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Synopsis de films

Écrire des synopsis de films, c’est raconter une histoire en peu de signes. C’est du journalisme en fait ! J’espère que les synopsis de ces 12 films récents (datant de 2014 et 2015) vous donneront envie de les télécharger illégalement d’en emprunter les DVDs. Les voici présentés par ordre de sortie en France.

Synopsis 1 - Walter Mitty

Synopsis 2 - Jack et la mécanique du cœur Synopsis 3 - The Grand Budapest Hotel Synopsis 4 - Edge of Tomorrow Synopsis 5 - Interstellar Synopsis 6 - The Imitation Game Synopsis 7 - Birdman Synopsis 8 - The Voices Synopsis 9 - Taxi Téhéran Synopsis 10 - Une belle fin Synopsis 11 - Le labyrinthe du silence Synopsis 12 - À la poursuite de demain

Cher Time Magazine, mes analyses cinéma

Mon cher Time Magazine,

J’ai relu quelques-uns des trucs que tu as écrit sur le cinéma, notamment sur les films nominés aux Oscars, et j’ai des remarques à te faire. Juste avant les Oscars de ce février, en pronostiquant quel serait le meilleur film, tu disais peu ou prou :

Une merveilleuse histoire du temps, American Sniper, Selma et The Imitation Game rentrent tous les quatre dans le vieux moule du héros réel qui va conquérir l’adversité. Aucun de ces films ne sont des candidats sérieux au titre de meilleur film.

Si tu dis ça, c’est que sur ces quatre biopics, il y en a au moins trois que tu n’a pas vu ou pas compris. Je peux t’expliquer si tu veux. Vu que cette lettre sera lue par plein de gens qui ne les ont pas vus non plus, je vais essayer de minimiser les spoilers, mais je crains qu’il y en ai quand même.

Les quatre biopics

Une merveilleuse histoire du temps (Stephen Hawking)

Je ne saurais pas juger, je ne l’ai pas vu. De loin, on dirait l’histoire d’un homme faisant de grandes avancées scientifiques tout en se battant contre cette maladie qui aurait pourtant pu l’empêcher de faire de grandes choses. Ça semble coller au stéréotype que tu décris, mais je ne peux pas t’en dire plus.

American Sniper (Chris Kyle)

Une personne normale qui, stimulée par l’adversité, va faire de grandes choses en même tant que des choses moins recommandables. L’adversité n’est pas un frein, c’est un stimulant qui pousse à faire des choses bonnes et mauvaises. Le héros agit comme si tout lui paraissait simple et comme s’il ne conaissait pas les obstacles.

L’idée principale du film est un questionnement sur cette faculté qu’a la guerre à transformer les gens, à leur faire commettre des actions hors du commun (mais si terribles) avec une facilité déconcertante. Tu sais, c’est du Clint Eastwood quand même, faut réfléchir un peu avant de comprendre !

Selma (Martin Luther King Jr. / la marche de Selma)

Une personne extraordinaire qui a consacré sa vie à se battre contre l’adversité. Ça se rapproche un peu plus de l’archétype dont tu parle, mais essentiellement en surface.

Le héros ne débute pas comme quelqu’un de normal qui doit se battre pour se hisser sur un piédestal : il y est déjà. Au début du film, il reçoit le prix Nobel de la paix.

De plus, l’adversité n’est pas un obstacle entre le héros et son objectif : l’adversité fait partie intégrante du objectif. Le principe de la non-violence repose là-dessus. On ne se bat pas : au contraire, on se montre pacifiquement, limite dans le but d’être pris pour cible.

Le film (et la mobilisation) commence avec un attentat contre des fillettes noires. De même, le but des manifestants pacifiques (et de King) est justement de se faire prendre par la police. La cause du vote noir n’aura pas vraiment décollé avant les débordements policiers sur le pont. Chaque avancée de la cause noire naît d’un acte violent contre les Noirs. Même si le couple King souffre beaucoup, les deux conjoints considèrent ces épreuves comme partie de leur activisme.

Tout ça pour dire que ça s’écarte de ton moule. Mais bon, comme je suis gentille et je ne suis pas experte en cinéma, je te laisse le bénéfice du doute.

The Imitation Game (Alan Turing / le cassage d’Enigma)

Là c’est impardonnable, mon cher Time : c’est tout le contraire de ce que tu décris ! Ce film est très complexe et on pourrait longuement l’analyser, mais j’irai à l’essentiel.

On commence avec une vision initiale délibérément lisse, parfaite, stéréotypée et inexacte. Un mathématicien génial qui a tout réussi, qui pense avec la froideur d’une machine et qui est incapable d’éprouver des sentiments. S’il est comme ça, c’est parce qu’il a eu une enfance difficile, sans personne pour l’aimer. Ensuite, une relation stéréotypée se noue entre le second rôle féminin (la jeune ingénue talentueuse qui s’ignore) et le premier rôle masculin (le génie renommé qui derrière son apparent cœur de pierre s’avère être, finalement, capable d’aimer).

Puis le personnage principal va calmement s’autodétruire en laissant délibérément des indices qui érodent son archétype de façade. Finalement, ce n’est pas quelqu’un de supérieur, juste quelqu’un de différent. Si c’est inné d’accepter la supériorité d’autrui, accepter la différence nécessite de la tolérance, et c’est pas donné. Il ne résiste pas ; c’est pour ça qu’on ne peut pas dire qu’il est « persécuté », comme tu l’as souvent écrit. On ne le voit souffrir qu’à la toute fin, quand ses capacités intellectuelles ont été anéanties, quand tout ce qui lui restait de supériorité a été détruit pour ne laisser que sa différence à nu. Pourtant, il accepte son sort. Point d’orgue de l’autodestruction, il finit par se suicider.

Quant à l’origine de cette folie aussi douce que mortifère, c’est là un des thèmes centraux du film, et assurément son plus gros spoiler…

Au passage / vite dit

Mon cher Time, je te rappelle que The King’s Speech (Le discours d’un roi), vainqueur très acclamé des Oscars 2011, parle d’un prince bègue qui deviendra un grand roi malgré son handicap, et rentre complètement dans le moule que tu fustiges. Pourtant, tu es d’accord avec moi que c’était un excellent film qui a mérité toutes ses statuettes.

Parallèlement, tu prédisais que The Grand Budapest Hotel remporterait la récompense du meilleur scénario original. Ça m’étonne, car cette comédie déborde d’originalité partout sauf dans le scénario, qui est d’ailleurs adapté de Stephen King (c’est marqué en gros dans les séquences de fin, tu n’as pas vu ?). L’histoire est bien, mais les points forts de ce film sont sur le style, les ambiances et le visuel (décors, costumes, cinématographie), et certainement pas sur la trame. Pour information, c’est finalement le scénario de Birdman qui a été sacré.

Dernier point : tu trouvais, comme beaucoup de monde, que l’idée derrière le film Boyhood était très intéressante. Ce film de fiction, que je n’ai pas vu, raconte une histoire sur 12 ans (réels) avec les mêmes acteurs, qui grandissent et vieillissent. Si c’est ça le point fort du film, alors il est assez faible. Je connais un réalisateur qui a fait toute une série de films dans le genre, mais ils se déroulent sur 20 ans, au fin fond de l’Afrique australe ou de la Chine (pas dans une famille blanche occidentale), ça traite des questions sociales et politiques des régions concernées, et ce sont des documentaires avec des vrais gens, pas des acteurs. J’ai vu deux de ses films sur Al Jazeera English. Comparé à ça, Boyhood fait tout de suite moins original…

Cher Time, je t’offrirais bien quelques tickets de cinéma. Si tu veux mes analyses d’autres films, comme Birdman, Interstellar ou La vie rêvée de Walter Mitty, je suis dispo.

Gros bisous et je reviens te chercher la semaine prochaine dans ma boîte aux lettres.