Archives du mot-clé diplomatie

Récit de deux visites à l’ambassade du Pakistan (partie 2)

christmas-celebrations-in-embassy-of-pakistan-on-17-12-2016
L’ambassadeur Moin-ul-Haque (centre) avec le député François Pupponi et divers dignitaires chrétiens. Source : site de l’ambassade

Dans la première partie, nous étions allés en classe voir Monsieur l’Ambassadeur du Pakistan. Ici, nous irons au repas de Noël organisé à l’ambassade avec les chrétiens du Pakistan, et mon smartlapin décrochera une interview en exclusivité française !

Deuxième visite : samedi 17 décembre

Rendez-vous à 18h à l’ambassade. L’occasion étant moins officielle, j’avais gardé mon foulard sur les épaules. Le portique d’entrée a été sorti sur le trottoir, des barrières métalliques ont été mises, la porte est grande ouverte. L’ambassade est bondée, l’ambiance est festive, les dames ont mis leurs plus beaux shalwâr kameez (tunique et pantalon) et laissesnt tomber leurs dupattâ (voile) le long de leur corps, le tout recouvert de paillettes. J’aurais presque dû m’acheter une tenue pakistanaise pour l’occasion.

20161217_180435

Je retrouve deux camarades de classe, mais la plupart d’entre eux ne sont pas encore arrivés. Nous patientons en buvant des jus de fruit, pendant que les divers photographes nous mitraillent pour une raison indéterminée. Puis vient le temps des discours. L’estrade arbore les micros de quelques-unes des nombreuses chaînes d’info pakistanaises. On se croirait presque au pays.

À soirée de Noël, chants de Noël.

Arrive ensuite un invité de marque : François Pupponi, maire de Sarcelles (et accessoirement successeur de DSK), député du Val-d’Oise et président du Groupe d’amitité franco-pakistanaise à l’Assemblée nationale.

Petit speech de l’ambassadeur Moin-ul-Haque.

Et enfin, le découpage du gâteau !

Et bien sûr, des cadeaux pour les enfants.

Les formalités terminées, nous nous mettons avec les quelques équipes de télé pakistanaises et interviewons, en probable exclusivité française, le député Pupponi sur sa future visite au Pakistan au nom de l’Assemblée nationale, en février 2017 (la première visite officielle française depuis une décennie).

Fiers de ce scoop, nous passons au buffet et allons manger dans la cour. C’est bon, quoique bien épicé.

Récit de deux visites à l’ambassade du Pakistan (partie 1)

Après cinq mois d’absence, le site à oreilles de lapin est de retour ! Toutes les excuses du smartlapin pour ce petit contre-temps :-)

Photo de famille avec l'ambassadeur Moin-ul-Haque.
Photo de famille avec l’ambassadeur Moin-ul-Haque. Source : site de l’ambassade

Voici le récit de deux visites faites dans le cadre de la classe d’ourdou de l’Inalco, le vendredi 16 et le samedi 17 à l’ambassade du Pakistan. Cette première partie raconte notre rendez-vous devant l’ambassadeur, où je me suis retrouvée par surprise à chanter devant Son Excellence une chanson classique ourdoue que je n’avais pas pratiquée depuis des mois et des mois.

Dans la deuxième partie, vous découvrirez, en exclusivité française, l’interview du député-maire PS de Sarcelles, François Pupponi, président du groupe d’amitié franco-pakistanaise et qui effectuera en février 2017 la première visite officielle française au Pakistan depuis une décennie.

Première visite : vendredi 16 décembre

Visite de classe à l’ambassade du Pakistan. Nous nous donnons rendez-vous à 14h à l’Inalco (XIIIè arrondissement). C’est ainsi qu’une dizaine de personnes des classes de L1 et L2 d’ourdou (aucun L3 n’ayant pu venir) se rendent vers la station Bibliothèque François-Mitterand, accompagnées de leur professeure Sameena Aslam (Niazi). Celle-ci prendra un avion pour le Pakistan directement après la visite, et nous portons donc grâcieusement son énorme valise rouge.

Ligne 14. Nous changeons à Châtelet pour prendre le RER A, et manquons de nous perdre les uns les autres. Nous descendons à Place de l’Étoile. L’ambassade la plus évidente est celle du Qatar, probablement une des mieux placées au monde ; celle du Pakistan est cachée dans une ruelle, quelques centaines de mètres plus loin.

J’ajuste sur ma tête un foulard bleu totalement non obligatoire (notre professeure n’en a pas, pas plus que les femmes que nous verrons dans l’ambassade). À l’entrée, nous passons un simple portique. Aucune fouille. L’intérieur est dans le style assez kitsch auquel on peut s’attendre en regardant les façades du quartier. Dans la salle à côté, le personnel s’active à décorer le sapin de Noël pour la soirée suivante, et nous en remet les invitations. Nous sommes amenés au salon des ambassadeurs, à l’étage. L’ambiance est détendue, les conversations se font essentiellement en anglais.

Il y a de petits avions de chasse partout.
Il y a de petits avions de chasse partout.

Après l’arrivée de quelques étudiants retardataires, nous entrons dans le bureau de l’ambassadeur. Son Excellence Moin-ul-Haque a pris ses fonctions cet été 2016. Après quelques discussions en anglais et ourdou entre M. l’Ambassadeur et Mme Aslam, chacun est invité à se présenter. (Pendant les présentations arrivent deux retardataires supplémentaires, deux étudiants d’une non-ponctualité éternelle mais que tout le monde adore). Nous recevons du thé et des biscuits.

Au moment des questions, deux étudiants s’enquérissent de la possibilité de faire un voyage au Pakistan, chose que les institutions déconseillent par peur du terrorisme. (On serait tentés de dire que Paris n’est pas non plus une ville extrêmement sûre point de vue terrorisme ; et puis c’est bien connu, le plus grand risque au Pakistan s’encourt au moment de traverser la rue…). Personnellement, je demande des informations sur la scène tech pakistanaise, qui compte plusieurs centaines de startups.

Et c’est là que notre professeure me demande de chanter.

Lors de mes présentations, Mme Aslam avait déjà évoqué mes capacités vocales, et notamment un ghazal (poème d’amour classique) que j’avais chanté l’année précédente à la fête du département Asie du Sud de l’Inalco. En l’occurrence, c’est « Ae ishq hamein barbâd nâ kar » (ô amour, ne me détruis pas) dont voici la version de Nayyara Noor. Seulement, je n’avais pas chanté cette chanson depuis ladite fête, c’est-à-dire pendant presque un an. Mes yeux font des allez-retours entre ma professeure et Son Excellence. Ce genre de moments est trop surréaliste pour laisser le temps d’être terrifié. Je demande (en anglais, étant trop dans l’urgence pour faire des phrases ourdoues) à lire les paroles sur Internet ; je ne me souvenais que du refrain et du premier couplet. Je chante entièrement le ghazal, assez tendue sur le moment au sujet de la qualité de ma propre performance.

Pendant que notre professeure reste discuter avec Son Excellence, nous sortons et revenons dans le salon des ambassadeurs. Nous nous lâchons un peu (un étudiant d’origine indo-pakistano-quelque chose clame haut et fort qu’il demandera l’asile en Suède en cas d’élection de Marine le Pen), bavardons bruyamment et prenons des selfies à droite à gauche.

Vient finalement le temps de la photo de famille. Nous descendons sur les marches et nous plaçons derrière l’ambassadeur. Au moment de lui serrer la main, il me… tapote la tête ?! Ça a l’air plutôt bon signe.

C’est ainsi qu’après avoir noté nos coordonnées dans un carnet passant aléatoirement de mains en mains, nous sortons et nous rendons au pied de l’Arc de triomphe. Nous disons au revoir à notre professeure, qui part direction l’aéroport. Les L1 rentrent à l’Inalco pour assister à un cours. Nous, six filles de L2, décidons de passer la fin de l’après-midi au Séphora des Champs-Élysées. Un peu de sérieux, quand même.

Lien sur le site de l’ambassade du Pakistan : « Inalco Students meet the Ambassador »

img_0222
Dans le bureau de l’ambassadeur. Source : site de l’ambassade

Pourquoi le Qatar cesse-t-il d’être diplomate ?

Khalid bin Mohammad Al Attiyah, the Qatari foreign minister.
Khalid ben Mohammed Al Attiyah, le ministre qatari des affaires étrangères — Creative Commons, Marc Müller

Le Qatar est historiquement placé entre quatre puissances à chacun de ses côtés : le Bahreïn au nord, Oman au sud, l’Arabie saoudite à l’ouest et l’Iran à l’est. Le pays lui-même est trop petit pour se défendre militairement face à ses voisins. De plus, il est assez sensible aux coups d’État, y compris ceux induits par des puissances étrangères. Pour survivre, il doit exceller en diplomatie et se faire bien voir de tout le monde. Il doit également ne pas se polariser en soutenant fortement une partie, car il se ferait alors des ennemis. Les Qataris ont longtemps été très forts en diplomatie, mais maintenant, des éléments intrigants font tache.

Si la diplomatie est vitale pour la survie nationale, alors pourquoi avoir créé et soutenu Al Jazeera ? En tant que groupe de télévision, cette entreprise possède une force médiatique colossale. De plus, elle est très associée au Qatar et vice-versa, de sorte qu’elle influe largement sur l’image du pays. Via ses reportages critiques des pouvoirs, Al Jazeera a toujours porté atteinte aux efforts diplomatiques de Doha. À cause de cela, la terre oubliée de Dieu a enduré des multitudes d’incidents diplomatiques. Les derniers en date impliquent par exemple l’Égypte, où trois journalistes d’Al Jazeera English ont été condamnées à 7 à 10 ans de prison pour terrorisme et soutien aux Frères musulmans. Au printemps, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Bahreïn ont rappelés leurs ambassadeurs de Doha et exigé la fermeture d’Al Jazeera et l’arrêt du soutien aux Frères musulmans. En 2004, les États-Unis ont même voulu bombarder leur allié qatari pour se débarrasser de la chaîne d’information. La branche la plus influente du groupe, Al Jazeera English, critique régulièrement les liens de ses chaînes sœurs arabophones avec Doha (je ferai bientôt une vidéo à ce sujet).

Si l’absence de polarisation est vitale pour la sécurité nationale, pourquoi soutenir les Frères musulmans et se faire ainsi des ennemis ? Ce soutien est l’autre raison des tempêtes diplomatiques mentionnées précédemment avec le Caire, Riyad, Abou Dhabi et Manama, quatre gouvernements qui n’aiment pas la confrérie. Récemment, le député koweïtien Nabil Al-Fadl a accusé le Qatar et les Frères musulmans de soutenir l’opposition koweïtienne.

À de son soutien aux Frères musulmans et de la ligne éditoriale d’Al Jazeera, le Qatar s’est mis en porte-à-faux avec l’Arabie saoudite. C’est le seul pays de la région qui a une bonne raison d’envahir la petite péninsule, pour mettre la main sur les gisements de gaz qui sauveraient son économie pétrolière. C’est donc le pays de la région avec lequel il fallait le moins se fâcher.

Source (sur la nécessité historique de la diplomatie qatarie) : « Qatar – a modern history », par Allan Fromhertz.
Plus d’information sur les incidents entre Al Jazeera et les États-Unis : The 9/11 decade — The Image War (3ème partie — l’épisode est dédié aux médias en général et à la propagande dans la guerre contre le terrorisme, mais une partie importante est consacrée au cas précis d’Al Jazeera).