin d’Eram à Shiraz (prov. de Perse) (18 juillet 2015)

Voici ce que vous devez porter si vous allez en Iran :

  • Un foulard (روسری rusari) sur la tête. Il n’a pas besoin d’être parfaitement opaque et peut laisser échapper autant de cheveux qu’on souhaite et par tous les côtés (y compris l’arrière). S’il tombe, même sous les yeux d’un policier, on ne vous dira rien si vous le remettez en quelques secondes (que vous soyez étrangère ou Iranienne).
  • Une tunique (مانتو mânto) qui cache les coudes et les fesses. Elle ne doit pas être très moulante. Un gilet bien long sur un T-shirt manches courtes serré fait bien l’affaire. J’ai vu un mânto transparent sur une Iranienne de la ville conservatrice de Yazd. Les étrangères peuvent arborer un décolleté plongeant même s’il n’est pas caché par le foulard.
  • Un pantalon, jeans, leggings, jupe, etc. qui descende jusqu’aux chevilles.
  • Les chaussettes sont facultatives.

Les Iraniennes n’ont généralement pas peur des couleurs vives et des paillettes.

Vous pouvez enfreindre le code (enlever votre foulard, par exemple) tant que vous pouvez rétablir la situation avant que la police arrive, ou que des gens conservateurs viennent vous faire des remarques. Il n’y a aucun risque à se baigner en maillot de bain sur une plage déserte devant une mosquée à l’heure de la prière. De même, vous pouvez être tête nue dans une voiture hors agglomération, dans certains hôtels, lors d’une balade à la montagne, ou dans n’importe quel endroit un peu isolé. C’est une question de feeling.

Tchador

Le tchador (چادر « tente ») est une grande cape en forme de demi-lune. Il se porte sur le foulard-mânto-pantalon habituel et peut se mettre de mille façons. Il est souvent noir, à motifs discrets et avec des effets de transparence et de brillance. On rencontre occasionnellement d’autres couleurs.

Deux femmes en habits bandaris visitant le château de Râyen (prov. de Kermân) (23 juillet 2015, 13h22)
Deux femmes en habits bandaris visitant le château de Râyen (prov. de Kermân) (23 juillet 2015, 13h22)

Les tchadors sont colorés dans la région de Hormozgân (هرمزگان détroit d’Ormuz) ; ils sont alors dits « bandari » (بندری « de la ville de Bandar-‘Abbâs بندر عباس »). Dans le meilleur des cas, il est portés sur la tête et cache tout sauf le visage et les pieds. Souvent, il dévoile les jambes jusqu’aux genoux, se porte sous le bras comme un sari, sur les épaules, à la taille, voire est laissé complètement ouvert sur le devant. On cache son sac à main dessous. Le tchador s’ouvre voire tombe si on le lache ; on est obligé de le tenir avec la main ou le coude, voire avec les dents si on n’a plus que ça de disponible.

Le tchador est théoriquement obligatoire dans les mausolées religieux, même si cette règle n’est pas toujours appliquée. On en prête, souvent de couleur blanche à fleurs, à l’entrée de ces sanctuaires. Si aucune dame n’est présente à l’entrée pour vous donner le tchador en main propre, vous pouvez toujours entrer avec vos vêtements normaux. Dans le pire des cas, on vous de ressortir le temps de vous habiller décemment.

La police religieuse iranienne, qui disparaît progressivement, est largement (exclusivement ?) composée de femmes en tchador.

Les vêtements qu’on ne voit pas, ou rarement

Niqab

2 août 21h59 - pélerine niqabie
Pélerine arabe chiite à Mashhad (2 août 2015)

Le niqab, qui cache la tête et le visage en ne montrant que les yeux, est considéré en Iran comme un vêtement d’Arabe. Il est porté par de rares autochtones de la région arabisée du Hormozgân, toujours avec un tchador bandari coloré. Les multiples femmes en niqab de la ville-pélerinage de Mashhad sont toutes des pélerines venues d’Iraq ou d’Arabie saoudite.

Masques bandaris achetés sur l'île de Qeshm.
Masques bandaris achetés sur l’île de Qeshm.

Burqa afghane

A priori, vous ne verrez jamais de grille devant les yeux d’une Iranienne.

Masque bandari

L’accessoire iranien se rapprochant le plus d’une burqa (en masquant le visage) est le masque bandari, occasionnellement porté par dans la région du Hormozgân.

Abaya

Cette longue robe noire prisée des Arabes est rarement arborée par les Iraniennes conservatrices, qui lui préfèrent le tchador.

Voile serré

Le voile serré « à l’arabe », un foulard qui colle de près à la tête sans laisser dépasser de cheveu et qui est maintenu par mille épingles, n’est porté par les Iraniennes que sous un tchador. Il ne faut pas le confondre avec les cagoules de l’uniforme de travail, qui montrent tout de même les cheveux de devant.

Habillement par région

Le tchador est

  • peu porté à Téhéran (8 154 000 hab) et Shiraz (1 460 000 hab)
  • un peu plus à Ispahan (1 756 000 hab)
  • encore un peu plus dans le Hormozgân (province de 1 580 000 hab)
  • plus à Kerman (534 000 hab)
  • encore plus à Kashan (275 000 hab) et Yazd (486 000 hab).

La grande ville la plus conservatrice d’Iran est Qom (1 074 000 hab). Mashhad (2 749 000 hab) est difficile à juger, tellement la proportion de pélerins étrangers est importante (jusqu’à deux fois le nombre d’autochtones).

Une fille en tchador n’est pas forcément religieuse ou croyante, ce vêtement étant essentiellement promu par la pression sociale. À Yazd (une des villes les plus conservatrices avec Qom et Mashhad), environ 80% des femmes sont en tchador, bien que les mosquées soient presque vides à l’heure de la prière.

Dans les vitrines

Les Iraniennes adorent les robes de soirées couvertes de paillettes. En voici à Yazd.

Boutique de robes de soirées près de la place Tchakhmaq à Yazd (25 juillet 2015, 19h14)
Boutique de robes de soirées près de la place de l’émir Tchakhmâq à Yazd (25 juillet 2015, 19h14)
Robes de soirée à Téhéran (6 août 2015, 16h39)
Robes de soirée à Téhéran (6 août 2015, 16h39)

À Téhéran, une rue piétonne est exclusivement dédiée aux robes de soirées, qui se vendent typiquement entre 100€ et 200€.

Dans ce centre commercial de Qeshm (29 000 hab, île de Qeshm, prov. de Hormozgân), les boutiques de lingerie sont symboliquement voilées de rideaux de ficelles à petits cœurs rouges.

Boutique de lingerie dans un mall de Qeshm (21 juillet 2015, 23h03)
Boutique de lingerie dans un mall de Qeshm (21 juillet 2015, 23h03)

Toujours dans le même centre commercial, d’autres vêtements osés sont disposés sur des mannequins sans honte.

Boutique de vêtements dans un mall de Qeshm (21 juillet 2015, 23h02)
Boutique de vêtements dans un mall de Qeshm (21 juillet 2015, 23h02)

D’autres mannequins ont la tête couverte, notamment s’ils sont visibles depuis la rue.


Toutes les photos ont été prises par le Smartlapin. Si vous voulez les réutiliser, contactez-le (normalement, il vous dira oui). Les données de population sont extraites de l’atlas mondial de Gitâshenâsi année 1393-1394 (2014-2015), la référence iranienne des cartes.

Le Moyen-Orient sushi (sunnite-chiite)

Il était une fois une région faisant le pont entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Sauf que ce pont était plein de sushis qui se battaient pour avoir la meilleure place.
Il était une fois une région faisant le pont entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Sauf que ce pont était plein de sushis qui se battaient pour avoir la meilleure place. Les sushis s’enchevêtraient, on ne savait plus lequel déguster en premier. – photo de Pedro Moura Pinheiro, 2005

Parce que tout conflit ne part pas forcément d’une histoire de sushis (sunnites et chiites), voici une explication de la situation de divers pays du Moyen-Orient à ce sujet, notamment les pays en prises avec le conflit en Iraq et au Levant.

N’hésitez pas à relire aussi mon post de juin 2014 sur les courants de l’islam.

Sauf mention contraire, j’entendrai par « chiisme » le chiisme duodéciman à douze imams, de loin le plus professé.


 Daesh et affiliés

Confession principale : sunnisme des plus extrémistes
Confession de la classe dirigeante : idem
Autres confessions minoritaires : aucune
Aime bien : les donateurs privés de part le monde
N’aime pas : le monde entier, l’Arabie saoudite, les autres jihadistes

Al-Qaïda et affiliés

Confession principale : sunnisme aussi rigoriste que le saoudien
Confession de la classe dirigeante : idem
Autres confessions minoritaires : aucune
Aime bien : les donateurs privés de part le monde
N’aime pas : le monde entier, l’Arabie saoudite, Daesh

Frères musulmans

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme islamiste
Autres confessions minoritaires : aucune
Aime bien : le Qatar, la Turquie
N’aime pas : l’Égypte, l’Arabie saoudite


 Syrie

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : alaouisme (1% de la population)
Autres confessions minoritaires : christianisme (divers courants)
Aime bien : l’Iran, l’État iraqien chiite, certaines mouvances jihadistes
N’aime pas : les rebelles syriens, l’Arabie saoudite, le Qatar

Les alaouites se définissent comme chiites, mais leurs croyances sont presque aussi distantes de celles des chiites orthodoxes que de celles des sunnites.

  • Ils honorent une trinité, où Ali est placé au-dessus de Mahomet.
  • Ils n’ont semble-t-il ni jour du Jugement, ni enfer.
  • Ils croient à la réincarnation suivant un système de karma.
  • Pour eux, les humains étaient originellement des étoiles déchues des cieux. Le salut de l’humanité est de se réincarner de nouveau en étoile.

Malgré les grandes différences de dogmes, l’Iran chiite orthodoxe soutient le régime syrien alaouite.

Iraq (hors Kurdistan autonome)

Confessions principales : chiisme (60%), sunnisme (40%)
Confession de la classe dirigeante : chiisme
Autres confessions minoritaires : christianisme (divers courants)
Aime bien : l’Iran, l’État syrien alaouite
N’aime pas : les Kurdes, les jihadistes

Bien que les troubles iraqiens soient sushi en apparence, les deux communautés entretenaient de bons rapports jusqu’à il y a une ou deux décennies, ce qui suggère d’autres causes au déchirement du pays. Le gouvernement chiite de Haydar al-Abadi est soutenu par l’Iran, de même confession.

Les Kurdes

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme
Autres confessions minoritaires : alévisme (Turquie), yarsanisme (Iran), yézidisme (Iraq)
Aiment bien : quiconque les aime
N’aiment pas : l’Iraq, la Turquie, l’Iran, la Syrie, les jihadistes

Les alévis et les yarsanis peuvent ou non se réclamer du chiisme, même si leurs dogmes sont très éloignés de ceux du chiisme orthodoxe. Les yézidis, adorateurs de l’Ange-Paon, se définissent clairement comme une religion à part.

Turquie

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme, islamiste
Autres confessions minoritaires : alévisme, christianisme
Aime bien : le Qatar, les rebelles syriens
N’aime pas : l’Arabie saoudite, les Kurdes, l’État syrien alaouite

La Turquie entretient des relations très ambigües avec les mouvances jihadistes à sa frontière sud.

Iran

Confession principale : chiisme
Confession de la classe dirigeante : chiisme orthodoxe rigoriste
Autres confessions minoritaires : sunnisme, christianisme, judaïsme, yarsanisme, babisme, bahá’isme
Aime bien : l’État alaouite syrien, l’État chiite iraqien, les Houthis zaydis du Yémen, les chiites du Bahreïn, le Qatar
N’aime pas : l’Arabie saoudite, les Kurdes

Bastion du chiisme orthodoxe et némésis de l’Arabie saoudite. La plupart des habitants sont chiites et peu religieux. Aussi fermée soit-elle, la République islamique est largement plus tolérante, dynamique et politiquement prometteuse que le royaume wahhabite. Les Iraniens sont culturellement aussi occidentalisés que les Turcs.

Arabie saoudite

Confessions principales : sunnisme salafiste, chiisme dans la province orientale
Confession de la classe dirigeante : sunnisme salafiste
Autres confessions minoritaires (expatriés) : hindouisme, christianisme, sikhisme, etc.
Aime bien : l’Égypte anti-islamiste [sic], les rebelles syriens, les pays du Golfe hors Qatar, le gouvernement sunnite élu du Yémen
N’aime pas : l’Iran, l’État chiite iraqien, l’État syrien alaouite, ses propres chiites de la province orientale, le Qatar, les Houthis zaydis du Yémen, les islamistes Frères musulmans, les jihadistes

Bastion sunnite extrémiste très remonté contre tout ce qui est, de près ou de loin, chiite : l’Iran (son ennemi de toujours), l’Iraq, la Syrie alaouite, les zaydis du nord du Yémen mais aussi leurs propres chiites de l’est du pays (installés pile poil au-dessus des réserves d’hydrocarbure, comme par hasard). Bien qu’il fasse tout pour faire croire le contraire, le royaume wahhabite est en piteux état aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les alliés traditionnels que sont les États-Unis et les autres pays du Golfe se distancient.

Les Saoudiens ont toujours détesté les Qataris, notamment par jalousie. Cela faisait un siècle qu’ils tentaient d’annexer cette insignifiante péninsule, qui leur résistait à chaque fois de manière inexpliquée. Et puis, brutalement, les Qataris sont devenus bien plus riches que les Saoudiens et se sont arrogés un soft power à faire palir Riyadh. Le royaume wahhabite culpabilise d’avoir été très largement responsable de la création d’Al Jazeera, une entreprise qui, dès sa naissance, n’a cessé de le critiquer.

Qatar

Confessions principales : sunnisme (expatriés et autochtones), hindouisme (expatriés), christianisme (expatriés)
Confessions de la classe dirigeante (autochtone) : sunnisme salafiste (10% de la population), chiisme (très marginal)
Autres confessions minoritaires (expatriés) : sikhisme, bouddhisme, etc.
Aime bien : le monde entier, sans que ce soit forcément réciproque
N’aime pas : l’Arabie saoudite et l’Égypte (mais essaye de le cacher)

Pays d’immigrés dont je ne saurais dire s’il est à majorité hindoue ou musulmane. Pour s’affirmer entre l’Arabie saoudite et l’Iran, Doha pratique une diplomatie intensive depuis une décennie, en essayant d’être amie avec le monde entier. Malheureusement pour les Qataris, les chaînes du groupe Al Jazeera prennent un malin plaisir à critiquer tous ceux avec lesquels les Qataris tentent de se rapprocher, sapant ainsi bien des efforts diplomatiques.

À l’heure actuelle, le Qatar est globalement chiitophile et proche de l’Iran. Il soutenait vivement les rebelles Houthis chiites zaydis du Yémen, jusqu’à ce qu’il décide de rentrer dans la coalition contre eux (probablement pour réparer ses relations lamentables avec Riyadh).

Bahreïn

Confessions principales : chiisme (70%), sunnisme salafiste (30%)
Confession de la classe dirigeante : sunnisme salafiste
Aime bien : l’Arabie saoudite
N’aime pas :
ses propres chiites majoritaires, l’Iran, le Qatar

Île du Golfe nettement moins fortunée que ses voisins. Le Bahreïn était historiquement une puissance coloniale non négligeable.

Oman

Confession principale : ibadisme
Confession de la classe dirigeante : ibadisme

Sultanat situé hors du système sushi : il est d’obédiance ibadite, ni sunnite ni chiite. C’était auparavant une grande puissance coloniale des côtes pakistanaises et est-africaines.

Yémen

Confessions principales : sunnisme, chiisme zaydi dans les montagnes du nord
Confession de la classe dirigeante : quelqu’un dirige ce pays ?
Aime bien / N’aime pas : faudrait d’abord savoir qui est aux commandes

L’Afghanistan du monde arabe.

Les zaydis sont des chiites qui ne reconnaissent que cinq imams, contre douze chez les chiites orthodoxes d’Iran ou d’Iraq. C’est dans le nord qu’est né le mouvement Houthi, une rébellion anti-Al Qaïda dont le but est de purger le Yémen à la fois des mouvements jihadistes et des gouvernements qui ne seraient pas assez fermes contre eux. Les Houthis sont tous zaydis, mais cela n’implique pas que leur rébellion ait pour cause un conflit sushi.

Égypte

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme laïciste anti-islamistes
Autres confessions minoritaires : christianisme (10%)
Aime bien : l’Arabie saoudite
N’aime pas : les Frères musulmans, les islamistes, les jihadistes

Les Égyptiens sont 90% sunnites et 10% chrétiens. Le gouvernement d’Abdelfattah as-Sissi, fermement anti-islamiste, est en très bons termes avec l’Arabie saoudite, parangon de l’islamisme [sic]. Le Caire semble s’être réconcilié avec Doha, avec qui il s’entendait pourtant très mal jusqu’à récemment.


D’après la blague en anglais qui circule sur la blogosphère arabe :

« Two Muslims have a kid. One of the parents is Sunni, the other is Shia. What is the kid?
— The kid is Sushi, of course! »

Châtiments corporels en charia littéraliste (hudud)

Dira_Square
La place Dira (Riyadh, Arabie saoudite), surnommée « Chop chop Square » par les expatriés car c’est là que se déroulent les décapitations. – photo prise en 2007

Mise en contexte

En charia, les crimes sont divisés en trois catégories.

  • hudūd : les plus graves, fixés dans le Coran et la Sunna (dires du Prophète et de ses compagnons). Seuls ces crimes peuvent permettre le recours à la peine capitale.
  • ta’zīr : le domaine du fiqh (jurisprudence). Le juge détermine lui-même un peine, généralement constituée de coups de fouet administrables en plusieurs fois.
  • qisās : les affaires “privées” où on laisse les familles s’arranger entre elles, par la compensation financière ou la violence. Les affaires de meurtres tombent dans cette catégorie sauf circonstances aggravantes.

On ne s’intéressera ici qu’à la catégorie la plus restreinte et la plus sérieuse, celle des hudūd.

Liste des crimes hudud et des peines associées selon le Coran, le Prophète et ses compagnons

Ce sont les peines théoriques retenues par les interprétations les plus rigoristes (salafistes et wahhabites) de l’Islam ; et encore, seules les organisations jihadistes osent en appliquer certaines. Elles sont en vigueur, en théorie ou en pratique, dans des pays comme l’Arabie saoudite, le Soudan, le Nigeria (moitié nord) ainsi que dans les territoires sous contrôle jihadiste, comme l’État islamique.

Le terme “exécution” semble surtout faire référence à la décapitation.

1 – Zina (turpitude : relations sexuelles illicites)

Quatre témoins indépendants sont nécessaires à l’inculpation, sauf visiblement pour les relations gays. Quand Aboubakar (le premier calife sunnite) et Ali bin Abi Talib (le gendre de Mahomet et le premier imam chiite) auraient décidé de brûler vif deux homosexuels, cela n’aurait été basé que sur le témoignage d’un seul homme. (source : Nuwayri, Nihayat al-Arab vol. II, p. 217)

Fornication : relation entre personnes non mariées
Selon le Coran : 100 coups de fouet pour l’homme et la femme.

Adultère : relation entre personnes mariées à d’autres
Selon le Prophète : lapidation pour l’homme et la femme.

Homosexualité masculine (liwat)
Selon le Prophète : lapidation des deux. Les figures les plus éminentes de l’islam (sunnite et chiite confondus) hésitent entre jeter les fautifs du haut d’une tour, les lapider ou les brûler vifs, quand ils ne font pas les trois à la suite. J’ai aussi entendu parler de les emmurer vivants, mais la source me manque.

2 – Ridda (apostasie : abandon de l’islam, blasphème, sorcellerie)

Selon le Prophète : exécution.

3 – Qat’ at-tariq (banditisme : activités mafieuses, atteinte à la sûreté de l’État, terrorisme, instigation de troubles)

Selon le Coran et d’une gravité décroissante : exécution, crucifixion, amputation d’une main et du pied opposé, ou exil.

4 – Shurb al-khamr (toxicomanie : consommation d’alcool ou de stupéfiants jusqu’à l’ivresse)

Selon le Prophète : 40 coups de fouet, puis exécution à la quatrième récidive.

Selon Omar (le deuxième calife) : 80 coups de fouet minimum.

5 – Sariqa (vol sans violence ou non mafieux)

Selon le Coran : amputation d’une main.

6 – Qadhf (fausse accusation de turpitude, sans quatre témoins masculins indépendants)

Selon le Coran : 80 coups de fouet.

En bref : liste des châtiments par gravité décroissante

L’immolation du pilote jordanien Moaz al-Kasasbeh avait suscité une horreur générale au sein du monde musulman, plusieurs théologiens affirmant d’ailleurs que l’usage du feu pour tuer est interdit en Islam. Il est significatif qu’au lieu de l’avoir décapité ou crucifié comme un rebelle ou un apostat, les jihadistes de l’État islamique ont préférer le brûler vif comme si c’était un homosexuel.

  • immolation (tahrīq) : homosexualité masculine
  • chute forcée depuis le haut d’un bâtiment : homosexualité masculine
  • lapidation (rajm) : adultère, homosexualité masculine
  • décapitation (taqtīl) et crucifixion (taslīb) : apostasie, banditisme, toxicomanie
  • amputation d’une main et d’un pied : banditisme
  • amputation d’une main : vol
  • 100 coups de fouet : fornication
  • 80 coups de fouet : toxicomanie, fausse accusation de turpitude
  • 40 coups de fouet : toxicomanie
  • exil (nafy) : banditisme

La Shahada (profession de foi musulmane)

Shahada
La profession de foi musulmane. Mon smartlapin tient à préciser que les jolies couleurs utilisées sont mises dans l’ordre qui semblait le plus évident lors de la création de l’infographie, c’est-à-dire celui de la barre de couleurs du logiciel Inkscape, c’est à dire l’ordre de l’arc-en-ciel. En effet, si les couleurs avaient été choisies de manière plus arbitraire, on aurait pu accuser mon smartlapin d’avoir voulu véhiculer un message en utilisant telle couleur pour tel mot. Il est donc inutile de chercher de sous-entendu ; et s’il y en a un qui vous vient quand même à l’esprit, mon smartlapin attribue toute responsabilité aux développeurs d’Inkscape.

Scoop : l’Ancien Testament est pro-mariage gay

Loth et ses deux filles fuyant la destruction de Sodome. La femme de Loth, qui a regardé derrière elle, est changée en statue de sel.
Loth et ses deux filles fuyant la destruction de Sodome. La femme de Loth, qui a regardé derrière elle, est changée en statue de sel. — 1908 — voir sur Wikimedia

Contexte

À Sodome, tous les hommes sont homosexuels. Bien qu’étant gays, les hommes se marient tout de même avec des femmes (le mariage pour tous n’existe pas). Vu qu’ils ne peuvent pas être heureux avec des femmes, ils sont infidèles et organisent des orgies entre hommes.

Loth est le seul homme hétérosexuel de Sodome. Un soir, il accueille un voyageur chez lui. Des citadins se présentent chez Loth dans le but de violer son invité, qui y réchappera. Suite à l’incident, Dieu ordonne à Loth de quitter la ville avec sa famille avant de détruire la cité.

Interprétation classique & problèmes

« Dieu punit la ville car elle cautionne l’homosexualité »
Cette exégèse ne colle pas.

  • si l’homosexualité est la norme à Sodome, comment se fait-il que les hommes (gays) ne puissent pas se marier entre eux et soient obligés d’être les époux (forcément malheureux) des femmes ?
  • si le problème est l’homosexualité (donc les hommes), pourquoi Dieu a-t-il puni toute la société de Sodome, femmes incluses ?

Interprétation alternative

Le mariage pour tous n’étant pas instauré, les hommes s’adonnent à la fornication en groupe, voire au viol (cf. le voyageur invité chez Loth). Ces turpitudes n’auraient pas lieu si les hommes pouvaient se marier entre eux et être heureux entre eux. Ils le voudraient bien, mais ils ne peuvent pas, à cause de la société (c’est toujours la société qui est fautive dans ce genre de cas).

(précision : les hommes ont beau être les victimes du système, ils sont tout de même coupables de fornication, d’adultère voire de viol, les violences sexuelles semblant s’être banalisées à Sodome)

Conclusion

Le péché de la société sodomite est de n’avoir ni reconnu les droits des gays ni légalisé le mariage pour tous. D’où les foudres divines.