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L’actualité est complexe (⊂ ℂ)

Actu complexe en-tête 2

Il ne faut pas croire que l’actu n’est faite que de réel pur et brut. Si c’était le cas, tout serait simple. L’imaginaire, ce qu’il y a dans la tête des gens, ce que les gens croient savoir sur la situation : ça c’est vachement important.

C’est justement ce mélange de réel et d’imaginaire qui rend l’actualité complexe. L’actu est donc définie un ensemble complexe, noté ℂ.

Soit z ∊ ℂ, une info. On a :

z = x + iy

avec x et y ∊ ℝ, c’est-à-dire x et y réels. i est l’imaginaire : il est tel que i² = – 1. x est la partie réelle de z (notée ℜe z), ce qui correspond aux faits purs et bruts, alors que iy est la partie imaginaire (notée ℑm z), ce que les gens croient être du fait pur et brut. Il est logique que la partie imaginaire soit la multiplication d’une chose réelle (y, la situation imaginée) et de l’Imaginaire. Non ?

Maintenant, prenons deux « imaginaires purs », c’est-à-dire sans partie réelle (par exemple, une fausse rumeur), disons ia et ib. Si vous multipliez entre elles ces deux choses purement imaginaires, vous avez ia × ib = i² × ab = – ab. C’est magique ! Le produit de l’imagination est quelque chose de réel. Et négatif ! Quand une rumeur infondée se propage, ça a des conséquences bien réelles, et souvent négatives.

Chaque info a son conjugué. Par exemple, si z = a + ib, alors son conjugué = a – ib. Si vous faites la moyenne d’une actu et de son conjugué, ça vous fait (z + ) / 2 = (a + a + ib – ib) / 2 = a. Vous obtenez alors la partie réelle dénuée du poids de l’imagination, et ça, ça peut être pratique.

En fait, vous pouvez représenter l’actu en deux dimensions, avec x et y comme coordonnées. Là ça devient merveilleux, vous pouvez appliquer le théorème de Pythagore à l’actu, faire de la trigonométrie sur de l’info ! C’est pas génial, ça ?

nombres complexes graphe

Comme vous le remarquez, l’info est placée sur un cercle (la fameuse roue de l’actualité qui tourne 24h/24h). Elle a une certaine longueur (ou taille), le module, qu’on note ρ (rhô). Le théorème de Pythagore vous rappelle que cette longueur au carré = les faits, au carré + ce qu’on croit être les faits, au carré.
Vous mettez une racine et ça nous fait ρ = √(x² + y²).

Mais quand vous traitez l’info, il vous faut bien un angle, hein ? Cet angle θ (thêta), on l’appelle l’argument. En effet, votre angle sur l’actu doit être justifié et donc argumenté. Comme vous pouvez le voir sur le graphique, quand vous inversez l’angle, vous obtenez le conjugué de l’info (utile pour vous débarrasser des parties imaginaires). Mais comment obtient-on cet angle ? Avec la trigonométrie ! Les fonctions sinus et cosinus sont cycliques et périodiques : elles ont leur fréquence, et font des vagues, comme les beaux scoops. On comprend mieux pourquoi l’actu a une tendance naturelle à tourner en rond.

sin(θ) = y / ρ et cos(θ) = x / ρ. Vu comment on est partis, on pourrait opter pour une nouvelle manière de décrire l’info : non pas comme somme de faits réels et imaginés, mais comme une formule à base d’angle et de longueur.

x = ρ cos(θ) et y = ρ sin(θ)

z = x + iy = ρ (cos(θ) + i sin(θ)) la fabuleuse forme trigonométrique de l’info !

Il y a une troisième manière de représenter l’info, toujours avec le module et l’argument. Vous n’avez pas remarqué que les hyperboles sont partout dans l’actualité ? Que tout a l’air de croître de façon exponentielle ? Eh bien ça tombe bien, il y a une forme exponentielle de l’info !

Rappelons ce qu’est l’exponentielle. C’est ex, e à la puissance x (avec e transcendantal, c’est-à-dire que lui seul est capable d’expliquer ce qu’il est et pourquoi il est comme ça ; d’autres ont essayé, ils n’ont jamais réussi). Elle peut se faire dériver une infinité de fois, elle ne bougera pas d’un poil. Elle est sa propre pente ! Vous ne réalisez pas ce que ça veut dire ? Elle décide toute seule de ce qu’elle fait, elle est la seule à se comprendre elle-même et elle n’a d’ordre à recevoir de personne. En plus, elle file plus vite que quoi que ce soit d’autre quand il s’agit de crever le plafond. À moins de pactiser avec elle, vous ne la rattraperez jamais ! Il suffit d’ouvrir un journal pour voir que l’exponentielle nous nargue de partout. Les journalistes doivent se mettre l’actu dans le sang pour avoir une chance de la rattraper.

Mais où se cache l’exponentielle dans l’actu ? Eh bien, dans cette formule :

z = ρe

Finissons en parlant des hyperboles, chose qui court les rues de nos jours. En combinant les formules trigo et expo des complexes, on a e = cos(θ) + i sin(θ). L’exponentielle n’a a priori rien à voir avec le cercle, mais on a l’exponentielle aux côtés des fonctions trigonométriques ! Ce serait cool de voir comment un cosinus et un sinus se décriraient grâce à l’exponentielle, non ?

Et si on met θ au négatif ? Cosinus est symétrique, il s’en fout du passage au négatif, donc cos(– θ) = cos(θ). Par contre, Sinus est sensible à ce genre de retournement et en est lui-même tout retourné :  il est asymétrique. Cela veut dire que sin(– θ) = – sin(θ). Donc :

e = cos(θ) + i sin(θ)  et e- = cos(θ) – i sin(θ)

On en tire que ee- = 2 cos(θ) et donc cos(θ) = (e + e-) / 2.

De même, e – e- = 2i sin(θ) et donc sin(θ) = (e – e-) / 2i.

C’est beau, mais comme vous l’avez vu aux petits i, ça reste assez imaginaire. Dans le monde réel, on a les fonctions trigonométriques hyperboliques, sinh(x) (ou sh(x)), cosh(x) (ou ch(x)) et tanh(x) (ou th(x)) qui équivaut à sh(x) / ch(x). C’est exactement la même chose que les formules au-dessus, mais sans les i. Ce ne sont certes plus des fonctions cycliques, mais les règles de calcul sont exactement les mêmes qu’en trigonométrie normale, à ceci près que vous n’avez pas besoin de mémoriser des tonnes de formules par cœur, tout se calcule très simplement (vous savez ce qu’il y a dans un sinus hyperbolique, pas dans un sinus normal).

Je vous laisse avec les courbes des fonctions trigo hyperboliques. Personnellement, la première fois que je les ai vues, j’en ai eu les larmes aux yeux <3

trigo hyper

L’histoire des médias kurdes

Première édition de Rja Ţəzə (Nouvelle voie), journal kurde publié à Erevan (Arménie) entre 1930 et 2003. -- domaine public
Premier numéro de Ria Teze (Nouvelle voie), journal kurde publié à Erevan (Arménie) entre 1930 et 2003. – domaine public

Ceci est le texte d’une fiche de lecture réalisée au printemps 2015 dans le cadre de mes études, sur l’article de 1996 d’Amir Hassanpour, The Creation of Kurdish Media Culture. J’ai eu une note de 16 / 20, donc ça ne devait pas être trop mal.

Naissance d’une culture médiatique

Historiquement, les intellectuels kurdes mettaient l’accent sur le nationalisme linguistique et sur le développement d’une littérature écrite. Malgré tout, au début du XXè siècle, la grande majorité des Kurdes alphabétisés provenaient du clergé ou des classes nobles. Avec la chute des principautés kurdes au milieu du XIXè siècle, le Kurdistan fut divisé entre différents États menant des politiques répressives vis-à-vis de la culture kurde.

La transition vers la culture imprimée fut motivée par le nationalisme. Durant la période ottomane, les livres de langue kurde étaient imprimés au Caire, à Istanboul ou à Baghdad, la censure y étant moins prégnante qu’au Kurdistan. La première presse kurde fut ouverte à Soulémani en 1920 par le mandat britannique.

Sheikh Mahmud, le chef du gouvernement kurde iraqien du début des années 20, accordait une grande importance à l’impression. Lors de la révolte contre Baghdad, la presse fut déplacée dans les grottes des montagnes. Les Kurdes d’Iraq avaient plus aisément accès aux presses que ceux de Turquie ou d’Iran, mais leur situation politique et socio-économique empêchait le développement de publications viables. La fin de la monarchie en 1958 stimula l’imprimerie. En 1970, le gouvernement autorisa l’ouverture d’une maison d’édition kurde.

En Iran, la première impression en kurde eut lieu en 1921. Sous la dynastie pahlavie (1925-1979), il était illégal d’imprimer dans une autre langue que le persan. Durant sa courte existance en 1946, la république autonome kurde d’Iran inaugura des presses qui furent par la suite confisquées par les autorités de Téhéran. Il en fut de même après la révolution de 1979, quand les campagnes kurdes n’étaient pas encore sous contrôle du régime des mollahs.

En Turquie, les activités culturelles kurdes furent interdites suite à la révolte kurde de 1925. La publication clandestine en kurde ne débuta que dans les années 60.

Journaux et magazines

Le premier journal kurde, Kurdistan, fut lancé en 1898 par la famille des Bedîr Khan, une décennie avant les premiers livres kurdes. Le journalisme était tenu en grande estime par le nationalisme.

Un journalisme non-étatique ne fut possible qu’en Iraq en Syrie. Dépourvus de publicité, les journaux kurdes peinaient à joindre les deux bouts. Le seul système de distribution des journaux était la poste étatique et était donc sous contrôle gouvernemental. Le manque de papier faisait grimper le prix des revues, quand il n’en empêchait pas tout simplement le tirage. Les restrictions sur la liberté d’information n’arrageaient rien. Malgré cela, entre 1898 et 1985, pas moins de 145 périodiques virent le jour au Kurdistan.

Au sein du mouvement nationaliste, le journalisme contribua au passage d’une structure de type tribal à une organisation politique moderne. La correllation entre la vitalité de la presse et la liberté politique est directe. La presse écrite au Kurdistan autonome d’Iraq se développa fortement suite à la guerre du Golfe de 1991. La plupart des journaux kurdes étaient hebdomadaires ou mensuels, les quotidiens étant souvent trop coûteux et trop mal perçus par les autorités.

La littérature kurde était essentiellement poétique jusqu’à l’arrivée du journalisme, qui fut le principal vecteur de l’apparition d’une prose et de l’introduction des genres occidentaux. L’essentiel des publications étaient iraqiennes, le dialecte soranî profita bien plus du journalisme que le kurmancî.

Aujourd’hui encore, le journalisme fascine les intellectuels kurdes. Les poètes ont l’habitude d’écrire les eulogies d’anciens périodiques. Les anniversaires de certains journaux sont même célébrés.

Livres

Avec l’essor de l’impression, les livres kurdes devinrent un contentieux majeur entre le nationalisme kurde et les États gouvernant le Kurdistan.

La publication de livres en Iraq commença avec un seul titre en 1920 et atteignit un pic de 153 titres en 1985. Entre-temps, la production fut très aléatoire, évoluant au gré de la situation politique. La censure s’intéressait plus au contenu des livres qu’à leur langue. Le manque de fonds entravait largement la publication. Dans les premières décennies, la priorité était d’imprimer le patrimoine littéraire. Le contenu et la forme des livres se sont ensuite diversifiés. Les thématiques scientifiques restent néanmoins peu abordées.

La première maison d’édition fut fondée en Iraq en 1919 mais ne semblait pas posséder de presse. Avant la Seconde guerre mondiale, de nombreux auteurs publiaient leurs propres œuvres. Les vendeurs-éditeurs firent leur entrée en scène après la guerre. L’État républicain joua le rôle d’éditeur de manuels scolaires, puis d’éditeur tout court après la prise de pouvoir du parti Ba’ath en 1968.

La professionalisation des écrivains fut lente, pour les mêmes raisons qui freinèrent le développement de l’imprimerie ou des journaux. En 1960, quand le gouvernement iraqien permit la création de syndicats, des écrivains kurdes demandèrent à avoir le leur. Cette demande se concrétisa dix ans plus tard, en 1970. À la reprise du conflit armé en mars 1974, la plupart des syndiqués fuirent pour les montagnes. Beaucoup s’exilèrent en Iran ou en Occident après la défaite kurde de 1975.

Les Iraniens furent longtemps interdits de posséder des livres en kurde. La république kurde de 1946 s’intéressait principalement au journalisme mais imprima quelques livres.

Le premier livre kurde syrien parut en 1925. Les frères Bedîr Khan et le reste de leur milieu intellectuel poursuivirent une publication soutenue des années 1930 au milieu des années 40. Une trentaine de livres ont été publiés depuis 1925, pratiquement tous avant 1959 et l’arrivée au pouvoir du parti Ba’ath.

En URSS dans l’entre-deux-guerres, le nombre de livres publiés rapporté à la population kurde était plus important que nulle part ailleurs. Presque tous analphabètes à l’arrivée des Soviétiques en 1921, les Kurdes du Caucase savaient tous lire dans les années 40. Les sujets scientifiques et techniques étaient bien couverts en langue kurde jusqu’à la Seconde guerre mondiale, après laquelle l’enseignement de ces domaines en kurde disparut. En 1937, les déportations kurdes vers l’Asie centrale et la répression culturelle portèrent un coup dur à l’édition. Elle ne revint jamais à sa vigueur des années 30, même après la dislocation de l’Union soviétique.

Des groupes d’édition kurdes apparurent dès les années 80 en Europe, notamment en Suède et en Allemagne. Malgré l’absence de restrictions politiques, la distribution est difficile et la loi du marché bride les petits éditeurs.

Radio

En Union soviétique, la radio kurdophone commença à émettre dans les années 20, quelques années après la naissance des toutes premières stations de radio au monde.

Dans le reste du Kurdistan, les récepteurs radios étaient chers et difficiles à obtenir. Les campagnes de propagande de la Seconde guerre mondiale créèrent un climat favorable à la diffusion en des langues diverses, dont le kurde. Radio Baghdad diffusa des programmes en kude de 1939 aux années 80. La station politisa nettement les Kurdes, d’Iraq ou d’ailleurs, après la fin de la monarchie en 1958. En 1960, la crispation du nouveau régime se fit sentir sur la qualité des émissions de Radio Baghdad, attristant la presse kurde.

En Iran, les régions autonomes de 1945-1946 émirent en kurde et en azéri en défiant Téhéran. Dès le début des années 50, face aux programmes kurdes des radios soviétiques, Washington et Téhéran s’associèrent pour organiser une contre-propagande en langue kurde.

En 1957, l’Égypte lança une vaste campagne de communication contre l’Iraq. Radio Caire diffusait un programme en kurde très incisif vis-à-vis de Baghdad. L’émission, très suivie en Iraq et en Iran, eut un profond impact. L’Iran, l’Iraq et la Turquie protestèrent contre l’Égypte et l’URSS.

Dans les années 70, l’Iran soutenait les séparatistes kurdes iraqiens dans le but d’affaiblir l’Iraq, tout en promouvant une politique d’assimilation vis-à-vis des Kurdes iraniens. Dès 1980, des stations clandestines opposées au régime des mollahs virent le jour. Pour contrer à la fois celles-ci et les stations étangères, le gouvernement lança des campagnes en kurde destinées à calmer les ardeurs nationalistes. Ironiquement, elles promouvaient de facto la culture et la littérature kurdes.

La première station clandestine kurde diffusa depuis l’URSS en persan, azéri et kurde de 1947 à 1953. D’autres stations kurdes iraniennes virent le jour à la fin des années 50. Le mouvement autonomiste en Iraq ouvrit la station Radyoy Dengî Kurdistan en 1963, qui diffusait une heure par jour des bulletins d’actualité et des chansons engagées. L’Iraq et l’Iran en brouillaient le signal. La station émettait par intermittance, fermant et réouvrant au gré des négociations et des regains de tension. Les organisations politiques kurdes d’Iraq et d’Iran inaugurèrent leurs propres stations de radio dans les années 80. Parallèlement, des programmes en kurde étaient diffusés un peu partout en Occident.

Cinéma

Bien que certaines villes kurdes eurent accès au cinéma dès les années 20, le cinéma en langue kurde ne se développa que bien plus tard. Les entraves politiques au cinéma kurde étaient les moins sévères en Iraq et en URSS.

À la fin des années 80, la vidéo et la télévision satellitaire permirent de s’affranchir partiellement du contrôle gouvernemental en matière audiovisuelle. Parallèlement, la diaspora kurde en Occident atteignit une taille conséquente et se dota de moyens de production vidéo. En 1989 débuta la préparation du premier film kurde, Mem û Zîn. La guerre du Golfe l’empêcha de voir le jour. Le premier film projeté fut Nêrgiz Bûkî Kurdistan, de Mekki Abdullah, en 1991.

Le cinéma kurde de Turquie est dominé par Yilmaz Güney. Néanmoins, il ne fit jamais de film en langue kurde à cause de la législation. En ex-URSS, en dépit du marasme économique, l’activité culturelle était importante. Les faibles coûts de production attiraient les réalisateurs.

Télévision

Le gouvernement iraqien publia en 1969 un “décret sur les droits culturels” des Kurdes, promettant entre autres d’ajouter des programmes en kurde sur la chaîne de télévision de Kirkouk en attendant qu’une chaîne kurdophone voie le jour. Le temps de diffusion en kurde, très limité, atteignit six heures après la fin du mouvement autonomiste en 1975. La programmation devint un sujet de contentieux entre les producteurs kurdes et les autorités. À partir de 1991, les groupements politiques du Kurdistan iraqien géraient leurs propres télévisions, malgré le manque de dispositifs techniques.

En Iran, depuis 1986, le kurde était une des langues de la diffusion audiovisuelle internationale, aux côtés de l’arabe et du turkmène. Les années 90 virent une nette augmentation de la production locale kurdophone.

En 1995, la diaspora installée en Europe lança la première chaîne satellitaire kurdophone.

En arabe, le journalisme c’est sacré

Bible de Gutenberg
Avant de désigner les journaux, le mot arabe « suhuf » pouvait désigner les textes sacrés, comme la Bible (ici imprimée par Gutenberg, l’inventeur de la presse) — photo de Joshua Keller à la Bibliothèque publique de New York.

Dans la plupart des langues, l’étymologie des mots “journal” et “journaliste” est assez banale.

  • Français (langue romane) : journal et journaliste reflètent l’idée de ce qui est publié tous les jours
  • Espagnol (langue romane) : periódico et periódista évoquent ce qui est publié régulièrement
  • Anglais (langue germanique) : newspaper est le “papier d’informations”, journalist est calqué sur le français
  • Allemand (langue germanique) : Zeitung vient de Zeit (“temps”) et Journalist est calqué sur le français
  • Russe (langue slave) : gazyéta vient du français “gazette” et jurnalíst est aussi calqué sur le français. Au passage, “gazette” était le nom d’un format de journal vénitien qu’on pouvait acheter avec une gazzeta, une petite pièce de monnaie.
  • Persan (langue indo-aryenne) : ruznâme est littérallement “la dépèche du jour” ; le journaliste est soit le ruznâmenegâr (“rédacteur de journal”) ou le khabarnegâr (“rédacteur d’information”).
  • Turc (langue turcique) : gazete vient de “gazette” et la profession associée est gazeteci (prononcer “gazétédji”)
  • Ouighour (langue turcique) : gëzit vient de “gazette” et la profession associée est soit mukhbir, qui en arabe signifie « celui qui informe », soit khärchi, un mot probablement dérivé de l’arabe khabar (“information”)
  • Hébreu (langue sémitique) : ‘iton est un substantif de ‘et (“temps, époque”) et ‘itonay est l’adjectif dérivé.

Mais en arabe, d’un point de vue étymologique, les journaux sont sacrés.

En arabe standard moderne, les journaux se disent suhuf صحف (singulier : sahîfa صحيفة), le journalisme sihâfa صِحافة, la presse en général sahâfa صَحافة, et le journaliste sahafiyy صَحَفي, suhufiyy صُحُفي, sihâfiyy صِحافي, sahâfiyy صَحافي ou kâtib as-suhuf كاتب الصحف selon l’humeur et le dialecte (ça fait cinq mots différents, ce qui est très honorable). Mais avant que les journaux apparaissent, que voulait dire suhuf ? Pourquoi les Arabes ont-ils utilisé ce mot précis pour désigner la presse par la suite ?

Il se trouve que suhuf se trouvait déjà dans le Coran (rédigé en arabe classique), où il est utilisé huit fois (dont six dans le dernier pour-cent du livre).

Suhuf / n-sh-r

Dans le Coran, le mot suhuf désigne des pages et plus spécifiquement celles des textes sacrés, ni plus ni moins.

suhuf
Occurrences du mot « suhuf » dans le Coran (cliquer pour agrandir)

La presse papier serait donc une métaphore des feuilles du Coran et de la Bible.

L’arabe existe en une multitude de dialectes et de registres. La langue vernaculaire est faite de dialectes divisés en sous-dialectes eux-mêmes divisés presque à l’infini ; dans certaines régions, les villages voisins peuvent avoir du mal à se comprendre. À côté de cette langue existe l’arabe standard, utilisé pour l’enseignement, la littérature, les informations à la télévision et les occasions officielles. L’arabe standard moderne et l’arabe classique du Coran sont deux registres similaires, mais avec certaines différences lexicales qui ne sont pas forcément évidentes. Suhuf en fait partie. Pour mettre cela en exergue, on peut lire les extraits de sourates ci-dessus en traduisant chaque occurrence de suhuf (en bleu) par « journaux » (la signification en arabe standard moderne), et observer le résultat. L’extrait de la sourate ‘Abasa (80) en acquiert une toute nouvelle saveur ;-)

Regardons aussi les mots en vert, munashshara et nushirat, dans les sourates Al-Muddaththir (74) et At-Takwîr (81) respectivement. Ces deux mots viennent de la racine n-sh-r. Nushirat est le passif 3ème personne singulier féminin du verbe nashara, un mot très polysémique dont l’une des significations est « faire paraître (une revue) », « diffuser ». Munashshara est le participe passé féminin du verbe nashshara, qui a sensiblement la même signification que nashara mentionné précédemment. Si on décide de traduire suhuf par « journaux », on peut aussi traduire ces deux verbes par « diffuser » et regarder ce que cela donne. Par exemple, dans la sourate At-Takwîr qui décrit le Jour Dernier, on pourrait lire que non seulement le soleil sera éclipsé, les mers bouillonneront et le ciel sera zébré d’éclairs, mais en plus que « les journaux seront diffusés »…

Bon, vu qu’on a fait les journaux, pourquoi ne pas chercher les infos ?

Akhbâr / h-d-th

Az-Zalzalah
La sourate Az-Zalzalah entière. Elle est réputée pour être aussi jolie que courte. Ci-dessous la version audio par le sheikh koweïtien Mishary Al Afasy.

 

Attardons-nous sur le verset n°4. Tuhaddithu (en bleu) est le féminin 3ème personne singulier présent/futur de haddatha (racine h-d-th), qui signifie raconter, comme quand le présentateur du JT raconte ce qui s’est passé aujourd’hui. Akhbâr (en vert), pluriel de khabar, est utilisé en arabe moderne pour dire “les informations” (comme celles du JT ou des chaînes d’info, par exemple).

Au fait, parlons de l’expression Allahu akbar (الله أكبر). Elle signifie littéralement “Dieu est grand” et peut, au sens figuré, vouloir dire à peu près n’importe quoi d’autre selon le contexte. Cette phrase est parfois maladroitement orthographiée Allahu akhbar, ce qui voudrait dire “Dieu est l’information”. J’ai vu cette orthographe à plusieurs reprises dans un livre récompensé du prix Pulitzer. Ça doit bien vouloir dire quelque chose… :-)

Mode de vie du journaleux : l’alimentation

Voici quelques observations et anecdotes (toutes authentiques, malgré les apparences) que j’ai pu faire pendant mes stages en rédaction. En tant qu’étudiante en biologie, je trouve que le journaliste est une espèce très intéressante et assez surprenante.

Certains diront que c’est caricaturé. Certes, ces observations ne sont pas vraies pour tout le monde, loin de là. Mais elles sont revenues suffisamment souvent dans mes stages pour qu’on y prête attention.

chocolat

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Alimentation

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Le code d’éthique inclus dans le Stylebook de l’Associated Press contient une section sur les cadeaux. D’une façon très réaliste, et révélatrice vis-à-vis du quotidien des rédactions, il est précisé qu’on peut recevoir des cadeaux “périssables”.

En effet, si vous ouvrez les bons tiroirs, vous y trouverez beaucoup de choses comestibles. Les journaleux sont des mangeurs invétérés de chocolat. Si ce n’est pas de chocolat, c’est d’une autre sucrerie. Ils n’assument pas toujours leur passion quand on les y confronte directement, par exemple quand on débarque avec une boîte de chocolat à la conf de rédac de 9h :

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- Quelqu’un veut du chocolat ?

- Pas moi, je suis au régime…

- Je n’en mange jamais le matin !

- Après le petit déjeuner, non merci…

- Moi je n’aime que le chocolat blanc, il n’y en a pas là-dedans ?

Non seulement il y a du chocolat blanc bien en évidence dans la boîte, mais en plus cette dernière est discrètement finie dans les deux heures qui suivent.

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Petite délinquance

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Cet amour du chocolat n’est pas sans conséquence : il engendre une augmentation de la petite délinquance au sein des rédactions.

Un jour, le directeur de l’info est venu à notre bureau pour nous demander si nous avions du chocolat. Ma collègue a fouillé le recoin bien caché où elle avait planqué notre boîte, et s’est aperçue avec horreur que la chose avait disparu. S’en sont suivis plusieurs jours d’enquête. À la fin, nous avons pu mettre un visage sur le suspect n°1 du vol : le directeur de l’info lui-même. Plusieurs mois plus tard, alors que je passais dire bonjour à toute l’équipe de la rédac, le suspect a avoué dans un moment d’égarement.

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- Un jour, j’ai même pris une boîte de chocolat que j’ai mangé pour moi tout seul… D’ailleurs, je crois que t’étais en stage chez nous ce jour-là.

- Attends, tu ne l’avais pas prise à notre bureau, cette boîte, par hasard ?

- Euh… possible.

L’affaire est donc close.

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J’ai oublié de préciser : cette fameuse boîte n’était pas vraiment à nous. Elle était dans un colis destiné à un collègue et qui s’est retrouvé chez nous par erreur. Le courrier a dûment été restitué à son destinataire, mais sans les chocolats, bien sûr.

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Ne jamais laisser des chocolats seuls

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Une autre fois, j’étais revenue dans cette même rédaction pour passer le bonjour. Je fais ça souvent, en plus tout le monde me dit : “reviens quand tu veux, même sans boîte de chocolats… mais avec, c’est mieux”. Donc voilà, ce jour-là aussi j’avais amené du chocolat. Je me rends au premier bureau, on discute un peu, et ce faisant on traverse lentement l’open space sans s’en rendre compte. La boîte presque pleine est restée sur le bureau, aux mains d’un journaliste assez célèbre (dont je tairais le nom) qui y travaille. À mon retour, 10 minutes plus tard, je le vois, l’air un peu honteux, avec la boîte de chocolats pratiquement vide.

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Jusque dans le fil de dépêches

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Par une journée ensoleillée de printemps 2012, une dépêche d’agence tombe.

URGENT – Sarkozy – chocolat – etc…

La dépêche parlait de Nicolas Sarkozy, alors président de la République, démentant les rumeurs selon lesquelles il consommerait des médicaments sans autorisation de mise sur le marché.

« Je déteste les médicaments », a assuré le président. « Vous savez mon médicament quel est-il, vous me connaissez : une heure de sport par jour, malheureusement un régime en permanence, la passion pour ce que je fais et (…) beaucoup de chocolat. »

Quelques minutes plus tard, la même dépêche reparaît, mais sans la mention “urgent” et sans le mot-clé “chocolat”.

Visiblement, même les agences de presse les plus prestigieuses cultivent une obsession pour cet aliment.

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À la cantine

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En parlant d’aliments, la quantité de nourriture que les confrères mangent à la cantine est tout simplement hallucinante. Pauvres cuisiniers, et pauvre budget grignoté par les frais de nourriture. Moi qui ai un petit estomac, il m’est arrivé de ne finir que la moitié de mon assiette. Mes collègues, eux, engloutissaient non seulement le plat, mais aussi l’entrée et le dessert.

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Vous savez ce qui est le pire, dans tout ça ? Vous savez ce qui est une insulte à celles et ceux qui enchaînent les régimes pour l’été sans arriver à perdre le moindre kilo ?

C’est que, malgré tout ça, l’indice de masse corporel moyen des confrères est inférieur à la moyenne ! Beaucoup d’entre eux sont fins, et les rares personnes enveloppées le sont sûrement par constitution et non pas par alimentation.

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Les journaleux sont cependant aussi obsédés par leur poids que le reste de la population. Tenter de corriger leur perception de leur propre corps est sans espoir : quand je leur dis qu’ils gardent toujours la ligne, ils objectent en disant qu’ils ne gardent que la ligne éditoriale.

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Si quelqu’un peut expliquer comment on peut s’alimenter autant et garder un corps de rêve, alors cette personne mérite non seulement le prix Nobel, mais aussi le prix IgNobel.

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