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Châtiments corporels en charia littéraliste (hudud)

Dira_Square
La place Dira (Riyadh, Arabie saoudite), surnommée « Chop chop Square » par les expatriés car c’est là que se déroulent les décapitations. – photo prise en 2007

Mise en contexte

En charia, les crimes sont divisés en trois catégories.

  • hudūd : les plus graves, fixés dans le Coran et la Sunna (dires du Prophète et de ses compagnons). Seuls ces crimes peuvent permettre le recours à la peine capitale.
  • ta’zīr : le domaine du fiqh (jurisprudence). Le juge détermine lui-même un peine, généralement constituée de coups de fouet administrables en plusieurs fois.
  • qisās : les affaires “privées” où on laisse les familles s’arranger entre elles, par la compensation financière ou la violence. Les affaires de meurtres tombent dans cette catégorie sauf circonstances aggravantes.

On ne s’intéressera ici qu’à la catégorie la plus restreinte et la plus sérieuse, celle des hudūd.

Liste des crimes hudud et des peines associées selon le Coran, le Prophète et ses compagnons

Ce sont les peines théoriques retenues par les interprétations les plus rigoristes (salafistes et wahhabites) de l’Islam ; et encore, seules les organisations jihadistes osent en appliquer certaines. Elles sont en vigueur, en théorie ou en pratique, dans des pays comme l’Arabie saoudite, le Soudan, le Nigeria (moitié nord) ainsi que dans les territoires sous contrôle jihadiste, comme l’État islamique.

Le terme “exécution” semble surtout faire référence à la décapitation.

1 – Zina (turpitude : relations sexuelles illicites)

Quatre témoins indépendants sont nécessaires à l’inculpation, sauf visiblement pour les relations gays. Quand Aboubakar (le premier calife sunnite) et Ali bin Abi Talib (le gendre de Mahomet et le premier imam chiite) auraient décidé de brûler vif deux homosexuels, cela n’aurait été basé que sur le témoignage d’un seul homme. (source : Nuwayri, Nihayat al-Arab vol. II, p. 217)

Fornication : relation entre personnes non mariées
Selon le Coran : 100 coups de fouet pour l’homme et la femme.

Adultère : relation entre personnes mariées à d’autres
Selon le Prophète : lapidation pour l’homme et la femme.

Homosexualité masculine (liwat)
Selon le Prophète : lapidation des deux. Les figures les plus éminentes de l’islam (sunnite et chiite confondus) hésitent entre jeter les fautifs du haut d’une tour, les lapider ou les brûler vifs, quand ils ne font pas les trois à la suite. J’ai aussi entendu parler de les emmurer vivants, mais la source me manque.

2 – Ridda (apostasie : abandon de l’islam, blasphème, sorcellerie)

Selon le Prophète : exécution.

3 – Qat’ at-tariq (banditisme : activités mafieuses, atteinte à la sûreté de l’État, terrorisme, instigation de troubles)

Selon le Coran et d’une gravité décroissante : exécution, crucifixion, amputation d’une main et du pied opposé, ou exil.

4 – Shurb al-khamr (toxicomanie : consommation d’alcool ou de stupéfiants jusqu’à l’ivresse)

Selon le Prophète : 40 coups de fouet, puis exécution à la quatrième récidive.

Selon Omar (le deuxième calife) : 80 coups de fouet minimum.

5 – Sariqa (vol sans violence ou non mafieux)

Selon le Coran : amputation d’une main.

6 – Qadhf (fausse accusation de turpitude, sans quatre témoins masculins indépendants)

Selon le Coran : 80 coups de fouet.

En bref : liste des châtiments par gravité décroissante

L’immolation du pilote jordanien Moaz al-Kasasbeh avait suscité une horreur générale au sein du monde musulman, plusieurs théologiens affirmant d’ailleurs que l’usage du feu pour tuer est interdit en Islam. Il est significatif qu’au lieu de l’avoir décapité ou crucifié comme un rebelle ou un apostat, les jihadistes de l’État islamique ont préférer le brûler vif comme si c’était un homosexuel.

  • immolation (tahrīq) : homosexualité masculine
  • chute forcée depuis le haut d’un bâtiment : homosexualité masculine
  • lapidation (rajm) : adultère, homosexualité masculine
  • décapitation (taqtīl) et crucifixion (taslīb) : apostasie, banditisme, toxicomanie
  • amputation d’une main et d’un pied : banditisme
  • amputation d’une main : vol
  • 100 coups de fouet : fornication
  • 80 coups de fouet : toxicomanie, fausse accusation de turpitude
  • 40 coups de fouet : toxicomanie
  • exil (nafy) : banditisme

Une actu toute en nuances

Décharge de responsabilité vis-à-vis des horreurs que je vais suggérer dans le billet qui va suivre

Les journalistes sont comme des historiens conjugués au présent, comme disait Rap News (voir leur épisode ici). Il est de leur devoir de capter l’air du temps en scrutant l’actualité et en établissant des liens entre divers événements. Il est aussi du devoir des journalistes de faire passer les faits avant le politiquement correct, et de raconter les événements même si cela dérange. De plus, nous sommes tous Charlie maintenant, et Charlie avait quand même l’esprit bien mal tourné.

Le billet

      1. D’abord, Charlie et son humour potache ont occupé l’actualité mondiale pendant un certain temps.
      2. Puis il y a eu le bloggeur saoudien Raef Badawi, menotté, attaché et fouetté en public pour avoir, comme Charlie, usé de sa liberté d’expression.
      3. Puis le pape François encourageant la fessée.
      4. Puis l’affaire DSK, ses nombreux détails salaces, et la presse qui en rajoute avec des calembours osés (vu qu’on est tous Charlie maintenant…)
      5. Et devinez quel est le film dont tout le monde parle et qui est sorti ce samedi, pour la St-Valentin ?

Et tout ça en l’espace d’un mois !