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Vêtements féminins en Iran : version 2015

Smartlapin en tchador devant la mosquée du sheikh Lotfollah (place Naqsh-e Jahân, Ispahan) (ceci n'est pas un photomontage) (29 juillet 2015, 18h40)
Selfie de Smartlapin devant la mosquée du sheikh Lotfollah (place Naqsh-e Jahân, Ispahan) (ceci n’est pas un photomontage) (29 juillet 2015, 18h40)

Article du 14 juin 2014 sur le même sujet : Le code vestimentaire féminin en Iran

Après 3 semaines de séjour dans le noyau perse de l’Iran, voici ce qu’on peut dire concernant les habits des Iraniennes. Vous ne vous prendrez plus les pieds dans le tapis persan !

Le code vestimentaire

Deux promeneuses au jardin d'Eram à Shiraz
Deux promeneuses au jardin d’Eram à Shiraz (prov. de Perse) (18 juillet 2015)

Voici ce que vous devez porter si vous allez en Iran :

  • Un foulard (روسری rusari) sur la tête. Il n’a pas besoin d’être parfaitement opaque et peut laisser échapper autant de cheveux qu’on souhaite et par tous les côtés (y compris l’arrière). S’il tombe, même sous les yeux d’un policier, on ne vous dira rien si vous le remettez en quelques secondes (que vous soyez étrangère ou Iranienne).
  • Une tunique (مانتو mânto) qui cache les coudes et les fesses. Elle ne doit pas être très moulante. Un gilet bien long sur un T-shirt manches courtes serré fait bien l’affaire. J’ai vu un mânto transparent sur une Iranienne de la ville conservatrice de Yazd. Les étrangères peuvent arborer un décolleté plongeant même s’il n’est pas caché par le foulard.
  • Un pantalon, jeans, leggings, jupe, etc. qui descende jusqu’aux chevilles.
  • Les chaussettes sont facultatives.

Les Iraniennes n’ont généralement pas peur des couleurs vives et des paillettes.

Vous pouvez enfreindre le code (enlever votre foulard, par exemple) tant que vous pouvez rétablir la situation avant que la police arrive, ou que des gens conservateurs viennent vous faire des remarques. Il n’y a aucun risque à se baigner en maillot de bain sur une plage déserte devant une mosquée à l’heure de la prière. De même, vous pouvez être tête nue dans une voiture hors agglomération, dans certains hôtels, lors d’une balade à la montagne, ou dans n’importe quel endroit un peu isolé. C’est une question de feeling.

Tchador

Le tchador (چادر « tente ») est une grande cape en forme de demi-lune. Il se porte sur le foulard-mânto-pantalon habituel et peut se mettre de mille façons. Il est souvent noir, à motifs discrets et avec des effets de transparence et de brillance. On rencontre occasionnellement d’autres couleurs.

Deux femmes en habits bandaris visitant le château de Râyen (prov. de Kermân) (23 juillet 2015, 13h22)
Deux femmes en habits bandaris visitant le château de Râyen (prov. de Kermân) (23 juillet 2015, 13h22)

Les tchadors sont colorés dans la région de Hormozgân (هرمزگان détroit d’Ormuz) ; ils sont alors dits « bandari » (بندری « de la ville de Bandar-‘Abbâs بندر عباس »). Dans le meilleur des cas, il est portés sur la tête et cache tout sauf le visage et les pieds. Souvent, il dévoile les jambes jusqu’aux genoux, se porte sous le bras comme un sari, sur les épaules, à la taille, voire est laissé complètement ouvert sur le devant. On cache son sac à main dessous. Le tchador s’ouvre voire tombe si on le lache ; on est obligé de le tenir avec la main ou le coude, voire avec les dents si on n’a plus que ça de disponible.

Le tchador est théoriquement obligatoire dans les mausolées religieux, même si cette règle n’est pas toujours appliquée. On en prête, souvent de couleur blanche à fleurs, à l’entrée de ces sanctuaires. Si aucune dame n’est présente à l’entrée pour vous donner le tchador en main propre, vous pouvez toujours entrer avec vos vêtements normaux. Dans le pire des cas, on vous de ressortir le temps de vous habiller décemment.

La police religieuse iranienne, qui disparaît progressivement, est largement (exclusivement ?) composée de femmes en tchador.

Les vêtements qu’on ne voit pas, ou rarement

Niqab

2 août 21h59 - pélerine niqabie
Pélerine arabe chiite à Mashhad (2 août 2015)

Le niqab, qui cache la tête et le visage en ne montrant que les yeux, est considéré en Iran comme un vêtement d’Arabe. Il est porté par de rares autochtones de la région arabisée du Hormozgân, toujours avec un tchador bandari coloré. Les multiples femmes en niqab de la ville-pélerinage de Mashhad sont toutes des pélerines venues d’Iraq ou d’Arabie saoudite.

Masques bandaris achetés sur l'île de Qeshm.
Masques bandaris achetés sur l’île de Qeshm.

Burqa afghane

A priori, vous ne verrez jamais de grille devant les yeux d’une Iranienne.

Masque bandari

L’accessoire iranien se rapprochant le plus d’une burqa (en masquant le visage) est le masque bandari, occasionnellement porté par dans la région du Hormozgân.

Abaya

Cette longue robe noire prisée des Arabes est rarement arborée par les Iraniennes conservatrices, qui lui préfèrent le tchador.

Voile serré

Le voile serré « à l’arabe », un foulard qui colle de près à la tête sans laisser dépasser de cheveu et qui est maintenu par mille épingles, n’est porté par les Iraniennes que sous un tchador. Il ne faut pas le confondre avec les cagoules de l’uniforme de travail, qui montrent tout de même les cheveux de devant.

Habillement par région

Le tchador est

  • peu porté à Téhéran (8 154 000 hab) et Shiraz (1 460 000 hab)
  • un peu plus à Ispahan (1 756 000 hab)
  • encore un peu plus dans le Hormozgân (province de 1 580 000 hab)
  • plus à Kerman (534 000 hab)
  • encore plus à Kashan (275 000 hab) et Yazd (486 000 hab).

La grande ville la plus conservatrice d’Iran est Qom (1 074 000 hab). Mashhad (2 749 000 hab) est difficile à juger, tellement la proportion de pélerins étrangers est importante (jusqu’à deux fois le nombre d’autochtones).

Une fille en tchador n’est pas forcément religieuse ou croyante, ce vêtement étant essentiellement promu par la pression sociale. À Yazd (une des villes les plus conservatrices avec Qom et Mashhad), environ 80% des femmes sont en tchador, bien que les mosquées soient presque vides à l’heure de la prière.

Dans les vitrines

Les Iraniennes adorent les robes de soirées couvertes de paillettes. En voici à Yazd.

Boutique de robes de soirées près de la place Tchakhmaq à Yazd (25 juillet 2015, 19h14)
Boutique de robes de soirées près de la place de l’émir Tchakhmâq à Yazd (25 juillet 2015, 19h14)
Robes de soirée à Téhéran (6 août 2015, 16h39)
Robes de soirée à Téhéran (6 août 2015, 16h39)

À Téhéran, une rue piétonne est exclusivement dédiée aux robes de soirées, qui se vendent typiquement entre 100€ et 200€.

Dans ce centre commercial de Qeshm (29 000 hab, île de Qeshm, prov. de Hormozgân), les boutiques de lingerie sont symboliquement voilées de rideaux de ficelles à petits cœurs rouges.

Boutique de lingerie dans un mall de Qeshm (21 juillet 2015, 23h03)
Boutique de lingerie dans un mall de Qeshm (21 juillet 2015, 23h03)

Toujours dans le même centre commercial, d’autres vêtements osés sont disposés sur des mannequins sans honte.

Boutique de vêtements dans un mall de Qeshm (21 juillet 2015, 23h02)
Boutique de vêtements dans un mall de Qeshm (21 juillet 2015, 23h02)

D’autres mannequins ont la tête couverte, notamment s’ils sont visibles depuis la rue.


Toutes les photos ont été prises par le Smartlapin. Si vous voulez les réutiliser, contactez-le (normalement, il vous dira oui). Les données de population sont extraites de l’atlas mondial de Gitâshenâsi année 1393-1394 (2014-2015), la référence iranienne des cartes.

Le code vestimentaire des femmes en Iran

Smartlapin voilé
Selfie de Smartlapin devant la mosquée du Cheikh Lotfollah à Ispahan (photomontage)

Certains se prennent les pieds dans le tapis persan concernant les habits des femmes en Iran. Voici donc quelques éclaircissements.

Code vestimentaire obligatoire

  • manteau ou tunique (mânto مانتو, emprunté au français)
  • voile (rusari روسرى, étymologiquement “ce qui se met sur la tête”)
  • pantalon, jean, jupe ou apparenté qui couvre les jambes jusqu’aux chevilles

Beaucoup de gens ne parlent que du voile et oublient le manteau. Voici les critères qu’un vêtement doit remplir pour être un mânto :

  • ne pas être très moulant, mais il peut être un peu serré ;
  • avoir des manches longues qui cachent bien les coudes et au moins un peu les avant-bras ;
  • descendre jusqu’aux genoux, mais dans la pratique, souvent à mi-cuisses ;
  • tous les motifs et coloris sont possibles, même si les couleurs très vives peuvent agacer la police.

Si les femmes conservatrices arborent un voile serré, la plupart des Iraniennes le portent en arrière et montrent beaucoup de cheveux. On peut aussi montrer l’avant de son cou. Le rusari peut être perçu comme un symbole d’oppression mais aussi, de plus en plus, comme un objet de séduction.

On peut montrer ses pieds si on cache bien les chevilles.

Ce code est plus ou moins strictement appliqué selon l’humeur des policiers.

Vêtement facultatif

  • tchador (tchâdorچادر, “tente”)

Le tchador est une sorte de toge ou de grand sari. Il s’enroule autour du corps. Si la personne est statique, il peut couvrir tout le corps sauf le visage, mais quand on bouge il peut montrer les jambes jusqu’aux genoux ou les bras jusqu’à la poitrine. Le tchador actuel est typiquement de couleur noire unie, mais on trouve des modèles gris ou à motifs.

Ce vêtement est obligatoire dans les mosquées et les mausolées, mais pas ailleurs. On l’arbore beaucoup dans des villes conservatrices comme Qom ou Yazd. Il est rare à Téhéran.

Vêtements qu’on ne trouve pas (souvent)

  • burqa afghane (tchadri چادري en pachtoune, « tente » avec grille pour les yeux)
  • niqab (niqâb نقاب en arabe, coiffe de tissu masquant le visage mais pas les yeux)
  • abaya (‘abâya عباية en arabe, robe noire)

Contrairement aux habitantes des pays environnants comme l’Afghanistan, le Pakistan, l’Iraq ou les pays du Golfe, peu d’Iraniennes se voilent le visage. Les Arabes de la côte du Golfe Persique, comme à Bandar-‘Abbâs, portent parfois des masques semblables à ceux arborés au Sultanat d’Oman, en plus de leurs robes colorées traditionnelles. La burqa afghane est justement typique des Afghanes, et notamment des Pachtounes de l’est du pays et de la région de Peshawar (ouest du Pakistan).

Les abayas, ces longues robes noires populaires chez les Arabes en Iraq et dans la péninsule arabique, sont rares en Iran. Les femmes y préfèrent le tchador.

Pour finir…

Les Iraniennes s’habillent souvent de manière élégante et la mode s’est largement adaptée aux contraintes de la loi. Si vous voulez admirer les dernières tendances de la mode féminine iranienne, rendez-vous sur cet article de GlobalVoices (en anglais, mais ce sont les images qui comptent).

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