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Dans le plus grand mall du Moyen-Orient (voire du monde)

(7 juillet 2016, 16h27)
Reine des neiges, Minions, Angry Birds : de quoi faire craquer des Iraniens de tous âges… (7 juillet 2016, 16h27)

« Où se trouve le plus grand mall du Moyen-Orient ? » lance notre accompagnateur iranien, zigzaguant dans la circulation au volant de son Iran Khodro toute blanche. « À Dubaï ? Non ! À Riyadh ? Non ! À Koweït ? Non ! Il est à Shiraz ! »

Inauguré en 2012, le Persian Gulf Complex se dresse dans le désert de la province de Perse (فارس Fârs), près de la route qui mène vers l’ouest de l’Iran. Il se trouve juste au nord de la capitale de la province : Shiraz (شیراز Shirâz), ville « de la poésie, des roses et des rossignols », verte et très étalée, une des villes les plus influentes de l’Iran. Techniquement, l’Isfahan City Center est légèrement plus grand. Peut-être du fait de la rivalité ancestrale entre Shiraz et l’autre ville influente qu’est Ispahan (اصفهان Esfahân), notre accompagnateur shirazi préfère éluder cette différence de surface. De toute façon, du haut de ses 2500 emplacements de magasins, le Persian Gulf Complex bat à plate couture tous les autres centres commerciaux de la planète.

L'extérieur du Persian Gulf Complex est inspiré des colonnes de la ville achéménide de Persépolis (Takht-e Jamshid), située quelques dizaines de kilomètres plus au nord.
L’extérieur du Persian Gulf Complex est inspiré des colonnes de la cité achéménide de Persépolis (تخت جمشید Takht-e Jamshid), dont les ruines se trouvent quelques dizaines de kilomètres plus au nord. (7 juillet 2016, 17h21)

Une fois garés dans un des quatre étages du parking souterrain — gratuit en ce qui nous concerne — nous entrons dans le centre commercial à proprement parler. Les premières choses que nous voyons sont des boutiques pour enfants.

(7 juillet 2016, 16h26)
Une boutique Hello Kitty, annonçant un rabais de 30 % à l’occasion de la fête de ‘Eid-e Fetr (عید فطر) de fin du Ramadan. Mis à part quelques affiches, l’Eid passe globalement inaperçu à Shiraz. (7 juillet 2016, 16h26)

Il y a un peu de monde. Au milieu des allées se vendent des ballons en forme de Minions ou encore des coques de téléphones.

(7 juillet 2016, 17h10)
Des coques à oreilles de lapin ! (7 juillet 2016, 17h10)

Plus loin s’illuminent de nombreuses boutiques de vêtements. En faisant abstraction des étalages de foulards et de l’abondante contrefaçon, on se croirait dans n’importe quel centre commercial occidental. On pourrait en dire de même de la plupart des malls iraniens, d’ailleurs.

(7 juillet 2016, 17h06)
Bien des marques présentées ici sont issues de contrebande entre les États de la rive arabe du Golfe et la province iranienne de Hormozgân, au niveau du détroit d’Ormouz. Notez le mannequin féminin habillé de manière assez peu islamique. (7 juillet 2016, 17h06)
(7 juillet 2016, 16h51)
En Iran, les cravates seraient semble-t-il un symbole croisé et une marque de la décadence occidentale. Ce qui n’empêche personne d’en vendre et d’en porter. (7 juillet 2016, 16h51)

Sur deux étages s’étend le supermarché Hyperstar, déclinaison locale de Carrefour.

(7 juillet 2016, 16h38)
Un supermarché en somme toute très habituel. (7 juillet 2016, 16h38)
Un air de ressemblance avec les supermarchés allemands ? (7 juillet 2016, 16h34)
Un air de ressemblance avec les supermarchés allemands ? (7 juillet 2016, 16h34)

Entre le mini-parc d’attraction et les fontaines multicolores, les enfants ont de quoi s’amuser.

(7 juillet 2016, 16h50)
Les fontaines sont assez impressionnantes en version animée. Notez le dinosaure ! (7 juillet 2016, 16h50)

Mais dès lors qu’on s’éloigne du rez-de-chaussé et du coeur du mall, l’ambiance prend une teinte étrange. La plus grande partie du centre commercial est vide, sombre, dénuée de toute activité. Alors que les grands malls perdent de leur popularité à travers le monde, l’excentré Persian Gulf Complex souffre de la concurrence de centres commerciaux de taille plus modeste, ainsi que des innombrables boutiques qui bourdonnent au centre-ville.

(7 juillet 2016, 17h04)
Une boutique Tati va ouvrir au fond du mall. Espère-t-on attirer clients et magasins sur le chemin inerte menant à l’enseigne ? (7 juillet 2016, 17h04)
Entre les deux étages du supermarché Hyperstar (), on aperçoit les faubourgs nord de Shiraz. (7 juillet 2016, 16h39)
Entre les deux étages du supermarché Hyperstar (هایپرستار Hâyperstâr), on aperçoit les faubourgs nord de Shiraz. (7 juillet 2016, 16h39)

Mollah Nasreddin et l’ubérisation

Miniature du 17è siècle au musée palais de Topkapı à Istanbul.
Miniature du XVIIè siècle au musée du palais de Topkapı à Istanbul. Quoique l’origine ethnique et géographique de Nasreddin soit contestée, on lui associe la ville d’Akşehir, dans le département de Konya (sud de la Turquie).

Mollah Nasreddin (ou en turc Nasrettin Hoca, prononcer « hodja ») est un personnage populaire, inspiré d’un sage soufi né au XIIIè siècle entre la Turquie et l’Iran. Il est au cœur de petites histoires philosophiques et humoristiques qui se retrouvent du Maghreb à l’Inde en passant par l’Europe de l’est et l’Asie centrale. Voici une de ses histoires qui, bien qu’elle soit vieille de quelques siècles, explique l’ubérisation de façon visionnaire.

Mollah Nasreddin doit faire le prêche du vendredi à la mosquée pour trois semaines. Mais, passant plus de temps à boire à la taverne qu’à étudier le Coran, il cherche un moyen d’esquiver son devoir. Le voilà sur la chaire de l’orateur dans la mosquée, juste après la grande prière du vendredi, devant une foule de fidèles, et il doit trouver une façon de s’en sortir.

Prêche n°1

Nasreddin : Savez-vous de quoi je vais vous parler ?
Les fidèles : Non.
Nasreddin : Si vous ne vous êtes même pas préparés avant de venir, à quoi ça sert que je vous parle ? (il part en lâchant métaphoriquement le micro)
Une semaine plus tard…

Prêche n°2

Nasreddin : Savez-vous de quoi je vais vous parler ?
Les fidèles : Oui !
Nasreddin : Puisque vous savez, à quoi ça sert que je vous l’enseigne ? (il part en lâchant le micro)

Une semaine plus tard…

Prêche n°3

Nasreddin : Savez-vous de quoi je vais vous parler ?
La moitié des fidèles : Oui !
L’autre moitié des fidèles : Non !
Nasreddin : Alors, que ceux qui savent l’enseignent à ceux qui ne savent pas ! (il part en lâchant le micro)

Mollah Nasreddin vient d’ubériser le prêche à la mosquée.

The true face of Iran

I’ll show a (tiny) bunch of pics my smart-bunny took in Iran & which are in line with many Westerners’ expectations from that country. Then I’ll throw in a photo that sums up the whole Islamic Republic as it actually is. Alright with it? So let’s go!

What the Islamic Republic looks like from the West

Tehran Railway Station (August 5th, 2015, 22h20), with both Supreme Guides' pictures on it.
The Tehran Railway Station (August 5th, 2015, 10:20 pm), with both Supreme Guides’ pictures on it.
Nucl... I mean thermic power plant on the road between Isfahan and Kashan (July 31th, 2015, 11:01 am)
Nucl– I mean thermal power plant on the highway between Isfahan and Kashan (July 31th, 2015, 11:01 am)
One of the posters promoting nuclear energy in the Mahan shrine (Kerman province) (July 23rd, 2015, 11:39 am)
One of the posters promoting nuclear energy in the Ne’matollah Vali shrine (Mahan, Kerman province) (July 23rd, 2015, 11:39 am).
Police keeping an eye on drivers on the highway between Kashan and Isfahan (31 July, 2015, 11h44). Security forces are actually a rare sight in most urban areas.
Police keeping an eye on drivers on the highway between Isfahan and Kashan (31 July, 2015, 11:44 am). Law enforcement are actually a rare sight in most urban areas.
Inside the Emâm-Rezâ shrine in Mashhad (Razavi Khorasan province) (August 3rd, 9:32 am)
Inside the Imam Rezâ shrine in Mashhad (Razavi Khorasan province) (August 3rd, 2015, 9:32 am)
In the streets of Mashhad (August 2nd, 9:39 pm). The couple are clearly Arab (Gulf?) pilgrims.
In the streets of Mashhad (August 2nd, 2015, 9:39 pm). The couple are clearly Arab (Gulf?) pilgrims.

What the Islamic Republic actually is, in one pic

This is a birthday cake legally bought from a bakery. Courtesy of an Iranian friend in Shiraz (Fars/Persia province) (February 27th, 2016)
This is a birthday cake legally bought from a bakery. Courtesy of an Iranian friend in Shiraz (Fars/Persia province) (February 27th, 2016)

Read more bunny-eared posts about this seemingly Angry-Birds-pig-crazed Islamic Republic (in French):

Vous ne devinerez jamais d’où venaient les bruits bizarres dans la mosquée

31 juillet 18h45 - mosquée de Kashan
La mosquée Âqâ Bozorg à Kashan. (31 juillet 2015, 18h45)

Le 31 juillet 2015, nous visitions cette magnifique mosquée à Kashan, la capitale iranienne de l’eau de rose, entre Téhéran et Ispahan. Les mosquées iraniennes sont souvent vides. Une fois, nous étions rentrés dans une grande mosquée sur la place de l’émir Tchakhmâq, en plein cœur de la « très conservatrice » ville de Yazd, à l’heure de la prière du soir. Il n’y avait qu’une trentaine d’hommes (aucune femme n’ayant jugé intéressant d’aller prier), dont un nombre conséquent d’immigrés pakistanais ou afghans. Plus généralement, la principale fonction pratique de la mosquée est de servir de toilettes publiques. Le mausolée de l’ayatollah Ruhollah Khomeini, sur l’autoroute allant de Téhéran vers les villes du sud, est réputé pour son nombre considérable de lieux d’aisance. Bref, retournons à Kashan.

"Ceci est une mosquée"... placardé partout, et en persan ?!
« Ceci est une mosquée »… placardé partout, et en persan ?! (18h45)

C’est bizarre, il y a des pancartes des deux côtés de l’entrée indiquant en persan (!) « این محل مسجد است (in mahall masjed ast)« , « ceci est une mosquée ». Ces messages sont forcément destinés aux Iraniens, vu que les touristes ne peuvent pas les lire ! Mais ça se voit que c’est une mosquée ! Et pourtant, nous allions bientôt constater, à notre grande étonnement, l’utilité de ces affiches.

31 juillet 18h46 - cour de la mosquée
Une belle cour. Quelques personnes. Et toujours l’affiche « ceci est une mosquée » dans le fond. (18h46)
31 juillet 18h49
Vue depuis le fond de la cour, en regardant vers l’entrée. (18h49)

C’est là qu’on commence à entendre des bruits bizarres venant du fond de la mosquée… Seraient-ce des gamins qui jouent au foot à côté du lieu de culte ?

"Ceci. Est. Une. Mosquée." (fond de la mosquée, après la cour)
« Ceci. Est. Une. Mosquée. » (fond de la mosquée, après la cour) (18h48)
À l'intérieur, après la cour.
À l’intérieur, après la cour, en regardant vers le fond de la mosquée. (18h50)

Il y a une mini-cour tout au fond. Va-t-on se risquer à découvrir ce qui s’y cache et d’où vient ce tapage étrange ?

Surprise !!!
Surprise !!! (18h51)

Ils jouent au voleyball dans la mosquée ! (et ne sont pas du tout dérangés par le fait qu’on les prenne en photo)

31 juillet 18h52 - joueurs de volley dans la mosquée de Kashan
Remarquez la moto garée. Oui, on l’a garée dans la mosquée. (18h52)

L’histoire des médias kurdes

Première édition de Rja Ţəzə (Nouvelle voie), journal kurde publié à Erevan (Arménie) entre 1930 et 2003. -- domaine public
Premier numéro de Ria Teze (Nouvelle voie), journal kurde publié à Erevan (Arménie) entre 1930 et 2003. – domaine public

Ceci est le texte d’une fiche de lecture réalisée au printemps 2015 dans le cadre de mes études, sur l’article de 1996 d’Amir Hassanpour, The Creation of Kurdish Media Culture. J’ai eu une note de 16 / 20, donc ça ne devait pas être trop mal.

Naissance d’une culture médiatique

Historiquement, les intellectuels kurdes mettaient l’accent sur le nationalisme linguistique et sur le développement d’une littérature écrite. Malgré tout, au début du XXè siècle, la grande majorité des Kurdes alphabétisés provenaient du clergé ou des classes nobles. Avec la chute des principautés kurdes au milieu du XIXè siècle, le Kurdistan fut divisé entre différents États menant des politiques répressives vis-à-vis de la culture kurde.

La transition vers la culture imprimée fut motivée par le nationalisme. Durant la période ottomane, les livres de langue kurde étaient imprimés au Caire, à Istanboul ou à Baghdad, la censure y étant moins prégnante qu’au Kurdistan. La première presse kurde fut ouverte à Soulémani en 1920 par le mandat britannique.

Sheikh Mahmud, le chef du gouvernement kurde iraqien du début des années 20, accordait une grande importance à l’impression. Lors de la révolte contre Baghdad, la presse fut déplacée dans les grottes des montagnes. Les Kurdes d’Iraq avaient plus aisément accès aux presses que ceux de Turquie ou d’Iran, mais leur situation politique et socio-économique empêchait le développement de publications viables. La fin de la monarchie en 1958 stimula l’imprimerie. En 1970, le gouvernement autorisa l’ouverture d’une maison d’édition kurde.

En Iran, la première impression en kurde eut lieu en 1921. Sous la dynastie pahlavie (1925-1979), il était illégal d’imprimer dans une autre langue que le persan. Durant sa courte existance en 1946, la république autonome kurde d’Iran inaugura des presses qui furent par la suite confisquées par les autorités de Téhéran. Il en fut de même après la révolution de 1979, quand les campagnes kurdes n’étaient pas encore sous contrôle du régime des mollahs.

En Turquie, les activités culturelles kurdes furent interdites suite à la révolte kurde de 1925. La publication clandestine en kurde ne débuta que dans les années 60.

Journaux et magazines

Le premier journal kurde, Kurdistan, fut lancé en 1898 par la famille des Bedîr Khan, une décennie avant les premiers livres kurdes. Le journalisme était tenu en grande estime par le nationalisme.

Un journalisme non-étatique ne fut possible qu’en Iraq en Syrie. Dépourvus de publicité, les journaux kurdes peinaient à joindre les deux bouts. Le seul système de distribution des journaux était la poste étatique et était donc sous contrôle gouvernemental. Le manque de papier faisait grimper le prix des revues, quand il n’en empêchait pas tout simplement le tirage. Les restrictions sur la liberté d’information n’arrageaient rien. Malgré cela, entre 1898 et 1985, pas moins de 145 périodiques virent le jour au Kurdistan.

Au sein du mouvement nationaliste, le journalisme contribua au passage d’une structure de type tribal à une organisation politique moderne. La correllation entre la vitalité de la presse et la liberté politique est directe. La presse écrite au Kurdistan autonome d’Iraq se développa fortement suite à la guerre du Golfe de 1991. La plupart des journaux kurdes étaient hebdomadaires ou mensuels, les quotidiens étant souvent trop coûteux et trop mal perçus par les autorités.

La littérature kurde était essentiellement poétique jusqu’à l’arrivée du journalisme, qui fut le principal vecteur de l’apparition d’une prose et de l’introduction des genres occidentaux. L’essentiel des publications étaient iraqiennes, le dialecte soranî profita bien plus du journalisme que le kurmancî.

Aujourd’hui encore, le journalisme fascine les intellectuels kurdes. Les poètes ont l’habitude d’écrire les eulogies d’anciens périodiques. Les anniversaires de certains journaux sont même célébrés.

Livres

Avec l’essor de l’impression, les livres kurdes devinrent un contentieux majeur entre le nationalisme kurde et les États gouvernant le Kurdistan.

La publication de livres en Iraq commença avec un seul titre en 1920 et atteignit un pic de 153 titres en 1985. Entre-temps, la production fut très aléatoire, évoluant au gré de la situation politique. La censure s’intéressait plus au contenu des livres qu’à leur langue. Le manque de fonds entravait largement la publication. Dans les premières décennies, la priorité était d’imprimer le patrimoine littéraire. Le contenu et la forme des livres se sont ensuite diversifiés. Les thématiques scientifiques restent néanmoins peu abordées.

La première maison d’édition fut fondée en Iraq en 1919 mais ne semblait pas posséder de presse. Avant la Seconde guerre mondiale, de nombreux auteurs publiaient leurs propres œuvres. Les vendeurs-éditeurs firent leur entrée en scène après la guerre. L’État républicain joua le rôle d’éditeur de manuels scolaires, puis d’éditeur tout court après la prise de pouvoir du parti Ba’ath en 1968.

La professionalisation des écrivains fut lente, pour les mêmes raisons qui freinèrent le développement de l’imprimerie ou des journaux. En 1960, quand le gouvernement iraqien permit la création de syndicats, des écrivains kurdes demandèrent à avoir le leur. Cette demande se concrétisa dix ans plus tard, en 1970. À la reprise du conflit armé en mars 1974, la plupart des syndiqués fuirent pour les montagnes. Beaucoup s’exilèrent en Iran ou en Occident après la défaite kurde de 1975.

Les Iraniens furent longtemps interdits de posséder des livres en kurde. La république kurde de 1946 s’intéressait principalement au journalisme mais imprima quelques livres.

Le premier livre kurde syrien parut en 1925. Les frères Bedîr Khan et le reste de leur milieu intellectuel poursuivirent une publication soutenue des années 1930 au milieu des années 40. Une trentaine de livres ont été publiés depuis 1925, pratiquement tous avant 1959 et l’arrivée au pouvoir du parti Ba’ath.

En URSS dans l’entre-deux-guerres, le nombre de livres publiés rapporté à la population kurde était plus important que nulle part ailleurs. Presque tous analphabètes à l’arrivée des Soviétiques en 1921, les Kurdes du Caucase savaient tous lire dans les années 40. Les sujets scientifiques et techniques étaient bien couverts en langue kurde jusqu’à la Seconde guerre mondiale, après laquelle l’enseignement de ces domaines en kurde disparut. En 1937, les déportations kurdes vers l’Asie centrale et la répression culturelle portèrent un coup dur à l’édition. Elle ne revint jamais à sa vigueur des années 30, même après la dislocation de l’Union soviétique.

Des groupes d’édition kurdes apparurent dès les années 80 en Europe, notamment en Suède et en Allemagne. Malgré l’absence de restrictions politiques, la distribution est difficile et la loi du marché bride les petits éditeurs.

Radio

En Union soviétique, la radio kurdophone commença à émettre dans les années 20, quelques années après la naissance des toutes premières stations de radio au monde.

Dans le reste du Kurdistan, les récepteurs radios étaient chers et difficiles à obtenir. Les campagnes de propagande de la Seconde guerre mondiale créèrent un climat favorable à la diffusion en des langues diverses, dont le kurde. Radio Baghdad diffusa des programmes en kude de 1939 aux années 80. La station politisa nettement les Kurdes, d’Iraq ou d’ailleurs, après la fin de la monarchie en 1958. En 1960, la crispation du nouveau régime se fit sentir sur la qualité des émissions de Radio Baghdad, attristant la presse kurde.

En Iran, les régions autonomes de 1945-1946 émirent en kurde et en azéri en défiant Téhéran. Dès le début des années 50, face aux programmes kurdes des radios soviétiques, Washington et Téhéran s’associèrent pour organiser une contre-propagande en langue kurde.

En 1957, l’Égypte lança une vaste campagne de communication contre l’Iraq. Radio Caire diffusait un programme en kurde très incisif vis-à-vis de Baghdad. L’émission, très suivie en Iraq et en Iran, eut un profond impact. L’Iran, l’Iraq et la Turquie protestèrent contre l’Égypte et l’URSS.

Dans les années 70, l’Iran soutenait les séparatistes kurdes iraqiens dans le but d’affaiblir l’Iraq, tout en promouvant une politique d’assimilation vis-à-vis des Kurdes iraniens. Dès 1980, des stations clandestines opposées au régime des mollahs virent le jour. Pour contrer à la fois celles-ci et les stations étangères, le gouvernement lança des campagnes en kurde destinées à calmer les ardeurs nationalistes. Ironiquement, elles promouvaient de facto la culture et la littérature kurdes.

La première station clandestine kurde diffusa depuis l’URSS en persan, azéri et kurde de 1947 à 1953. D’autres stations kurdes iraniennes virent le jour à la fin des années 50. Le mouvement autonomiste en Iraq ouvrit la station Radyoy Dengî Kurdistan en 1963, qui diffusait une heure par jour des bulletins d’actualité et des chansons engagées. L’Iraq et l’Iran en brouillaient le signal. La station émettait par intermittance, fermant et réouvrant au gré des négociations et des regains de tension. Les organisations politiques kurdes d’Iraq et d’Iran inaugurèrent leurs propres stations de radio dans les années 80. Parallèlement, des programmes en kurde étaient diffusés un peu partout en Occident.

Cinéma

Bien que certaines villes kurdes eurent accès au cinéma dès les années 20, le cinéma en langue kurde ne se développa que bien plus tard. Les entraves politiques au cinéma kurde étaient les moins sévères en Iraq et en URSS.

À la fin des années 80, la vidéo et la télévision satellitaire permirent de s’affranchir partiellement du contrôle gouvernemental en matière audiovisuelle. Parallèlement, la diaspora kurde en Occident atteignit une taille conséquente et se dota de moyens de production vidéo. En 1989 débuta la préparation du premier film kurde, Mem û Zîn. La guerre du Golfe l’empêcha de voir le jour. Le premier film projeté fut Nêrgiz Bûkî Kurdistan, de Mekki Abdullah, en 1991.

Le cinéma kurde de Turquie est dominé par Yilmaz Güney. Néanmoins, il ne fit jamais de film en langue kurde à cause de la législation. En ex-URSS, en dépit du marasme économique, l’activité culturelle était importante. Les faibles coûts de production attiraient les réalisateurs.

Télévision

Le gouvernement iraqien publia en 1969 un “décret sur les droits culturels” des Kurdes, promettant entre autres d’ajouter des programmes en kurde sur la chaîne de télévision de Kirkouk en attendant qu’une chaîne kurdophone voie le jour. Le temps de diffusion en kurde, très limité, atteignit six heures après la fin du mouvement autonomiste en 1975. La programmation devint un sujet de contentieux entre les producteurs kurdes et les autorités. À partir de 1991, les groupements politiques du Kurdistan iraqien géraient leurs propres télévisions, malgré le manque de dispositifs techniques.

En Iran, depuis 1986, le kurde était une des langues de la diffusion audiovisuelle internationale, aux côtés de l’arabe et du turkmène. Les années 90 virent une nette augmentation de la production locale kurdophone.

En 1995, la diaspora installée en Europe lança la première chaîne satellitaire kurdophone.

La monnaie iranienne et ses trois unités de mesure

Je suis millionaire
Je suis millionaire !!!

Les chiffres persans

Les Iraniens n’utilisent normalement pas les chiffres arabes occidentaux en vigueur en Europe. Ils ont un système persan, quasi identique aux chiffres arabes orientaux du reste du Moyen-Orient. Ces chiffres ne présentent aucune difficulté particulière à apprendre, surtout quand on est dans le pays.

۰ sefr (0) صفر (aussi écrit comme un petit rond)
۱ yek (1) یک / yeh یه
۲ do (2) دو
۳ seh (3) سه
۴ tchâhâr (4) چاهار (variante arabe orientale : ٤)
۵ panj (5) پنج
۶ shish (6) شیش (variante arabe orientale : ٦)
۷ haft (7) هفت
۸ hasht (8) هشت
۹ noh (9) نه

Les unités monétaires

Il y en a trois. Vous ne rêvez pas.

Le rial ریال

L’unité officielle. ۱۰۰,۰۰۰ rials (100 000) valent vaguement 3€ (à l’été 2015).
Par exemple, une table de backgammon artisanale de Yazd, toute en marquetterie et miniatures, coûte ۵,۰۰۰,۰۰۰  rials (5 000 000), soit 150€.
Une robe de soirée couverte de paillettes coûte ۳,۶۰۰,۰۰۰ rials (3 600 000), soit 108 €. Un repas dans un restaurant chic pour quatre personnes coûte ۱,۲۵۰,۰۰۰ rials (1 250 000), soit 37 €.
Un pain chez le boulanger coûte ۱۰,۰۰۰ rials (10 000), soit 30 centimes.

Le toman تمان (stricto sensu)

Vaut 10 rials. ۱۰,۰۰۰ tomans (10 000) valent 3€.
La table de backgammon coûte donc ۵۰۰,۰۰۰ tomans, la robe de soirée ۳۶۰,۰۰۰ tomans, le repas chic pour quatre personnes ۱۲۵,۰۰۰ tomans, le pain chaud ۱,۰۰۰ tomans. Les prix dans les magazins sont généralement en tomans. En cas de doute, regardez si c’est plus crédible en rials (cela ferait 10 fois moins cher).

Le millier de tomans, ou « toman » tout court.

Vaut 10 000 rials. Quand vous irez chez le boulanger, il vous demandera 1 toman (= 1 millier de tomans) pour un pain. Contrairement au toman simple, le millier de toman est une unité affichée sur certains billets de banque (en chiffres occidentaux). On oublie souvent de mentionner le nom de l’unité. Au restaurant, on pourra vous demander de payer ۱۲۵, sans préciser l’unité. Vous saurez que, pour avoir le compte, il vous faut sortir un billet de 100 (١,٠٠٠,٠٠٠ rials), deux billets de 10 (١٠٠,٠٠٠ rials) et un billet de 5 (۵٠,٠٠٠ rials).

Quand on ne précise pas l’unité monétaire, il faut rajouter quatre zéros pour revenir au prix en rials.

Les billets

Les pièces sont des espèces rares en Iran. Il est probable qu’il soit plus rentable de les faire fondre et de revendre le métal que de les utiliser en tant que tel. En effet, elles valent dans l’ordre des centaines de rials (dizaines de tomans, dizièmes de centimes d’euro) …

Tous les billets affichent la photo de l’ancien guide suprême Ruhollah Khomeiny, à l’exception de ceux de 50 et de 100 (et encore… il est bien là, il est juste caché)

Billet de 0,1
Billet de 0,1
Billet de 1 000 rials (100 tomans, 0€03)
Billet de 0,5
Billet de 0,5
Billet de 5 000 rials (500 tomans, 0€15), en deux versions (poterie antique ou roses & rossignols)
Billet de 1
Billet de 10 000 rials (1 000 tomans), montrant le mont Damâvand (prov. du Mâzandarân), la plus haute montagne d'Iran.
Billet de 10 000 rials (1 000 tomans, 0€30), montrant le célèbre mont Damâvand (prov. du Mâzandarân, nord du pays), la plus haute montagne d’Iran.
Billet de 2
Billet de 20 000 rials (2 000 tomans), sur lequel figurent les tours du vent d'Abarkuh.
Billet de 20 000 rials (2 000 tomans), sur lequel figurent les tours du vent d’Abarkuh (prov. de Yazd, centre du pays)
Billet de 5
Billet de 50 000 rials (5 000 tomans, 1€50) à la gloire de l'énergie atomique.
Billet de 50 000 rials (5 000 tomans, 1€50) célébrant l’énergie atomique.
Billet de 10
Billet de 100 000 rials (10 000 tomans, 3€) sur lequel figure le tombeau du poète Sa'di à Shiraz (prov. de Perse)
Billet de 100 000 rials (10 000 tomans, 3€) sur lequel figure le tombeau du poète Sa’di à Shiraz (prov. de Perse, sud du pays). Y est écrit en persan et en anglais « Human beings are member of a whole / In creation of one essence and soul »
Billet de 50
Billet de 500 000 rials (50 000 tomans, 15€) affichant le mausolée de l'imam Rezâ à Mashhad (prov. du Khorâsân central)
Billet de 500 000 rials (50 000 tomans, 15€) affichant le mausolée de l’imam Rezâ à Mashhad (prov. du Khorâsân central, nord-est du pays). Y est imprimée sa valeur de 50 en milliers de tomans.
Billet de 100 (exotique)
Billet de 100 000 rials (10 000 tomans, 30€) représentant les ruines de Persépolis (prov. de Perse).
Billet de 1 000 000 rials (100 000 tomans, 30€) représentant les ruines de Persépolis (prov. de Perse, sud du pays). Y est imprimée sa valeur de 100 en milliers de tomans.

Vous avez trouvé où est caché le Guide Suprême sur les derniers billets ?

Voici sur un billet de 50. Le principe est le même sur le billet de 100.

C'est bien lui, hein ?
C’est bien lui, hein ?

Vêtements féminins en Iran : version 2015

Smartlapin en tchador devant la mosquée du sheikh Lotfollah (place Naqsh-e Jahân, Ispahan) (ceci n'est pas un photomontage) (29 juillet 2015, 18h40)
Selfie de Smartlapin devant la mosquée du sheikh Lotfollah (place Naqsh-e Jahân, Ispahan) (ceci n’est pas un photomontage) (29 juillet 2015, 18h40)

Article du 14 juin 2014 sur le même sujet : Le code vestimentaire féminin en Iran

Après 3 semaines de séjour dans le noyau perse de l’Iran, voici ce qu’on peut dire concernant les habits des Iraniennes. Vous ne vous prendrez plus les pieds dans le tapis persan !

Le code vestimentaire

Deux promeneuses au jardin d'Eram à Shiraz
Deux promeneuses au jardin d’Eram à Shiraz (prov. de Perse) (18 juillet 2015)

Voici ce que vous devez porter si vous allez en Iran :

  • Un foulard (روسری rusari) sur la tête. Il n’a pas besoin d’être parfaitement opaque et peut laisser échapper autant de cheveux qu’on souhaite et par tous les côtés (y compris l’arrière). S’il tombe, même sous les yeux d’un policier, on ne vous dira rien si vous le remettez en quelques secondes (que vous soyez étrangère ou Iranienne).
  • Une tunique (مانتو mânto) qui cache les coudes et les fesses. Elle ne doit pas être très moulante. Un gilet bien long sur un T-shirt manches courtes serré fait bien l’affaire. J’ai vu un mânto transparent sur une Iranienne de la ville conservatrice de Yazd. Les étrangères peuvent arborer un décolleté plongeant même s’il n’est pas caché par le foulard.
  • Un pantalon, jeans, leggings, jupe, etc. qui descende jusqu’aux chevilles.
  • Les chaussettes sont facultatives.

Les Iraniennes n’ont généralement pas peur des couleurs vives et des paillettes.

Vous pouvez enfreindre le code (enlever votre foulard, par exemple) tant que vous pouvez rétablir la situation avant que la police arrive, ou que des gens conservateurs viennent vous faire des remarques. Il n’y a aucun risque à se baigner en maillot de bain sur une plage déserte devant une mosquée à l’heure de la prière. De même, vous pouvez être tête nue dans une voiture hors agglomération, dans certains hôtels, lors d’une balade à la montagne, ou dans n’importe quel endroit un peu isolé. C’est une question de feeling.

Tchador

Le tchador (چادر « tente ») est une grande cape en forme de demi-lune. Il se porte sur le foulard-mânto-pantalon habituel et peut se mettre de mille façons. Il est souvent noir, à motifs discrets et avec des effets de transparence et de brillance. On rencontre occasionnellement d’autres couleurs.

Deux femmes en habits bandaris visitant le château de Râyen (prov. de Kermân) (23 juillet 2015, 13h22)
Deux femmes en habits bandaris visitant le château de Râyen (prov. de Kermân) (23 juillet 2015, 13h22)

Les tchadors sont colorés dans la région de Hormozgân (هرمزگان détroit d’Ormuz) ; ils sont alors dits « bandari » (بندری « de la ville de Bandar-‘Abbâs بندر عباس »). Dans le meilleur des cas, il est portés sur la tête et cache tout sauf le visage et les pieds. Souvent, il dévoile les jambes jusqu’aux genoux, se porte sous le bras comme un sari, sur les épaules, à la taille, voire est laissé complètement ouvert sur le devant. On cache son sac à main dessous. Le tchador s’ouvre voire tombe si on le lache ; on est obligé de le tenir avec la main ou le coude, voire avec les dents si on n’a plus que ça de disponible.

Le tchador est théoriquement obligatoire dans les mausolées religieux, même si cette règle n’est pas toujours appliquée. On en prête, souvent de couleur blanche à fleurs, à l’entrée de ces sanctuaires. Si aucune dame n’est présente à l’entrée pour vous donner le tchador en main propre, vous pouvez toujours entrer avec vos vêtements normaux. Dans le pire des cas, on vous de ressortir le temps de vous habiller décemment.

La police religieuse iranienne, qui disparaît progressivement, est largement (exclusivement ?) composée de femmes en tchador.

Les vêtements qu’on ne voit pas, ou rarement

Niqab

2 août 21h59 - pélerine niqabie
Pélerine arabe chiite à Mashhad (2 août 2015)

Le niqab, qui cache la tête et le visage en ne montrant que les yeux, est considéré en Iran comme un vêtement d’Arabe. Il est porté par de rares autochtones de la région arabisée du Hormozgân, toujours avec un tchador bandari coloré. Les multiples femmes en niqab de la ville-pélerinage de Mashhad sont toutes des pélerines venues d’Iraq ou d’Arabie saoudite.

Masques bandaris achetés sur l'île de Qeshm.
Masques bandaris achetés sur l’île de Qeshm.

Burqa afghane

A priori, vous ne verrez jamais de grille devant les yeux d’une Iranienne.

Masque bandari

L’accessoire iranien se rapprochant le plus d’une burqa (en masquant le visage) est le masque bandari, occasionnellement porté par dans la région du Hormozgân.

Abaya

Cette longue robe noire prisée des Arabes est rarement arborée par les Iraniennes conservatrices, qui lui préfèrent le tchador.

Voile serré

Le voile serré « à l’arabe », un foulard qui colle de près à la tête sans laisser dépasser de cheveu et qui est maintenu par mille épingles, n’est porté par les Iraniennes que sous un tchador. Il ne faut pas le confondre avec les cagoules de l’uniforme de travail, qui montrent tout de même les cheveux de devant.

Habillement par région

Le tchador est

  • peu porté à Téhéran (8 154 000 hab) et Shiraz (1 460 000 hab)
  • un peu plus à Ispahan (1 756 000 hab)
  • encore un peu plus dans le Hormozgân (province de 1 580 000 hab)
  • plus à Kerman (534 000 hab)
  • encore plus à Kashan (275 000 hab) et Yazd (486 000 hab).

La grande ville la plus conservatrice d’Iran est Qom (1 074 000 hab). Mashhad (2 749 000 hab) est difficile à juger, tellement la proportion de pélerins étrangers est importante (jusqu’à deux fois le nombre d’autochtones).

Une fille en tchador n’est pas forcément religieuse ou croyante, ce vêtement étant essentiellement promu par la pression sociale. À Yazd (une des villes les plus conservatrices avec Qom et Mashhad), environ 80% des femmes sont en tchador, bien que les mosquées soient presque vides à l’heure de la prière.

Dans les vitrines

Les Iraniennes adorent les robes de soirées couvertes de paillettes. En voici à Yazd.

Boutique de robes de soirées près de la place Tchakhmaq à Yazd (25 juillet 2015, 19h14)
Boutique de robes de soirées près de la place de l’émir Tchakhmâq à Yazd (25 juillet 2015, 19h14)
Robes de soirée à Téhéran (6 août 2015, 16h39)
Robes de soirée à Téhéran (6 août 2015, 16h39)

À Téhéran, une rue piétonne est exclusivement dédiée aux robes de soirées, qui se vendent typiquement entre 100€ et 200€.

Dans ce centre commercial de Qeshm (29 000 hab, île de Qeshm, prov. de Hormozgân), les boutiques de lingerie sont symboliquement voilées de rideaux de ficelles à petits cœurs rouges.

Boutique de lingerie dans un mall de Qeshm (21 juillet 2015, 23h03)
Boutique de lingerie dans un mall de Qeshm (21 juillet 2015, 23h03)

Toujours dans le même centre commercial, d’autres vêtements osés sont disposés sur des mannequins sans honte.

Boutique de vêtements dans un mall de Qeshm (21 juillet 2015, 23h02)
Boutique de vêtements dans un mall de Qeshm (21 juillet 2015, 23h02)

D’autres mannequins ont la tête couverte, notamment s’ils sont visibles depuis la rue.


Toutes les photos ont été prises par le Smartlapin. Si vous voulez les réutiliser, contactez-le (normalement, il vous dira oui). Les données de population sont extraites de l’atlas mondial de Gitâshenâsi année 1393-1394 (2014-2015), la référence iranienne des cartes.

Le Moyen-Orient sushi (sunnite-chiite)

Il était une fois une région faisant le pont entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Sauf que ce pont était plein de sushis qui se battaient pour avoir la meilleure place.
Il était une fois une région faisant le pont entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Sauf que ce pont était plein de sushis qui se battaient pour avoir la meilleure place. Les sushis s’enchevêtraient, on ne savait plus lequel déguster en premier. – photo de Pedro Moura Pinheiro, 2005

Parce que tout conflit ne part pas forcément d’une histoire de sushis (sunnites et chiites), voici une explication de la situation de divers pays du Moyen-Orient à ce sujet, notamment les pays en prises avec le conflit en Iraq et au Levant.

N’hésitez pas à relire aussi mon post de juin 2014 sur les courants de l’islam.

Sauf mention contraire, j’entendrai par « chiisme » le chiisme duodéciman à douze imams, de loin le plus professé.


 Daesh et affiliés

Confession principale : sunnisme des plus extrémistes
Confession de la classe dirigeante : idem
Autres confessions minoritaires : aucune
Aime bien : les donateurs privés de part le monde
N’aime pas : le monde entier, l’Arabie saoudite, les autres jihadistes

Al-Qaïda et affiliés

Confession principale : sunnisme aussi rigoriste que le saoudien
Confession de la classe dirigeante : idem
Autres confessions minoritaires : aucune
Aime bien : les donateurs privés de part le monde
N’aime pas : le monde entier, l’Arabie saoudite, Daesh

Frères musulmans

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme islamiste
Autres confessions minoritaires : aucune
Aime bien : le Qatar, la Turquie
N’aime pas : l’Égypte, l’Arabie saoudite


 Syrie

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : alaouisme (1% de la population)
Autres confessions minoritaires : christianisme (divers courants)
Aime bien : l’Iran, l’État iraqien chiite, certaines mouvances jihadistes
N’aime pas : les rebelles syriens, l’Arabie saoudite, le Qatar

Les alaouites se définissent comme chiites, mais leurs croyances sont presque aussi distantes de celles des chiites orthodoxes que de celles des sunnites.

  • Ils honorent une trinité, où Ali est placé au-dessus de Mahomet.
  • Ils n’ont semble-t-il ni jour du Jugement, ni enfer.
  • Ils croient à la réincarnation suivant un système de karma.
  • Pour eux, les humains étaient originellement des étoiles déchues des cieux. Le salut de l’humanité est de se réincarner de nouveau en étoile.

Malgré les grandes différences de dogmes, l’Iran chiite orthodoxe soutient le régime syrien alaouite.

Iraq (hors Kurdistan autonome)

Confessions principales : chiisme (60%), sunnisme (40%)
Confession de la classe dirigeante : chiisme
Autres confessions minoritaires : christianisme (divers courants)
Aime bien : l’Iran, l’État syrien alaouite
N’aime pas : les Kurdes, les jihadistes

Bien que les troubles iraqiens soient sushi en apparence, les deux communautés entretenaient de bons rapports jusqu’à il y a une ou deux décennies, ce qui suggère d’autres causes au déchirement du pays. Le gouvernement chiite de Haydar al-Abadi est soutenu par l’Iran, de même confession.

Les Kurdes

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme
Autres confessions minoritaires : alévisme (Turquie), yarsanisme (Iran), yézidisme (Iraq)
Aiment bien : quiconque les aime
N’aiment pas : l’Iraq, la Turquie, l’Iran, la Syrie, les jihadistes

Les alévis et les yarsanis peuvent ou non se réclamer du chiisme, même si leurs dogmes sont très éloignés de ceux du chiisme orthodoxe. Les yézidis, adorateurs de l’Ange-Paon, se définissent clairement comme une religion à part.

Turquie

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme, islamiste
Autres confessions minoritaires : alévisme, christianisme
Aime bien : le Qatar, les rebelles syriens
N’aime pas : l’Arabie saoudite, les Kurdes, l’État syrien alaouite

La Turquie entretient des relations très ambigües avec les mouvances jihadistes à sa frontière sud.

Iran

Confession principale : chiisme
Confession de la classe dirigeante : chiisme orthodoxe rigoriste
Autres confessions minoritaires : sunnisme, christianisme, judaïsme, yarsanisme, babisme, bahá’isme
Aime bien : l’État alaouite syrien, l’État chiite iraqien, les Houthis zaydis du Yémen, les chiites du Bahreïn, le Qatar
N’aime pas : l’Arabie saoudite, les Kurdes

Bastion du chiisme orthodoxe et némésis de l’Arabie saoudite. La plupart des habitants sont chiites et peu religieux. Aussi fermée soit-elle, la République islamique est largement plus tolérante, dynamique et politiquement prometteuse que le royaume wahhabite. Les Iraniens sont culturellement aussi occidentalisés que les Turcs.

Arabie saoudite

Confessions principales : sunnisme salafiste, chiisme dans la province orientale
Confession de la classe dirigeante : sunnisme salafiste
Autres confessions minoritaires (expatriés) : hindouisme, christianisme, sikhisme, etc.
Aime bien : l’Égypte anti-islamiste [sic], les rebelles syriens, les pays du Golfe hors Qatar, le gouvernement sunnite élu du Yémen
N’aime pas : l’Iran, l’État chiite iraqien, l’État syrien alaouite, ses propres chiites de la province orientale, le Qatar, les Houthis zaydis du Yémen, les islamistes Frères musulmans, les jihadistes

Bastion sunnite extrémiste très remonté contre tout ce qui est, de près ou de loin, chiite : l’Iran (son ennemi de toujours), l’Iraq, la Syrie alaouite, les zaydis du nord du Yémen mais aussi leurs propres chiites de l’est du pays (installés pile poil au-dessus des réserves d’hydrocarbure, comme par hasard). Bien qu’il fasse tout pour faire croire le contraire, le royaume wahhabite est en piteux état aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les alliés traditionnels que sont les États-Unis et les autres pays du Golfe se distancient.

Les Saoudiens ont toujours détesté les Qataris, notamment par jalousie. Cela faisait un siècle qu’ils tentaient d’annexer cette insignifiante péninsule, qui leur résistait à chaque fois de manière inexpliquée. Et puis, brutalement, les Qataris sont devenus bien plus riches que les Saoudiens et se sont arrogés un soft power à faire palir Riyadh. Le royaume wahhabite culpabilise d’avoir été très largement responsable de la création d’Al Jazeera, une entreprise qui, dès sa naissance, n’a cessé de le critiquer.

Qatar

Confessions principales : sunnisme (expatriés et autochtones), hindouisme (expatriés), christianisme (expatriés)
Confessions de la classe dirigeante (autochtone) : sunnisme salafiste (10% de la population), chiisme (très marginal)
Autres confessions minoritaires (expatriés) : sikhisme, bouddhisme, etc.
Aime bien : le monde entier, sans que ce soit forcément réciproque
N’aime pas : l’Arabie saoudite et l’Égypte (mais essaye de le cacher)

Pays d’immigrés dont je ne saurais dire s’il est à majorité hindoue ou musulmane. Pour s’affirmer entre l’Arabie saoudite et l’Iran, Doha pratique une diplomatie intensive depuis une décennie, en essayant d’être amie avec le monde entier. Malheureusement pour les Qataris, les chaînes du groupe Al Jazeera prennent un malin plaisir à critiquer tous ceux avec lesquels les Qataris tentent de se rapprocher, sapant ainsi bien des efforts diplomatiques.

À l’heure actuelle, le Qatar est globalement chiitophile et proche de l’Iran. Il soutenait vivement les rebelles Houthis chiites zaydis du Yémen, jusqu’à ce qu’il décide de rentrer dans la coalition contre eux (probablement pour réparer ses relations lamentables avec Riyadh).

Bahreïn

Confessions principales : chiisme (70%), sunnisme salafiste (30%)
Confession de la classe dirigeante : sunnisme salafiste
Aime bien : l’Arabie saoudite
N’aime pas :
ses propres chiites majoritaires, l’Iran, le Qatar

Île du Golfe nettement moins fortunée que ses voisins. Le Bahreïn était historiquement une puissance coloniale non négligeable.

Oman

Confession principale : ibadisme
Confession de la classe dirigeante : ibadisme

Sultanat situé hors du système sushi : il est d’obédiance ibadite, ni sunnite ni chiite. C’était auparavant une grande puissance coloniale des côtes pakistanaises et est-africaines.

Yémen

Confessions principales : sunnisme, chiisme zaydi dans les montagnes du nord
Confession de la classe dirigeante : quelqu’un dirige ce pays ?
Aime bien / N’aime pas : faudrait d’abord savoir qui est aux commandes

L’Afghanistan du monde arabe.

Les zaydis sont des chiites qui ne reconnaissent que cinq imams, contre douze chez les chiites orthodoxes d’Iran ou d’Iraq. C’est dans le nord qu’est né le mouvement Houthi, une rébellion anti-Al Qaïda dont le but est de purger le Yémen à la fois des mouvements jihadistes et des gouvernements qui ne seraient pas assez fermes contre eux. Les Houthis sont tous zaydis, mais cela n’implique pas que leur rébellion ait pour cause un conflit sushi.

Égypte

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme laïciste anti-islamistes
Autres confessions minoritaires : christianisme (10%)
Aime bien : l’Arabie saoudite
N’aime pas : les Frères musulmans, les islamistes, les jihadistes

Les Égyptiens sont 90% sunnites et 10% chrétiens. Le gouvernement d’Abdelfattah as-Sissi, fermement anti-islamiste, est en très bons termes avec l’Arabie saoudite, parangon de l’islamisme [sic]. Le Caire semble s’être réconcilié avec Doha, avec qui il s’entendait pourtant très mal jusqu’à récemment.


D’après la blague en anglais qui circule sur la blogosphère arabe :

« Two Muslims have a kid. One of the parents is Sunni, the other is Shia. What is the kid?
— The kid is Sushi, of course! »

143Band, les fiancés de la chanson et du rap afghan

143 Band at Jawanan studio mod
143Band en featuring de la chanson « Bad Treatment » de Dehli Sultanate & Begum X (studios de la radio afghane Jawanan)

Lui s’appelle Diverse, de son vrai nom Ahmad. Elle s’appelle Paradise, de son vrai nom… Paradise, même si “sur ma carte d’identité et mon passeport il y a un autre nom, parce qu’en Iran à l’époque les noms anglais n’étaient pas acceptés”. Tous les deux sont des Afghans nés en Iran, où ils ont grandi. Leur amour pour la musique s’est manifesté dès l’enfance : “nous chantions à l’école, ainsi que pour les amis et la famille”. Ils ne se connaissaient pas encore quand ils ont déménagé à Herat, une grande ville conservatrice de l’ouest afghan, d’où leurs familles sont originaires. C’est là qu’ils se sont rencontrés, en 2008, et qu’ils ont décidé de former le groupe. Ils sont alors tombés amoureux et se sont fiancés en 2010. Des raisons de sécurité les ont ensuite poussé à quitter Herat pour le Tadjikistan voisin, un pays de langue persane tout comme l’Afghanistan. Ils résident aujourd’hui à Kaboul, la capitale afghane.

Alors que Paradise travaille comme mannequin et actrice dans des courts-métrages, Diverse est ingénieur en télécommunications. Il est diplômé d’informatique de l’université d’Herat, où il a enseigné pendant deux ans.

Le nom du groupe ? “On s’ADORE l’un l’autre !!! Donc c’est 1 ou I, 4 pour LOVE, et 3 pour YOU !!! Et on veut que tous ceux qui écoutent nos chansons et nous soutiennent sachent qu’on aime nos fans !!! C’est pour ça qu’on est 143Band.”

Les styles de 143Band sont très divers, « la pop, le hip-hop et le R&B » étant les principaux. « Nous aimons tous les styles de musique […] et nous voulons aussi nous démarquer des autres musiciens afghans ». Mais leurs chansons peuvent aussi se classer selon deux autres catégories : les morceaux qui décrivent les difficultés des Afghans et ceux qui parlent d’amour et de choses de la vie quotidienne.

Paradise est probablement la première rappeuse femme du pays et elle reconnaît que c’est un statut dangereux. “Pour être honnête je joue avec ma vie, mais c’est ce que j’ai choisi et j’aime ma carrière. Je fais de mon mieux pour que le monde entier entende mon cri, en allant sur scène dans plusieurs pays. En chantant je raconte l’histoire des autres Afghanes, les problèmes sociaux et ceux des enfants et des jeunes”. Pour les deux fiancés, la vie à Kaboul est très difficile : tous deux ont subi menaces et agressions. “Je reste tout le temps à la maison, soupire Paradise. S’il faut sortir, je mets des lunettes de soleil et je prends le taxi, comme ça personne ne me reconnaît. Les gens n’acceptent pas que je sois une femme qui chante”.

Nalestan نالستان (Terre de lamentations) — sous-titres français/dari — rap féminin afghan from Victoria Castro on Vimeo.

« Nalestan a été enregistré et tourné en Afghanistan. Je voulais prouver à tous que je vis dans ce pays, et que malgré cela je n’ai pas peur de lever ma voix pour dire au monde entier qu’il y a une femme afghane qui souffre, mais qui se bat pour nos droits. »

« Range Eshgh a été enregistré au Tadjikistan. Nous avons beaucoup d’idées de clips. Mais nous vivons dans un pays où tourner des vidéos n’est ni autorisé ni sûr, surtout pour les femmes. C’est pour ça que nous avons arrêté de faire des clips, bien qu’on continue à chanter. Peut-être qu’un jour on ira tourner des vidéos hors d’Afghanistan, avant de rentrer. »

On a quelques nouveaux morceaux mais malheureusement personne ne nous aide financièrement. On fait tout ça tout seuls.

Les fiancés sont “fiers de présenter au monde la musique afghane et en particulier le hip-hop afghan.Ils ont déjà donné des concerts au Tadjikistan, où ils ont habité, mais aussi au Brésil à l’occasion du festival FLUPP. Le groupe aussi travaillé avec le couple indien Dehli Sultanate & Begum X ainsi qu’avec de célèbres artistes afghans comme Aryana Sayeed ou Shafiq Mureed. 143Band cherche maintenant une nouvelle opportunité de se produire à l’étranger. C’est notre plus grand rêve, et, on l’espère, il se réalisera”.

Des recettes pour le succès, Paradise en connaît une : “je chante avec mon fiancé. En couple on a bien plus d’énergie pour chanter”.

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Parvaz & Ghabe Shishei : deux chansons iraniennes

Siavash Ghomayshi سياوش قميشي est un des chanteurs les plus connus d’Iran. Il est né en 1945 à Dezful, dans le Khouzestan (sud-ouest). Après la révolution islamique en 1979, il a quitté l’Iran et vit actuellement à Los Angeles. Âgé maintenant de 69 ans, il est aujourd’hui à la fin de sa carrière.

Parvaz پرواز – envol (2012)

Une chanson récente avec un joli clip.

Parvaz پرواز « Envol » – Siavash Ghomayshi – sous-titres français/persan from Victoria Castro on Vimeo.

Ghabe Shishei قاب شیشه ای – la vitre de verre (1998)

Ce morceau est l’un des plus grands tubes de l’histoire de la musique iranienne. C’est une chanson d’amour dédiée à Téhéran.

Ghabe Shishei قاب شيشه ای « La vitre de verre » – Siavash Ghomayshi – sous-titres français/persan from Victoria Castro on Vimeo.