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Pour un conseiller de Donald Trump, la Turquie complote avec l’uranium amérindien… (Zaman)

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Joseph Schmitz

 

Voici la copie de mon article écrit le 21 avril 2016 pour le journal franco-turc Zaman lors de mon passage là-bas. Tous mes 19 articles pour Zaman sont accessibles ici.

L’avocat Joseph Schmitz a récemment été nommé conseiller en politique étrangère de Donald Trump, le candidat controversé des primaires américaines. Cet ex-inspecteur général du Pentagone avait soutenu l’année dernière une théorie du complot impliquant Ankara, de l’uranium, des projets terroristes et des tribus amérindiennes.

Joseph Schmitz, membre du think tank notoirement islamophobe Center for Security Policy, est devenu l’un des conseillers en politique étrangère de Donald Trump, le candidat républicain aux primaires américaines. Schmitz s’était fait connaître l’an dernier par une sortie à dormir debout concernant les Turcs.

La Turquie à l’assaut des terres amérindiennes pour imposer sa vision de l’islam !

Schmitz a servi avec Lawrence Kogan comme co-conseiller dans un procès de 2015 pour le sénateur du Montana Bob Keenan et l’ex-sénateur Verdell Jackson. L’objet était de bloquer la prise en charge du barrage Kerr, dans le nord-ouest américain, par les tribus des Salish confédérés et des Kootenai. L’édifice a été renommé «barrage de Seli’š Ksanka Qlispe’» après son acquisition pour 18,3 millions de dollars par l’entreprise Energy Keepers, de propriété tribale. Les deux avocats ont affirmé que le tranfert du barrage permettrait au gouvernement turc et à des terroristes d’obtenir du matériel nucléaire. Ils ont justifié leurs arguments par des rumeurs autour de la Coalition Turque d’Amérique, un groupe de lobbying à but non lucratif qui œuvrait à établir des liens commerciaux agricoles avec les populations amérindiennes. Leur crainte était que ce ne soit un cheval de Troie d’Ankara pour «promouvoir sa vision de l’islam» sur les réserves amérindiennes. Le but final aurait été d’exploiter les dépôts d’uranium du secteur et de solliciter l’expertise tribale dans la production de yellowcake, une matière hautement radioactive pouvant servir à fabriquer des bombes.

«C’est totalement ridicule»

«Il est possible que le gouvernement turc, des entreprises turques sponsorisées et des groupes terroristes affiliés ou leurs membres cherchent l’accès à une telle expertise pour l’acquisition potentielle et l’utilisation de dispositifs incendiaires pour compromettre le barrage Kerr et/ou d’autres cibles hors-réserve», assure le contenu de la plainte. Des défenseurs des relations turco-américanes ont qualifié les propos des deux avocats de «purement horribles», rappelant l’appartenance de la Turquie à l’Otan et son alliance avec Washington. «Il y a un intérêt à développer le business avec le pays indien», a déclaré Lincoln McCurdy, président de la Coalition Turque d’Amérique. «Mais apporter des valeurs islamiques et des armes nucléaires ? C’est totalement ridicule». Schmitz et Kogan se sont rétractés en octobre dernier, n’ayant pas pu étayer leurs allégations avec des preuves factuelles.

Fier de sa récente victoire dans le stratégique État de New York, Donald Trump est grand favori à l’investiture républicaine. Son parti craint que son populisme et ses provocations répétées ne lui garantissent une défaite face aux démocrates lors des élections présidentielles de l’année prochaine.

The true face of Iran

I’ll show a (tiny) bunch of pics my smart-bunny took in Iran & which are in line with many Westerners’ expectations from that country. Then I’ll throw in a photo that sums up the whole Islamic Republic as it actually is. Alright with it? So let’s go!

What the Islamic Republic looks like from the West

Tehran Railway Station (August 5th, 2015, 22h20), with both Supreme Guides' pictures on it.
The Tehran Railway Station (August 5th, 2015, 10:20 pm), with both Supreme Guides’ pictures on it.
Nucl... I mean thermic power plant on the road between Isfahan and Kashan (July 31th, 2015, 11:01 am)
Nucl– I mean thermal power plant on the highway between Isfahan and Kashan (July 31th, 2015, 11:01 am)
One of the posters promoting nuclear energy in the Mahan shrine (Kerman province) (July 23rd, 2015, 11:39 am)
One of the posters promoting nuclear energy in the Ne’matollah Vali shrine (Mahan, Kerman province) (July 23rd, 2015, 11:39 am).
Police keeping an eye on drivers on the highway between Kashan and Isfahan (31 July, 2015, 11h44). Security forces are actually a rare sight in most urban areas.
Police keeping an eye on drivers on the highway between Isfahan and Kashan (31 July, 2015, 11:44 am). Law enforcement are actually a rare sight in most urban areas.
Inside the Emâm-Rezâ shrine in Mashhad (Razavi Khorasan province) (August 3rd, 9:32 am)
Inside the Imam Rezâ shrine in Mashhad (Razavi Khorasan province) (August 3rd, 2015, 9:32 am)
In the streets of Mashhad (August 2nd, 9:39 pm). The couple are clearly Arab (Gulf?) pilgrims.
In the streets of Mashhad (August 2nd, 2015, 9:39 pm). The couple are clearly Arab (Gulf?) pilgrims.

What the Islamic Republic actually is, in one pic

This is a birthday cake legally bought from a bakery. Courtesy of an Iranian friend in Shiraz (Fars/Persia province) (February 27th, 2016)
This is a birthday cake legally bought from a bakery. Courtesy of an Iranian friend in Shiraz (Fars/Persia province) (February 27th, 2016)

Read more bunny-eared posts about this seemingly Angry-Birds-pig-crazed Islamic Republic (in French):

Scoop : un musulman a fondé la plus grosse capitalisation boursière du monde !

Miniature indienne moghole illustrant le Baburnama.
Miniature illustrant le Baburnama بابرنامه, autobiographie du roi Babur (1493-1530), fondateur ouzbek de l’Empire moghol d’Inde. Elle représente un jardin où poussent des grenadiers. J’aurais préféré qu’il s’agisse de pommiers, mais on ne peut pas tout avoir :-)

Non, je ne parle pas de Saudi Aramco. Ils ne sont pas encore côtés en bourse, et puis c’est une compagnie pétrolière, ils trichent un peu, quoi. Moi, je parle d’une petite start-up qu’un musulman a fondée dans un garage et qu’il a transformée en une énoooorme boîte ! Énoooooorme !

Cette « grosse blague » est facile à monter. Il suffit de lire la charia (loi islamique) de près. Notez que toutes les conclusions ci-dessous sont obtenues selon une certaine lecture de l’islam.

Mariage selon la religion du conjoint

Dans la loi islamique classique, un homme musulman peut se marier avec une ou plusieurs femmes musulmanes, ou appartenant aux gens du Livre (chrétiennes, juives et éventuellement zoroastriennes).

Une femme musulmane ne peut se marier qu’avec un musulman. Elle ne peut pas épouser un chrétien, par exemple. Si elle essaye de le faire, le mariage est considéré comme nul selon la charia. Si elle consomme quand même le mariage, elle passe pour une fornicatrice (100 coups de fouet s’il y a quatre témoins visuels indépendants ayant chacun un casier judiciaire vierge et une réputation d’honnêteté, etc.). Je ne suis pas sûre de la religion de l’enfant d’une musulmane et d’un chrétien ; je crois qu’il est musulman, mais ce n’est pas important pour la suite de l’histoire.

En tout cas, l’enfant d’un père musulman est nécessairement musulman. Cet argument suffirait pour conclure sur cette malicieuse blague. Mais ce serait bien trop facile ! On va donc se compliquer les choses.

Et si l’enfant d’un musulman est élevé par des chrétiens ?

Supposons que l’enfant d’un père musulman soit adopté à la naissance dans une famille chrétienne, qu’il ait une éducation chrétienne, qu’adulte il aille à la messe, etc.. Est-il encore musulman aux yeux de la charia ?

La réponse est plutôt « non » : il a abandonné l’islam, c’est un apostat. C’est très embêtant pour notre blague, car elle tient sur le fait que l’enfant d’un musulman reste musulman quoi qu’il arrive. Mais on va trouver un moyen de s’en sortir.

Jurisprudence

Prenons l’exemple de Meriam Yahia Ibrahim Is’hag (مريم يحيى إبراهيم إسحق), née en 1987 d’un musulman et d’une chrétienne au Soudan, un pays extrêmement conservateur. Elle fut élevée dans le christianisme car son père l’avait abandonnée très jeune. De facto, elle embrassa complètement la foi chrétienne. Elle se maria avec un chrétien, mais catastrophe, un proche se souvint qu’elle était techniquement musulmane, et ne pouvait donc épouser un chrétien. Elle fut dénoncée à la justice au printemps 2014, pendant sa deuxième grossesse. Le mariage fut donc déclaré nul, mais vu qu’il avait déjà été consommé depuis longtemps, elle fut condamnée à 100 coups de fouet pour fornication. La cour rajouta une peine de mort pour apostasie (abandon de l’islam), car Meriam refusait de se convertir à l’islam malgré les injonctions de la justice. Un tollé international s’ensuivit. Meriam fut libérée en appel. Après s’être réfugiée dans l’ambassade américaine à Khartoum, elle prit un avion pour Rome en juillet 2014.

On en déduit que l’enfant d’un musulman, élevé dans le christianisme, est considéré comme apostat mais est toujours musulman.

Tout ça pour dire : selon une certaine vision de la charia, un type avec un père musulman est techniquement musulman, même s’il a adopté un style de vie chrétien dès l’enfance. On peut maintenant vous révéler la blague !

La blague ! La blague !

  • Steve Jobs, le fondateur d’Apple, adopté à la naissance, a un père syrien.
  • Son père est musulman.
  • Donc Steve Jobs est musulman.
  • Donc Apple a été fondée et dirigée par un musulman (un peu apostat quand même).

Pensez-y la prochaine fois que vous consulterez votre iPhone ;-)

Les alévis ruraux de Turquie

La fontaine des Trois Saints (Üçler Çeşmesi), dans le mausolée de Hacı Bektaş Veli (Nevşehir, Anatolie centrale, Turquie)
La fontaine des Trois Saints (Üçler Çeşmesi), dans le mausolée de Hacı Bektaş Veli, une figure sainte de l’alévisme et du bektaşisme (Nevşehir, Anatolie centrale, Turquie)

Ceci est une fiche de lecture réalisée dans le cadre de mes études de turc (L2, premier semestre). Je l’ai rendue il y a plusieurs mois mais ne connais pas encore la note. J’espère qu’elle sera bonne.

The Alevis in Turkey

The Emergence of a Secular Islamic Tradition

Introduction

À l’aube de la République, les alévis étaient ruraux, traditionnels et installés dans le sud-est du pays. Aujourd’hui, ils sont principalement urbains et laïques. Mais qu’en est-il des alévis actuels des campagnes turques ?

David Shankland, professeur d’anthropologie sociale à Bristol (Royaume-Uni), a habité entre 1988 et 1990 à Susesi, un village alévi. La région est composée de hameaux sunnites et alévis où les deux communautés se mélangent peu. Les Turcs sont pratiquement la seule ethnie de la région.

Résumé

Les alévis forment 15-20 % de la population turque. La foi alévie incorpore des éléments d’islam, notamment chiite, et de soufisme. Dans l’alévisme, les quatre portes (dört kapış) vers la connaissance sont Şeriat (la loi sunnite orthodoxe), Tarikat (le niveau de connaissance des Alévis), Marifet (une connaissance plus profonde) et Hakikat (l’union mystique avec Dieu). Le principal texte de l’alévisme est le Buyruk (décret), écrit par l’imam chiite Cafer Sadık. La plus grande figure alévie est Hacı Bektaş ; ses descendants sont les efendi. Les alévis ne vont pas à la mosquée, ne jeûnent pas pendant le Ramadan et ne pratiquent pas le pélerinage à la Mecque.

Les villages de la région sont découpés en quartiers (mahalle) assez indépendants et distants les uns des autres. Les hameaux alévis ont moins de quartiers que les sunnites. Susesi en compte huit.

Une méfiance historique règne entre sunnites et alévis. Les sunnites considèrent les alévis comme étant chiites (ou « Kızılbaş »), pas vraiment musulmans, et ayant des mœurs légères. Inversement, les alévis perçoivent les sunnites comme des fanatiques. Longtemps persécutés, certains villages alévis ont fini par adopter les coutumes sunnites jusqu’à devenir de facto sunnites ; ceux-là sont qualifiés de döndük. Les alévis sont réputés pour leur pratique des instruments de musique et sont pour ces raisons invités aux festivités des villages sunnites.

Les hameaux sunnites comportent à peu près 20 % de croyants durs, 10 % de gens à tendance antireligieuse et 70 % de croyants modérés. Les plus rigoristes refusent par exemple la venue de musiciens alévis, considérant la musique comme source de péché. Au contraire, les moins pratiquants n’hésitent pas à se rendre en période de ramadan dans des restaurants alévis aux fenêtres obstruées de papier journal. Politiquement, les sunnites sont plutôt de droite quand les alévis votent plus à gauche.

Les villages, qu’ils soient sunnites ou alévis, sont régis par une société patriarcale. Contrairement au sunnisme, l’alévisme prône une égalité théorique des sexes. Cependant, on ne peut pas affirmer de manière tranchée que les femmes alévies rurales soient beaucoup plus émancipées que leurs consœurs sunnites. Si la mixité est plus présente dans les villages alévis, les mouvements et les activités des femmes y sont restreintes par l’honneur, là où les sunnites auraient invoqué des raisons religieuses.

Alors que tous les hommes sunnites sont égaux, les alévis peuvent appartenir ou non à une lignée de dede (guides spirituels). Chaque alévi est le talip (subordonné) d’une lignée particulière de dede. Le village est dirigé par un muhter. À Susesi, l’autorité du muhter laïque prend le pas sur celle des dede. Cette hiérarchie traditionnelle, ainsi que l’importance des cérémonies dans la résolution des conflits, freine les alévis dans leur intégration à la hiérarchie étatique, qui préfèrent souvent déménager en ville plutôt que de devoir réviser l’organisation sociale du village.

Les deux grandes cérémonies religieuses alévies sont le görgü, qui se tient annuellement en automne, et le cem, une grande prière collective qui peut durer quatre à cinq heures et qui peut avoir lieu plusieurs fois entre le görgü et le Hıdrellez (6 mai). Les mariages sont l’occasion du muhabbet, une cérémonie profane ponctuée de chants religieux et caractérisée par une grande consommation d’alcool comme le rakı.

Alévis et sunnites sont de fervents admirateurs de Mustafa Kemal Atatürk. Mais là où les sunnites réprouveraient l’attitude kémaliste envers la religion, les alévis embrassent cette laïcité tout en gardant une grande ambivalence vis-à-vis du pouvoir central.

Alors que les villages sunnites maintiennent une population stable, les hameaux alévis s’amenuisent avec le temps, l’exode rural et l’émigration y étant plus importants. Parallèlement, du moins jusque dans les années 90, l’autorité des dede était de plus en plus contestée, les cérémonies religieuses comme le cem moins fréquentées au profit des rassemblements profanes tels que le muhabbet, et l’alévité (Alevilik) devenait plus une affaire de culture que de foi. Des groupes alévis très divers, installés en particulier à İstanbul, promeuvent un renouveau alévi. On peut citer le Cem vakfı d’İzettin Doğan, qui travaille à l’ouverture de “maisons de cem” (cem evleri) un peu partout en Turquie.

Commentaires et questions ouvertes

Le séjour de Shankland à Susesi date de 1988-1990. Depuis, l’Ak Parti est arrivé au pouvoir ; la société est passée à l’ère du numérique ; et le conflit syrien a modifié la géopolitique régionale tout en entraînant un regain de visibilité du nationalisme kurde. On peut supposer que ces événements aient altéré la situation des alévis ruraux.

Révolution numérique

Le smartphone est devenu un outil indispensable, y compris dans les milieux ruraux. Comment les cultures et les communautés alévies se sont-elles installées sur Internet ? Quel y est leur rapport avec les autres communautés, qu’elles soient turques ou étrangères ?

Arrivée de l’Ak Parti (AKP) (anciennement Adalet ve Kalkınma Partisi)

Parti de droite, l’AKP mit l’emphase sur l’identité musulmane des Turcs. Le pouvoir central se place donc à l’opposé des tendances kémalistes des alévis. En mai 2013 fut inauguré le pont Yavuz Sultan Selim au-dessus du Bosphore, déclenchant la colère des alévis qui furent durement persécutés par le sultan Selim Ier.

Guerre syrienne

La révolte syrienne de 2011 créa l’afflux de 2 millions de réfugiés en Turquie, notamment près des zones de population rurale alévie. De même, cette modification du contexte géopolitique a entraîné des regains de troubles et de nationalisme dans les zones de peuplement kurde, qui coïncident avec celles de la ruralité alévie.

Regain de nationalisme kurde

Les séparatistes kurdes du PKK signèrent un cessez-le-feu dans les années 90. Mais les violences ont récemment flambé entre Ankara et les Kurdes, avec intervention de l’armée, attentats et lynchages populaires, notamment de la main d’extrémistes de droite. Comment les alévis, kurdes à 20 %, réagissent-ils ?

Référence du livre

David Shankland – The Alevis in Turkey – RoutledgeCurzon, 2003, Londres

Vous ne devinerez jamais d’où venaient les bruits bizarres dans la mosquée

31 juillet 18h45 - mosquée de Kashan
La mosquée Âqâ Bozorg à Kashan. (31 juillet 2015, 18h45)

Le 31 juillet 2015, nous visitions cette magnifique mosquée à Kashan, la capitale iranienne de l’eau de rose, entre Téhéran et Ispahan. Les mosquées iraniennes sont souvent vides. Une fois, nous étions rentrés dans une grande mosquée sur la place de l’émir Tchakhmâq, en plein cœur de la « très conservatrice » ville de Yazd, à l’heure de la prière du soir. Il n’y avait qu’une trentaine d’hommes (aucune femme n’ayant jugé intéressant d’aller prier), dont un nombre conséquent d’immigrés pakistanais ou afghans. Plus généralement, la principale fonction pratique de la mosquée est de servir de toilettes publiques. Le mausolée de l’ayatollah Ruhollah Khomeini, sur l’autoroute allant de Téhéran vers les villes du sud, est réputé pour son nombre considérable de lieux d’aisance. Bref, retournons à Kashan.

"Ceci est une mosquée"... placardé partout, et en persan ?!
« Ceci est une mosquée »… placardé partout, et en persan ?! (18h45)

C’est bizarre, il y a des pancartes des deux côtés de l’entrée indiquant en persan (!) « این محل مسجد است (in mahall masjed ast)« , « ceci est une mosquée ». Ces messages sont forcément destinés aux Iraniens, vu que les touristes ne peuvent pas les lire ! Mais ça se voit que c’est une mosquée ! Et pourtant, nous allions bientôt constater, à notre grande étonnement, l’utilité de ces affiches.

31 juillet 18h46 - cour de la mosquée
Une belle cour. Quelques personnes. Et toujours l’affiche « ceci est une mosquée » dans le fond. (18h46)
31 juillet 18h49
Vue depuis le fond de la cour, en regardant vers l’entrée. (18h49)

C’est là qu’on commence à entendre des bruits bizarres venant du fond de la mosquée… Seraient-ce des gamins qui jouent au foot à côté du lieu de culte ?

"Ceci. Est. Une. Mosquée." (fond de la mosquée, après la cour)
« Ceci. Est. Une. Mosquée. » (fond de la mosquée, après la cour) (18h48)
À l'intérieur, après la cour.
À l’intérieur, après la cour, en regardant vers le fond de la mosquée. (18h50)

Il y a une mini-cour tout au fond. Va-t-on se risquer à découvrir ce qui s’y cache et d’où vient ce tapage étrange ?

Surprise !!!
Surprise !!! (18h51)

Ils jouent au voleyball dans la mosquée ! (et ne sont pas du tout dérangés par le fait qu’on les prenne en photo)

31 juillet 18h52 - joueurs de volley dans la mosquée de Kashan
Remarquez la moto garée. Oui, on l’a garée dans la mosquée. (18h52)

Kadızâde, le jihadisme à la sauce ottomane

Birgi, un patelin tranquilou d'où a failli partir une guerre civile
Birgi, un patelin tranquillou d’où a failli partir une guerre civile – Zizibo, juin 2006

Hier soir, notre professeur d’histoire ottomane a fait une leçon « spécial attentats ». Voilà ce que j’ai retenu de son cours. En mode étudiante cool, pas en mode universitaire sérieuse.

Vers la fin du XVIè siècle, à la fin du règne du sultan Süleyman Ier (Soliman le Magnifique) vit un théologien du nom de Mehmed Efendi, originaire de Balıkesir, une ville au sud de la mer de Marmara, entre Istanboul et Izmir. Ce type est très rigoriste, contre les confréries soufies qui prospéraient à l’époque, contre les chants, les danses, la vénération de saints dans les türbe (mausolées), la psalmodie du Coran (tajwîd), etc.

À l’époque, le şeyhülislam, chef de la religion dans l’Empire ottoman, est un certain Ebussuud Efendi. Comme la société ottomane en général, c’est plutôt un libéral. Prenons un exemple : en théorie, le prêt à intérêt est interdit en Islam. Mais, de facto, des usuriers faisaient des prêts à 100 % (!) de taux d’intérêt à des familles dans le besoin, qui se trouvaient alors contraintes d’hypothéquer leurs biens. Plein de monde se faisait expulser de son logement. Pour résoudre le problème, Ebussuud use du hile-i şeriye (tricher avec les règles) : avec des montages financiers, il devient possible d’avoir des prêts (plafonnés à 10 %, hein). Le principe est que les établissements publics étaient financés par des vakıf, du capital immobilisé. Mais il faut bien de l’argent frais pour entretenir ces établissements. Du coup, les fonds de vakıf sont utilisés pour « acheter » de manière virtuelle des biens aux gens qui ont besoin d’un prêt. S’ils ont besoin de 1000€, ils vendent fictivement un bien, dont la valeur passe à 1100€ au bout d’un an quand ils doivent le racheter. Un bidouillage fiscal parfaitement halal aux yeux d’Ebussuud.

Sauf que Mehmed Efendi trouve ces bricolages absolument scandaleux et part hurler devant Ebussuud. Ce dernier l’engueule en lui disant « là tu dépasses les bornes ! Tu vas faire tes valises, quitter Istanboul et aller te trouver un job dans une petite mosquée de village en Anatolie ». Mehmed Efendi est donc contraint de se barrer de la capitale, lui et tous les bouquins qu’il a écrit. Il se pose dans un bled du nom de Birgi, dans la région d’Izmir, et ouvre une medrese (école religieuse), en 1579. Bizarrement, la plupart des étudiants viennent de sa ville natale de Balıkesir. Par la suite, le théologien acquiert le nom de Birgivi Mehmed Efendi, « celui qui vient de Birgi », même s’il s’est retrouvé dans ce village complètement par hasard.

Tout se passe pour le mieux jusqu’en 1650, plus d’un demi-siècle plus tard. L’Empire se réveille avec des extrémistes partout ! Ils se nomment « Kadızâde », sont les élèves de Birgivi et font des prêches à la mosquée appelant à trucider tous ceux qui chantent, dansent, lisent le Coran trop joliment ou vont dans les mausolées. Des janissaires (soldats) se joignent même aux kadızâde, la société est polarisée, on est au bord de la guerre civile ! En 1656, paniqué, le sultan Mehmed IV (enfin surtout la princesse Hatice Sultan, sœur de Soliman le Magnifique) nomme Köprülü Mehmed Paşa, un haut fonctionnaire d’origine albanaise, pour résoudre ce problème. Bon, en fait il y a plein d’autres problèmes à régler. On oubliera la dictatrice Kösem Sultan, grand-mère de Mehmed IV qui tint l’Empire d’une main de fer pendant 50 ans et qui fut assassinée en 1651 par Hatice Sultan parce que… parce qu’on en avait vraiment marre d’elle et qu’elle faisait entrer des kadızâde au palais.

Non, dans les vrais soucis du moment, il y a les Vénitiens avec qui les Ottomans sont en guerre depuis aussi longtemps qu’ils s’en souviennent, et avec qui ils sont en conflit dans l’Adriatique et en Crète. Le truc est juste que Venise a massé une flotte devant le détroit des Dardanelles et qu’elle déferlera sur Istanboul si on ne fait rien. Il y a aussi un Juif du nom de Sabatay Zevi, qui s’est autoproclamé messie et qui menace de fonder une nouvelle religion. Ça passe mal.

Köprülü vire les Vénitiens des Dardanelles (même s’il faudra attendre son fils pour prendre toute la Crète). Il convoque Zevi et lui demande de choisir une religion digne de ce nom : judaïsme, christianisme ou islam. Zevi et ses disciples font semblant de se convertir à l’islam mais continuent de pratiquer le judaïsme. On les appellera plus tard les dönme (du verbe dönmek, « re/tourner », le même verbe que dans döner kebap, « brochette de viande qui tourne »).

Quant aux kadızâde, ben on ferme leurs medrese, on expulse leurs imams et on pend leurs militants sur la place publique. C’est très efficace. Les gens appelleront ça les événements de Vakvak, du nom d’un arbre légendaire situé sur un îlot de l’océan Pacifique et dont les fruits seraient des femmes offertes aux marins. Les kadızâde pendus leurs rappellent les femmes suspendues aux branches de Vakvak…

Le seul truc est que les bouquins de Birgivi Mehmed Efendi (notamment son Vasiyetnâme) restent enseignés dans toutes les medrese jusqu’à la fin de l’Empire, voire même après.

Au fait, vous savez quelle terrible ironie est advenue au pauvre Birgivi, lui qui haïssait le culte des saints ? La mairie de Birgi lui a construit un joli mausolée où les gens viennent en pélerinage pour lui faire des offrandes !

Châtiments corporels en charia littéraliste (hudud)

Dira_Square
La place Dira (Riyadh, Arabie saoudite), surnommée « Chop chop Square » par les expatriés car c’est là que se déroulent les décapitations. – photo prise en 2007

Mise en contexte

En charia, les crimes sont divisés en trois catégories.

  • hudūd : les plus graves, fixés dans le Coran et la Sunna (dires du Prophète et de ses compagnons). Seuls ces crimes peuvent permettre le recours à la peine capitale.
  • ta’zīr : le domaine du fiqh (jurisprudence). Le juge détermine lui-même un peine, généralement constituée de coups de fouet administrables en plusieurs fois.
  • qisās : les affaires “privées” où on laisse les familles s’arranger entre elles, par la compensation financière ou la violence. Les affaires de meurtres tombent dans cette catégorie sauf circonstances aggravantes.

On ne s’intéressera ici qu’à la catégorie la plus restreinte et la plus sérieuse, celle des hudūd.

Liste des crimes hudud et des peines associées selon le Coran, le Prophète et ses compagnons

Ce sont les peines théoriques retenues par les interprétations les plus rigoristes (salafistes et wahhabites) de l’Islam ; et encore, seules les organisations jihadistes osent en appliquer certaines. Elles sont en vigueur, en théorie ou en pratique, dans des pays comme l’Arabie saoudite, le Soudan, le Nigeria (moitié nord) ainsi que dans les territoires sous contrôle jihadiste, comme l’État islamique.

Le terme “exécution” semble surtout faire référence à la décapitation.

1 – Zina (turpitude : relations sexuelles illicites)

Quatre témoins indépendants sont nécessaires à l’inculpation, sauf visiblement pour les relations gays. Quand Aboubakar (le premier calife sunnite) et Ali bin Abi Talib (le gendre de Mahomet et le premier imam chiite) auraient décidé de brûler vif deux homosexuels, cela n’aurait été basé que sur le témoignage d’un seul homme. (source : Nuwayri, Nihayat al-Arab vol. II, p. 217)

Fornication : relation entre personnes non mariées
Selon le Coran : 100 coups de fouet pour l’homme et la femme.

Adultère : relation entre personnes mariées à d’autres
Selon le Prophète : lapidation pour l’homme et la femme.

Homosexualité masculine (liwat)
Selon le Prophète : lapidation des deux. Les figures les plus éminentes de l’islam (sunnite et chiite confondus) hésitent entre jeter les fautifs du haut d’une tour, les lapider ou les brûler vifs, quand ils ne font pas les trois à la suite. J’ai aussi entendu parler de les emmurer vivants, mais la source me manque.

2 – Ridda (apostasie : abandon de l’islam, blasphème, sorcellerie)

Selon le Prophète : exécution.

3 – Qat’ at-tariq (banditisme : activités mafieuses, atteinte à la sûreté de l’État, terrorisme, instigation de troubles)

Selon le Coran et d’une gravité décroissante : exécution, crucifixion, amputation d’une main et du pied opposé, ou exil.

4 – Shurb al-khamr (toxicomanie : consommation d’alcool ou de stupéfiants jusqu’à l’ivresse)

Selon le Prophète : 40 coups de fouet, puis exécution à la quatrième récidive.

Selon Omar (le deuxième calife) : 80 coups de fouet minimum.

5 – Sariqa (vol sans violence ou non mafieux)

Selon le Coran : amputation d’une main.

6 – Qadhf (fausse accusation de turpitude, sans quatre témoins masculins indépendants)

Selon le Coran : 80 coups de fouet.

En bref : liste des châtiments par gravité décroissante

L’immolation du pilote jordanien Moaz al-Kasasbeh avait suscité une horreur générale au sein du monde musulman, plusieurs théologiens affirmant d’ailleurs que l’usage du feu pour tuer est interdit en Islam. Il est significatif qu’au lieu de l’avoir décapité ou crucifié comme un rebelle ou un apostat, les jihadistes de l’État islamique ont préférer le brûler vif comme si c’était un homosexuel.

  • immolation (tahrīq) : homosexualité masculine
  • chute forcée depuis le haut d’un bâtiment : homosexualité masculine
  • lapidation (rajm) : adultère, homosexualité masculine
  • décapitation (taqtīl) et crucifixion (taslīb) : apostasie, banditisme, toxicomanie
  • amputation d’une main et d’un pied : banditisme
  • amputation d’une main : vol
  • 100 coups de fouet : fornication
  • 80 coups de fouet : toxicomanie, fausse accusation de turpitude
  • 40 coups de fouet : toxicomanie
  • exil (nafy) : banditisme

La Shahada (profession de foi musulmane)

Shahada
La profession de foi musulmane. Mon smartlapin tient à préciser que les jolies couleurs utilisées sont mises dans l’ordre qui semblait le plus évident lors de la création de l’infographie, c’est-à-dire celui de la barre de couleurs du logiciel Inkscape, c’est à dire l’ordre de l’arc-en-ciel. En effet, si les couleurs avaient été choisies de manière plus arbitraire, on aurait pu accuser mon smartlapin d’avoir voulu véhiculer un message en utilisant telle couleur pour tel mot. Il est donc inutile de chercher de sous-entendu ; et s’il y en a un qui vous vient quand même à l’esprit, mon smartlapin attribue toute responsabilité aux développeurs d’Inkscape.