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Le film Interstellar et l’histoire de l’informatique

Synopsis 5 - Interstellar

Ceci est une analyse personnelle du film Interstellar de Christopher Nolan, sorti en novembre 2014 et récompensé par l’Oscar des meilleurs effets spéciaux (sur 5 nominations). L’intrigue globale n’est pas rappelée et les spoilers sont évidemment omniprésents. De mon analyse ressortent de larges recoupements (et donc spoilers) avec le biopic The Imitation Game de Morten Tyldum, récompensé par l’Oscar du meilleur scénario adapté (sur 8 nominations) et qui, par une magistrale coïncidence, est sorti trois petites semaines après Interstellar.

Nom du film

Le mot “interstellaire” n’est retrouvé qu’une seule fois. Il est prononcé par le docteur Brand, évoquant “la possibilité du voyage interstellaire” sur lequel il travaille. Cela mis à part, si les missions Lazare visaient plusieurs systèmes solaires, on n’en voit qu’un seul dans le film. Celui-ci est plus dominé par le trou noir Gargantua, un élément crucial de l’histoire, que par la ou les étoiles dont on n’entend quasiment pas parler.

Le film aurait presque pu s’appeler “Gravity”. La notion de gravité y est un thème omniprésent, beaucoup plus qu’elle ne l’est dans le film portant effectivement ce nom.

Quelques thèmes du scénario

La Terre

Bien que l’action se déroule plusieurs décennies dans le futur, comme en témoigne la sophistication des robots TARS et CASE, la Terre semble vivre au XXè siècle. La planète est asphyxiée par la poussière, tel le Dust Bowl qui sévit aux États-Unis entre 1934 et 1940. La population est réduite à peau de chagrin par les famines, qui ont occasionné un nombre incalculable de morts. La société est très largement agricole. Les sciences ne sont pas valorisées, la conquête de l’espace n’est considérée que comme de la poudre aux yeux. Même si les moissonneuses de Coop sont entièrement automatisées, les appareils numériques sont loins d’être aussi répandus que chez nous.

À aucun moment il n’est suggéré que les humains soient responsables du changement climatique ou de l’épuisement des ressources agricoles. Le Dust Bowl, dont est ouvertement inspiré Interstellar, était pourtant d’origine humaine. On peut supposer qu’il n’y a vraiment aucune métaphore écologique à chercher derrière la poussière.

Il n’y a pas de conflit militaire entre humains. Les gouvernements ont abandonné leurs armées pour mieux combattre la poussière. Au début du film, on regarde le fils de Coop jouer dans un match de baseball. Celui-ci est interrompu par une sirène, alors qu’un nuage de poussière s’approche de la ville. On voit ensuite les gens fuir et se barricader chez eux. Même si ce genre de scène est typique des zones à risque volcanique, séismique ou météorologique, cela fait également penser à une scène de guerre, d’autant que l’image a des tons rougeâtres. Une autre réminiscence de la guerre est la vision des champs en flammes, dégageant une épaisse fumée. Une telle scène se répète deux fois : au début, où un voisin des Cooper doit détruire son champs infesté de mildiou ; et à la fin, où Murph met le feu au maïs de son frère pour faire diversion, entrer chez lui et revoir la bibliothèque (cf. ci-dessous).

La base de la NASA ressemble à un bunker militarisé. TARS est un ancien robot militaire. Les plus grands cerveaux du pays y sont réunis pour gagner la guerre, non pas frontalement comme le font les agronomes — c’est sans espoir — mais en explorant une voie jugée inimaginable : l’espace.

La bibliothèque

La première scène du film est la bibliothèque poussiéreuse, filmée en gros plan, une maquette de module lunaire devant les vieux livres. Les premiers dialogues sont ceux de Murph avec son père Coop à propos du fantôme qui, selon Murph, habiterait la bibliothèque. Ce meuble est un élément central du film. Mais que représente-t-il ?

Alors que la bibliothèque envoie des messages secrets en morse et en binaire et que seule Murph croit à ce fantôme, Coop essaye, un peu en vain, d’invoquer la gravité comme explication rationnelle. Des décennies plus tard, Murph ressent toujours un lien étrange qui l’unit à la bibliothèque. C’est grâce aux messages transmis par celle-ci qu’elle parviendra à élucider la gravité et à faire entrer l’humanité dans la révolution spatiale.

La mort et la dématérialisation

Quand Coop décide de partir, Murph ne croit pas vraiment qu’il reviendra un jour. Le poème du Britannique Dylan Thomas (1914-1953), récité pour la première fois avant le passage en stase pour le voyage vers Saturne, indique bien que le voyage interstellaire est comme une mort. Mais ne serait-ce pas plutôt une dématérialisation, le simple fait pour l’âme de sortir de son corps ?

Dans l’espace, Coop accomplit un voyage extraordinaire bien loin des préoccupations terrestres. On peut le rapprocher de “l’odyssée cosmique de l’âme” telle que décrite dans la littérature mystique. Le trou de ver est un tunnel multicolore à l’entrée sphérique. La première planète, qui orbite autour d’un trou noir, est recouverte d’eau qui monte jusqu’aux genoux, mais est parcourue de vagues de la taille de montagnes. La deuxième planète, gelée, n’est constituée que de nuages solides. Le temps ne s’écoule pas de la même façon que sur Terre, l’espace n’est pas perçu de la même manière. À terme, l’âme de Coop se retrouve dans une dimension parallèle, jusqu’à habiter la bibliothèque et devenir son fantôme.

Les premières missions sur les planète habitables sont nommées Lazare, car il s’agit bien de ressusciter l’humanité. Sur la planète gelée, le docteur Mann compare son propre réveil à une résurrection, en évoquant le poème de Dylan Thomas. Le docteur Brand, qui adore ce poème, dit vers la fin de sa vie ne pas craindre la mort, mais le temps. Les protagonistes ne font pas face à la mort de la Terre, mais à sa décrépitude, à son obsolescence.

Les stations spatiales de l’humanité

65 ans s’écoulent entre le moment où Murph décrypte la gravité grâce à la bibliothèque et le retour de Coop chez les humains. Un progrès scientifique incroyable s’est produit entre-temps. Le monde est méconnaissable. L’humanité n’habite plus une planète terrestre et poussiéreuse, mais des havres technologiques dignes des rêves les plus fous, à la hauteur des merveilles dont Coop a été témoin lors de son voyage. La première chose que Coop voit par la fenêtre de sa chambre d’hôpital est un match de baseball, lointain écho de celui auquel on le voyait assister sur Terre. Mais quand la balle est projetée un peu trop haut, au lieu de retomber, elle monte, jusqu’à briser le velux d’une maison construite sur le “plafond” du vaisseau. L’humanité n’est plus dispersée sur un globe : elle est rassemblée dans des stations spatiales, apparemment en paix. L’espace interstellaire n’est plus une frontière inaccessible, mais le nouvel environnement de l’espèce. L’humanité n’est pas morte, elle s’est dématérialisée.

Au vu de l’histoire de l’informatique

Vers la fin de sa vie, le mathématicien Alan Turing (1912-1954) écrit une nouvelle où il s’imagine en un alter ego physicien, Alec Pryce, “spécialiste du voyage interstellaire” et concepteur d’un principe révolutionnaire, la “bouée de Pryce”, permettant aux vaisseaux spatiaux de s’affranchir de la gravité. À quelques détails près, c’est ce que Murph Cooper a fait dans Interstellar. Et si le film racontait en fait la genèse de ce personnage, pour l’occasion complètement assimilé à Turing ?

De multiples détails laissent à dresser un parallèle entre l’histoire d’Interstellar et celle des débuts de l’informatique. La bibliothèque, si cruciale dans le film, n’est autre qu’une représentation figurée du calculateur, de la machine, ne serait-ce que par son aspect visuel. Par ailleurs, elle est capable de manipuler des informations en binaire. Les messages secrets, notamment le morse, rappellent les travaux conduits à Bletchley vers 1940 (la fin du Dust Bowl) pour vaincre Enigma et les autres systèmes de cryptage allemands. D’un côté, il s’agit de sauver l’humanité de l’invasion poussiéreuse ; de l’autre, l’Europe de la barbarie nazie. Cela amène à un révolution dans l’histoire humaine : le voyage interstellaire d’un côté, le numérique de l’autre. Dans les deux cas, on s’arrache à la matière. Chronologiquement, si on assimile le déchiffrement de la gravité  au cassage d’Enigma et qu’on se pose 65 ans plus tard, quand Coop retourne à la civilisation, on se retrouve à la fin des années 2000, en plein âge d’Internet. Les stations spatiales sont le village global auquel est parfois comparé le Web, d’après l’expression créée en 1964 par le philosophe canadien Marshall McLuhan (1911-1980).

Mais dans Interstellar, le vrai sujet n’est pas le salut de l’humanité, mais l’amour entre un père et sa fille. De même, la vie de Turing est marquée par un amour fou sans lequel il n’aurait peut-être pas théorisé les ordinateurs. À l’âge de 16 ans, il rencontra un camarade de classe, Christopher Morcom (1911-1930), comme lui très versé dans les sciences, et notamment l’astronomie. Ils devinrent inséparables. Mais Morcom, atteint de tuberculose, mourut brutalement un an et demi plus tard, avant que Turing n’avoue ses sentiments à celui qu’il considérait comme bien plus intelligent que lui. À en croire Turing, la mort de son compagnon aurait été annoncé par le déclin de la lune, une comète serait venue chercher son âme et les étoiles se seraient mises à briller plus fort en son honneur. Par la suite, il lui parut comme une évidence que l’âme de Morcom était à ses côtés et ne l’ait jamais vraiment quitté. Évidemment, personne ne le crut. Il s’efforça alors de théoriser rigoureusement cette présence. Finalement, en 1936 (peu après le début du Dust Bowl), il présenta à la communauté scientifique un être mathématique doué d’intelligence, la machine universelle, c’est-à-dire l’ordinateur.

La tessaracte

Coop n’est autre que Morcom filant comme une comète vers les étoiles. Après bien des péripéties, il se retrouve dans la tessaracte : une poche dans un monde habité d’êtres en cinq dimensions, dotés d’une connaissance illimitée, mais incapables d’agir directement sur le monde des humains. On peut y voir l’allégorie d’un monde mathématique, peuplé d’entités immuables à travers le temps et l’espace. Même si Coop conjecture que les êtres en cinq dimensions sont les humains d’un lointain futur, cette hypothèse ne le convainc pas à 100 %, vu qu’il affirme “ce ne sont pas eux qui nous ont amené ici, nous nous sommes amenés tous seuls”. Il est le seul être pensant dans la tessaracte (avec peut-être TARS, mais les machines pensent-elles ?). De même, Morcom est le seul humain à s’être réincarné en être mathématique.

Tout comme, en informatique, des nombres abstraits comme 0 et 1 se traduisent très concrètement dans notre monde matériel, Coop peut agir depuis la tessaracte sur la Terre via la bibliothèque. De l’autre côté, Murph prend conscience du fait que ce fantôme qui habite la bibliothèque, et dont elle est la seule à croire à l’existence, n’est autre que son père qu’elle aime. Murph vieillit, alors que Coop garde le même âge. De même, Turing a beau vieillir (beaucoup moins que Murph ; il se suicide à 41 ans), Morcom reste toujours, quelque part, le jeune adulte qu’il était à son décès. À la fin, sur son lit de mort, Murph dit à son père qu’elle avait toujours su que c’était lui, et que même en disant que la maîtrise de la gravité lui revenait, personne ne voulait la croire. Quoique Turing se décida à faire preuve de discrétion avec l’âge, l’affection qu’il portait pour ses machines, et l’importance que revêtait pour lui le fait qu’elles soient douées d’intelligence, en dit long.

L’amour

L’amour est présenté dans Interstellar comme une force qui, comme la gravité, traverse toutes les dimensions. Elle dépasse tout le monde, peut-être même les êtres de la cinquième dimension. Amélia Brand se demande si ce ne serait pas un mystère de l’univers situé pour le moment bien au-delà de notre entendement. Coop lui objecte que l’amour a avant tout des utilités pratiques, comme le mariage et surtout les enfants et le renouvellement de l’espèce. (On note que l’amour gay n’aurait donc aucune utilité pratique). Amélia prend pour contre-exemple l’amour qu’elle éprouve pour le docteur Edmund, parti dix ans plus tôt sur une des planètes habitables, à des millions d’années-lumières d’elle. Quel utilité pratique y a-t-il à un tel amour, demande-t-elle. Ce sont ces sentiments qui lui font croire que la planète d’Edmund a de meilleures chances que celles de Mann, qui a pourtant d’excellent relevés (truqués). Elle avait raison.

L’histoire des médias kurdes

Première édition de Rja Ţəzə (Nouvelle voie), journal kurde publié à Erevan (Arménie) entre 1930 et 2003. -- domaine public
Premier numéro de Ria Teze (Nouvelle voie), journal kurde publié à Erevan (Arménie) entre 1930 et 2003. – domaine public

Ceci est le texte d’une fiche de lecture réalisée au printemps 2015 dans le cadre de mes études, sur l’article de 1996 d’Amir Hassanpour, The Creation of Kurdish Media Culture. J’ai eu une note de 16 / 20, donc ça ne devait pas être trop mal.

Naissance d’une culture médiatique

Historiquement, les intellectuels kurdes mettaient l’accent sur le nationalisme linguistique et sur le développement d’une littérature écrite. Malgré tout, au début du XXè siècle, la grande majorité des Kurdes alphabétisés provenaient du clergé ou des classes nobles. Avec la chute des principautés kurdes au milieu du XIXè siècle, le Kurdistan fut divisé entre différents États menant des politiques répressives vis-à-vis de la culture kurde.

La transition vers la culture imprimée fut motivée par le nationalisme. Durant la période ottomane, les livres de langue kurde étaient imprimés au Caire, à Istanboul ou à Baghdad, la censure y étant moins prégnante qu’au Kurdistan. La première presse kurde fut ouverte à Soulémani en 1920 par le mandat britannique.

Sheikh Mahmud, le chef du gouvernement kurde iraqien du début des années 20, accordait une grande importance à l’impression. Lors de la révolte contre Baghdad, la presse fut déplacée dans les grottes des montagnes. Les Kurdes d’Iraq avaient plus aisément accès aux presses que ceux de Turquie ou d’Iran, mais leur situation politique et socio-économique empêchait le développement de publications viables. La fin de la monarchie en 1958 stimula l’imprimerie. En 1970, le gouvernement autorisa l’ouverture d’une maison d’édition kurde.

En Iran, la première impression en kurde eut lieu en 1921. Sous la dynastie pahlavie (1925-1979), il était illégal d’imprimer dans une autre langue que le persan. Durant sa courte existance en 1946, la république autonome kurde d’Iran inaugura des presses qui furent par la suite confisquées par les autorités de Téhéran. Il en fut de même après la révolution de 1979, quand les campagnes kurdes n’étaient pas encore sous contrôle du régime des mollahs.

En Turquie, les activités culturelles kurdes furent interdites suite à la révolte kurde de 1925. La publication clandestine en kurde ne débuta que dans les années 60.

Journaux et magazines

Le premier journal kurde, Kurdistan, fut lancé en 1898 par la famille des Bedîr Khan, une décennie avant les premiers livres kurdes. Le journalisme était tenu en grande estime par le nationalisme.

Un journalisme non-étatique ne fut possible qu’en Iraq en Syrie. Dépourvus de publicité, les journaux kurdes peinaient à joindre les deux bouts. Le seul système de distribution des journaux était la poste étatique et était donc sous contrôle gouvernemental. Le manque de papier faisait grimper le prix des revues, quand il n’en empêchait pas tout simplement le tirage. Les restrictions sur la liberté d’information n’arrageaient rien. Malgré cela, entre 1898 et 1985, pas moins de 145 périodiques virent le jour au Kurdistan.

Au sein du mouvement nationaliste, le journalisme contribua au passage d’une structure de type tribal à une organisation politique moderne. La correllation entre la vitalité de la presse et la liberté politique est directe. La presse écrite au Kurdistan autonome d’Iraq se développa fortement suite à la guerre du Golfe de 1991. La plupart des journaux kurdes étaient hebdomadaires ou mensuels, les quotidiens étant souvent trop coûteux et trop mal perçus par les autorités.

La littérature kurde était essentiellement poétique jusqu’à l’arrivée du journalisme, qui fut le principal vecteur de l’apparition d’une prose et de l’introduction des genres occidentaux. L’essentiel des publications étaient iraqiennes, le dialecte soranî profita bien plus du journalisme que le kurmancî.

Aujourd’hui encore, le journalisme fascine les intellectuels kurdes. Les poètes ont l’habitude d’écrire les eulogies d’anciens périodiques. Les anniversaires de certains journaux sont même célébrés.

Livres

Avec l’essor de l’impression, les livres kurdes devinrent un contentieux majeur entre le nationalisme kurde et les États gouvernant le Kurdistan.

La publication de livres en Iraq commença avec un seul titre en 1920 et atteignit un pic de 153 titres en 1985. Entre-temps, la production fut très aléatoire, évoluant au gré de la situation politique. La censure s’intéressait plus au contenu des livres qu’à leur langue. Le manque de fonds entravait largement la publication. Dans les premières décennies, la priorité était d’imprimer le patrimoine littéraire. Le contenu et la forme des livres se sont ensuite diversifiés. Les thématiques scientifiques restent néanmoins peu abordées.

La première maison d’édition fut fondée en Iraq en 1919 mais ne semblait pas posséder de presse. Avant la Seconde guerre mondiale, de nombreux auteurs publiaient leurs propres œuvres. Les vendeurs-éditeurs firent leur entrée en scène après la guerre. L’État républicain joua le rôle d’éditeur de manuels scolaires, puis d’éditeur tout court après la prise de pouvoir du parti Ba’ath en 1968.

La professionalisation des écrivains fut lente, pour les mêmes raisons qui freinèrent le développement de l’imprimerie ou des journaux. En 1960, quand le gouvernement iraqien permit la création de syndicats, des écrivains kurdes demandèrent à avoir le leur. Cette demande se concrétisa dix ans plus tard, en 1970. À la reprise du conflit armé en mars 1974, la plupart des syndiqués fuirent pour les montagnes. Beaucoup s’exilèrent en Iran ou en Occident après la défaite kurde de 1975.

Les Iraniens furent longtemps interdits de posséder des livres en kurde. La république kurde de 1946 s’intéressait principalement au journalisme mais imprima quelques livres.

Le premier livre kurde syrien parut en 1925. Les frères Bedîr Khan et le reste de leur milieu intellectuel poursuivirent une publication soutenue des années 1930 au milieu des années 40. Une trentaine de livres ont été publiés depuis 1925, pratiquement tous avant 1959 et l’arrivée au pouvoir du parti Ba’ath.

En URSS dans l’entre-deux-guerres, le nombre de livres publiés rapporté à la population kurde était plus important que nulle part ailleurs. Presque tous analphabètes à l’arrivée des Soviétiques en 1921, les Kurdes du Caucase savaient tous lire dans les années 40. Les sujets scientifiques et techniques étaient bien couverts en langue kurde jusqu’à la Seconde guerre mondiale, après laquelle l’enseignement de ces domaines en kurde disparut. En 1937, les déportations kurdes vers l’Asie centrale et la répression culturelle portèrent un coup dur à l’édition. Elle ne revint jamais à sa vigueur des années 30, même après la dislocation de l’Union soviétique.

Des groupes d’édition kurdes apparurent dès les années 80 en Europe, notamment en Suède et en Allemagne. Malgré l’absence de restrictions politiques, la distribution est difficile et la loi du marché bride les petits éditeurs.

Radio

En Union soviétique, la radio kurdophone commença à émettre dans les années 20, quelques années après la naissance des toutes premières stations de radio au monde.

Dans le reste du Kurdistan, les récepteurs radios étaient chers et difficiles à obtenir. Les campagnes de propagande de la Seconde guerre mondiale créèrent un climat favorable à la diffusion en des langues diverses, dont le kurde. Radio Baghdad diffusa des programmes en kude de 1939 aux années 80. La station politisa nettement les Kurdes, d’Iraq ou d’ailleurs, après la fin de la monarchie en 1958. En 1960, la crispation du nouveau régime se fit sentir sur la qualité des émissions de Radio Baghdad, attristant la presse kurde.

En Iran, les régions autonomes de 1945-1946 émirent en kurde et en azéri en défiant Téhéran. Dès le début des années 50, face aux programmes kurdes des radios soviétiques, Washington et Téhéran s’associèrent pour organiser une contre-propagande en langue kurde.

En 1957, l’Égypte lança une vaste campagne de communication contre l’Iraq. Radio Caire diffusait un programme en kurde très incisif vis-à-vis de Baghdad. L’émission, très suivie en Iraq et en Iran, eut un profond impact. L’Iran, l’Iraq et la Turquie protestèrent contre l’Égypte et l’URSS.

Dans les années 70, l’Iran soutenait les séparatistes kurdes iraqiens dans le but d’affaiblir l’Iraq, tout en promouvant une politique d’assimilation vis-à-vis des Kurdes iraniens. Dès 1980, des stations clandestines opposées au régime des mollahs virent le jour. Pour contrer à la fois celles-ci et les stations étangères, le gouvernement lança des campagnes en kurde destinées à calmer les ardeurs nationalistes. Ironiquement, elles promouvaient de facto la culture et la littérature kurdes.

La première station clandestine kurde diffusa depuis l’URSS en persan, azéri et kurde de 1947 à 1953. D’autres stations kurdes iraniennes virent le jour à la fin des années 50. Le mouvement autonomiste en Iraq ouvrit la station Radyoy Dengî Kurdistan en 1963, qui diffusait une heure par jour des bulletins d’actualité et des chansons engagées. L’Iraq et l’Iran en brouillaient le signal. La station émettait par intermittance, fermant et réouvrant au gré des négociations et des regains de tension. Les organisations politiques kurdes d’Iraq et d’Iran inaugurèrent leurs propres stations de radio dans les années 80. Parallèlement, des programmes en kurde étaient diffusés un peu partout en Occident.

Cinéma

Bien que certaines villes kurdes eurent accès au cinéma dès les années 20, le cinéma en langue kurde ne se développa que bien plus tard. Les entraves politiques au cinéma kurde étaient les moins sévères en Iraq et en URSS.

À la fin des années 80, la vidéo et la télévision satellitaire permirent de s’affranchir partiellement du contrôle gouvernemental en matière audiovisuelle. Parallèlement, la diaspora kurde en Occident atteignit une taille conséquente et se dota de moyens de production vidéo. En 1989 débuta la préparation du premier film kurde, Mem û Zîn. La guerre du Golfe l’empêcha de voir le jour. Le premier film projeté fut Nêrgiz Bûkî Kurdistan, de Mekki Abdullah, en 1991.

Le cinéma kurde de Turquie est dominé par Yilmaz Güney. Néanmoins, il ne fit jamais de film en langue kurde à cause de la législation. En ex-URSS, en dépit du marasme économique, l’activité culturelle était importante. Les faibles coûts de production attiraient les réalisateurs.

Télévision

Le gouvernement iraqien publia en 1969 un “décret sur les droits culturels” des Kurdes, promettant entre autres d’ajouter des programmes en kurde sur la chaîne de télévision de Kirkouk en attendant qu’une chaîne kurdophone voie le jour. Le temps de diffusion en kurde, très limité, atteignit six heures après la fin du mouvement autonomiste en 1975. La programmation devint un sujet de contentieux entre les producteurs kurdes et les autorités. À partir de 1991, les groupements politiques du Kurdistan iraqien géraient leurs propres télévisions, malgré le manque de dispositifs techniques.

En Iran, depuis 1986, le kurde était une des langues de la diffusion audiovisuelle internationale, aux côtés de l’arabe et du turkmène. Les années 90 virent une nette augmentation de la production locale kurdophone.

En 1995, la diaspora installée en Europe lança la première chaîne satellitaire kurdophone.

Synopsis de films

Écrire des synopsis de films, c’est raconter une histoire en peu de signes. C’est du journalisme en fait ! J’espère que les synopsis de ces 12 films récents (datant de 2014 et 2015) vous donneront envie de les télécharger illégalement d’en emprunter les DVDs. Les voici présentés par ordre de sortie en France.

Synopsis 1 - Walter Mitty

Synopsis 2 - Jack et la mécanique du cœur Synopsis 3 - The Grand Budapest Hotel Synopsis 4 - Edge of Tomorrow Synopsis 5 - Interstellar Synopsis 6 - The Imitation Game Synopsis 7 - Birdman Synopsis 8 - The Voices Synopsis 9 - Taxi Téhéran Synopsis 10 - Une belle fin Synopsis 11 - Le labyrinthe du silence Synopsis 12 - À la poursuite de demain

Cher Time Magazine, mes analyses cinéma

Mon cher Time Magazine,

J’ai relu quelques-uns des trucs que tu as écrit sur le cinéma, notamment sur les films nominés aux Oscars, et j’ai des remarques à te faire. Juste avant les Oscars de ce février, en pronostiquant quel serait le meilleur film, tu disais peu ou prou :

Une merveilleuse histoire du temps, American Sniper, Selma et The Imitation Game rentrent tous les quatre dans le vieux moule du héros réel qui va conquérir l’adversité. Aucun de ces films ne sont des candidats sérieux au titre de meilleur film.

Si tu dis ça, c’est que sur ces quatre biopics, il y en a au moins trois que tu n’a pas vu ou pas compris. Je peux t’expliquer si tu veux. Vu que cette lettre sera lue par plein de gens qui ne les ont pas vus non plus, je vais essayer de minimiser les spoilers, mais je crains qu’il y en ai quand même.

Les quatre biopics

Une merveilleuse histoire du temps (Stephen Hawking)

Je ne saurais pas juger, je ne l’ai pas vu. De loin, on dirait l’histoire d’un homme faisant de grandes avancées scientifiques tout en se battant contre cette maladie qui aurait pourtant pu l’empêcher de faire de grandes choses. Ça semble coller au stéréotype que tu décris, mais je ne peux pas t’en dire plus.

American Sniper (Chris Kyle)

Une personne normale qui, stimulée par l’adversité, va faire de grandes choses en même tant que des choses moins recommandables. L’adversité n’est pas un frein, c’est un stimulant qui pousse à faire des choses bonnes et mauvaises. Le héros agit comme si tout lui paraissait simple et comme s’il ne conaissait pas les obstacles.

L’idée principale du film est un questionnement sur cette faculté qu’a la guerre à transformer les gens, à leur faire commettre des actions hors du commun (mais si terribles) avec une facilité déconcertante. Tu sais, c’est du Clint Eastwood quand même, faut réfléchir un peu avant de comprendre !

Selma (Martin Luther King Jr. / la marche de Selma)

Une personne extraordinaire qui a consacré sa vie à se battre contre l’adversité. Ça se rapproche un peu plus de l’archétype dont tu parle, mais essentiellement en surface.

Le héros ne débute pas comme quelqu’un de normal qui doit se battre pour se hisser sur un piédestal : il y est déjà. Au début du film, il reçoit le prix Nobel de la paix.

De plus, l’adversité n’est pas un obstacle entre le héros et son objectif : l’adversité fait partie intégrante du objectif. Le principe de la non-violence repose là-dessus. On ne se bat pas : au contraire, on se montre pacifiquement, limite dans le but d’être pris pour cible.

Le film (et la mobilisation) commence avec un attentat contre des fillettes noires. De même, le but des manifestants pacifiques (et de King) est justement de se faire prendre par la police. La cause du vote noir n’aura pas vraiment décollé avant les débordements policiers sur le pont. Chaque avancée de la cause noire naît d’un acte violent contre les Noirs. Même si le couple King souffre beaucoup, les deux conjoints considèrent ces épreuves comme partie de leur activisme.

Tout ça pour dire que ça s’écarte de ton moule. Mais bon, comme je suis gentille et je ne suis pas experte en cinéma, je te laisse le bénéfice du doute.

The Imitation Game (Alan Turing / le cassage d’Enigma)

Là c’est impardonnable, mon cher Time : c’est tout le contraire de ce que tu décris ! Ce film est très complexe et on pourrait longuement l’analyser, mais j’irai à l’essentiel.

On commence avec une vision initiale délibérément lisse, parfaite, stéréotypée et inexacte. Un mathématicien génial qui a tout réussi, qui pense avec la froideur d’une machine et qui est incapable d’éprouver des sentiments. S’il est comme ça, c’est parce qu’il a eu une enfance difficile, sans personne pour l’aimer. Ensuite, une relation stéréotypée se noue entre le second rôle féminin (la jeune ingénue talentueuse qui s’ignore) et le premier rôle masculin (le génie renommé qui derrière son apparent cœur de pierre s’avère être, finalement, capable d’aimer).

Puis le personnage principal va calmement s’autodétruire en laissant délibérément des indices qui érodent son archétype de façade. Finalement, ce n’est pas quelqu’un de supérieur, juste quelqu’un de différent. Si c’est inné d’accepter la supériorité d’autrui, accepter la différence nécessite de la tolérance, et c’est pas donné. Il ne résiste pas ; c’est pour ça qu’on ne peut pas dire qu’il est « persécuté », comme tu l’as souvent écrit. On ne le voit souffrir qu’à la toute fin, quand ses capacités intellectuelles ont été anéanties, quand tout ce qui lui restait de supériorité a été détruit pour ne laisser que sa différence à nu. Pourtant, il accepte son sort. Point d’orgue de l’autodestruction, il finit par se suicider.

Quant à l’origine de cette folie aussi douce que mortifère, c’est là un des thèmes centraux du film, et assurément son plus gros spoiler…

Au passage / vite dit

Mon cher Time, je te rappelle que The King’s Speech (Le discours d’un roi), vainqueur très acclamé des Oscars 2011, parle d’un prince bègue qui deviendra un grand roi malgré son handicap, et rentre complètement dans le moule que tu fustiges. Pourtant, tu es d’accord avec moi que c’était un excellent film qui a mérité toutes ses statuettes.

Parallèlement, tu prédisais que The Grand Budapest Hotel remporterait la récompense du meilleur scénario original. Ça m’étonne, car cette comédie déborde d’originalité partout sauf dans le scénario, qui est d’ailleurs adapté de Stephen King (c’est marqué en gros dans les séquences de fin, tu n’as pas vu ?). L’histoire est bien, mais les points forts de ce film sont sur le style, les ambiances et le visuel (décors, costumes, cinématographie), et certainement pas sur la trame. Pour information, c’est finalement le scénario de Birdman qui a été sacré.

Dernier point : tu trouvais, comme beaucoup de monde, que l’idée derrière le film Boyhood était très intéressante. Ce film de fiction, que je n’ai pas vu, raconte une histoire sur 12 ans (réels) avec les mêmes acteurs, qui grandissent et vieillissent. Si c’est ça le point fort du film, alors il est assez faible. Je connais un réalisateur qui a fait toute une série de films dans le genre, mais ils se déroulent sur 20 ans, au fin fond de l’Afrique australe ou de la Chine (pas dans une famille blanche occidentale), ça traite des questions sociales et politiques des régions concernées, et ce sont des documentaires avec des vrais gens, pas des acteurs. J’ai vu deux de ses films sur Al Jazeera English. Comparé à ça, Boyhood fait tout de suite moins original…

Cher Time, je t’offrirais bien quelques tickets de cinéma. Si tu veux mes analyses d’autres films, comme Birdman, Interstellar ou La vie rêvée de Walter Mitty, je suis dispo.

Gros bisous et je reviens te chercher la semaine prochaine dans ma boîte aux lettres.

Une actu toute en nuances

Décharge de responsabilité vis-à-vis des horreurs que je vais suggérer dans le billet qui va suivre

Les journalistes sont comme des historiens conjugués au présent, comme disait Rap News (voir leur épisode ici). Il est de leur devoir de capter l’air du temps en scrutant l’actualité et en établissant des liens entre divers événements. Il est aussi du devoir des journalistes de faire passer les faits avant le politiquement correct, et de raconter les événements même si cela dérange. De plus, nous sommes tous Charlie maintenant, et Charlie avait quand même l’esprit bien mal tourné.

Le billet

      1. D’abord, Charlie et son humour potache ont occupé l’actualité mondiale pendant un certain temps.
      2. Puis il y a eu le bloggeur saoudien Raef Badawi, menotté, attaché et fouetté en public pour avoir, comme Charlie, usé de sa liberté d’expression.
      3. Puis le pape François encourageant la fessée.
      4. Puis l’affaire DSK, ses nombreux détails salaces, et la presse qui en rajoute avec des calembours osés (vu qu’on est tous Charlie maintenant…)
      5. Et devinez quel est le film dont tout le monde parle et qui est sorti ce samedi, pour la St-Valentin ?

Et tout ça en l’espace d’un mois !