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Pourquoi le Qatar cesse-t-il d’être diplomate ?

Khalid bin Mohammad Al Attiyah, the Qatari foreign minister.
Khalid ben Mohammed Al Attiyah, le ministre qatari des affaires étrangères — Creative Commons, Marc Müller

Le Qatar est historiquement placé entre quatre puissances à chacun de ses côtés : le Bahreïn au nord, Oman au sud, l’Arabie saoudite à l’ouest et l’Iran à l’est. Le pays lui-même est trop petit pour se défendre militairement face à ses voisins. De plus, il est assez sensible aux coups d’État, y compris ceux induits par des puissances étrangères. Pour survivre, il doit exceller en diplomatie et se faire bien voir de tout le monde. Il doit également ne pas se polariser en soutenant fortement une partie, car il se ferait alors des ennemis. Les Qataris ont longtemps été très forts en diplomatie, mais maintenant, des éléments intrigants font tache.

Si la diplomatie est vitale pour la survie nationale, alors pourquoi avoir créé et soutenu Al Jazeera ? En tant que groupe de télévision, cette entreprise possède une force médiatique colossale. De plus, elle est très associée au Qatar et vice-versa, de sorte qu’elle influe largement sur l’image du pays. Via ses reportages critiques des pouvoirs, Al Jazeera a toujours porté atteinte aux efforts diplomatiques de Doha. À cause de cela, la terre oubliée de Dieu a enduré des multitudes d’incidents diplomatiques. Les derniers en date impliquent par exemple l’Égypte, où trois journalistes d’Al Jazeera English ont été condamnées à 7 à 10 ans de prison pour terrorisme et soutien aux Frères musulmans. Au printemps, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Bahreïn ont rappelés leurs ambassadeurs de Doha et exigé la fermeture d’Al Jazeera et l’arrêt du soutien aux Frères musulmans. En 2004, les États-Unis ont même voulu bombarder leur allié qatari pour se débarrasser de la chaîne d’information. La branche la plus influente du groupe, Al Jazeera English, critique régulièrement les liens de ses chaînes sœurs arabophones avec Doha (je ferai bientôt une vidéo à ce sujet).

Si l’absence de polarisation est vitale pour la sécurité nationale, pourquoi soutenir les Frères musulmans et se faire ainsi des ennemis ? Ce soutien est l’autre raison des tempêtes diplomatiques mentionnées précédemment avec le Caire, Riyad, Abou Dhabi et Manama, quatre gouvernements qui n’aiment pas la confrérie. Récemment, le député koweïtien Nabil Al-Fadl a accusé le Qatar et les Frères musulmans de soutenir l’opposition koweïtienne.

À de son soutien aux Frères musulmans et de la ligne éditoriale d’Al Jazeera, le Qatar s’est mis en porte-à-faux avec l’Arabie saoudite. C’est le seul pays de la région qui a une bonne raison d’envahir la petite péninsule, pour mettre la main sur les gisements de gaz qui sauveraient son économie pétrolière. C’est donc le pays de la région avec lequel il fallait le moins se fâcher.

Source (sur la nécessité historique de la diplomatie qatarie) : « Qatar – a modern history », par Allan Fromhertz.
Plus d’information sur les incidents entre Al Jazeera et les États-Unis : The 9/11 decade — The Image War (3ème partie — l’épisode est dédié aux médias en général et à la propagande dans la guerre contre le terrorisme, mais une partie importante est consacrée au cas précis d’Al Jazeera).