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Scoop : un musulman a fondé la plus grosse capitalisation boursière du monde !

Miniature indienne moghole illustrant le Baburnama.
Miniature illustrant le Baburnama بابرنامه, autobiographie du roi Babur (1493-1530), fondateur ouzbek de l’Empire moghol d’Inde. Elle représente un jardin où poussent des grenadiers. J’aurais préféré qu’il s’agisse de pommiers, mais on ne peut pas tout avoir :-)

Non, je ne parle pas de Saudi Aramco. Ils ne sont pas encore côtés en bourse, et puis c’est une compagnie pétrolière, ils trichent un peu, quoi. Moi, je parle d’une petite start-up qu’un musulman a fondée dans un garage et qu’il a transformée en une énoooorme boîte ! Énoooooorme !

Cette « grosse blague » est facile à monter. Il suffit de lire la charia (loi islamique) de près. Notez que toutes les conclusions ci-dessous sont obtenues selon une certaine lecture de l’islam.

Mariage selon la religion du conjoint

Dans la loi islamique classique, un homme musulman peut se marier avec une ou plusieurs femmes musulmanes, ou appartenant aux gens du Livre (chrétiennes, juives et éventuellement zoroastriennes).

Une femme musulmane ne peut se marier qu’avec un musulman. Elle ne peut pas épouser un chrétien, par exemple. Si elle essaye de le faire, le mariage est considéré comme nul selon la charia. Si elle consomme quand même le mariage, elle passe pour une fornicatrice (100 coups de fouet s’il y a quatre témoins visuels indépendants ayant chacun un casier judiciaire vierge et une réputation d’honnêteté, etc.). Je ne suis pas sûre de la religion de l’enfant d’une musulmane et d’un chrétien ; je crois qu’il est musulman, mais ce n’est pas important pour la suite de l’histoire.

En tout cas, l’enfant d’un père musulman est nécessairement musulman. Cet argument suffirait pour conclure sur cette malicieuse blague. Mais ce serait bien trop facile ! On va donc se compliquer les choses.

Et si l’enfant d’un musulman est élevé par des chrétiens ?

Supposons que l’enfant d’un père musulman soit adopté à la naissance dans une famille chrétienne, qu’il ait une éducation chrétienne, qu’adulte il aille à la messe, etc.. Est-il encore musulman aux yeux de la charia ?

La réponse est plutôt « non » : il a abandonné l’islam, c’est un apostat. C’est très embêtant pour notre blague, car elle tient sur le fait que l’enfant d’un musulman reste musulman quoi qu’il arrive. Mais on va trouver un moyen de s’en sortir.

Jurisprudence

Prenons l’exemple de Meriam Yahia Ibrahim Is’hag (مريم يحيى إبراهيم إسحق), née en 1987 d’un musulman et d’une chrétienne au Soudan, un pays extrêmement conservateur. Elle fut élevée dans le christianisme car son père l’avait abandonnée très jeune. De facto, elle embrassa complètement la foi chrétienne. Elle se maria avec un chrétien, mais catastrophe, un proche se souvint qu’elle était techniquement musulmane, et ne pouvait donc épouser un chrétien. Elle fut dénoncée à la justice au printemps 2014, pendant sa deuxième grossesse. Le mariage fut donc déclaré nul, mais vu qu’il avait déjà été consommé depuis longtemps, elle fut condamnée à 100 coups de fouet pour fornication. La cour rajouta une peine de mort pour apostasie (abandon de l’islam), car Meriam refusait de se convertir à l’islam malgré les injonctions de la justice. Un tollé international s’ensuivit. Meriam fut libérée en appel. Après s’être réfugiée dans l’ambassade américaine à Khartoum, elle prit un avion pour Rome en juillet 2014.

On en déduit que l’enfant d’un musulman, élevé dans le christianisme, est considéré comme apostat mais est toujours musulman.

Tout ça pour dire : selon une certaine vision de la charia, un type avec un père musulman est techniquement musulman, même s’il a adopté un style de vie chrétien dès l’enfance. On peut maintenant vous révéler la blague !

La blague ! La blague !

  • Steve Jobs, le fondateur d’Apple, adopté à la naissance, a un père syrien.
  • Son père est musulman.
  • Donc Steve Jobs est musulman.
  • Donc Apple a été fondée et dirigée par un musulman (un peu apostat quand même).

Pensez-y la prochaine fois que vous consulterez votre iPhone ;-)

Châtiments corporels en charia littéraliste (hudud)

Dira_Square
La place Dira (Riyadh, Arabie saoudite), surnommée « Chop chop Square » par les expatriés car c’est là que se déroulent les décapitations. – photo prise en 2007

Mise en contexte

En charia, les crimes sont divisés en trois catégories.

  • hudūd : les plus graves, fixés dans le Coran et la Sunna (dires du Prophète et de ses compagnons). Seuls ces crimes peuvent permettre le recours à la peine capitale.
  • ta’zīr : le domaine du fiqh (jurisprudence). Le juge détermine lui-même un peine, généralement constituée de coups de fouet administrables en plusieurs fois.
  • qisās : les affaires “privées” où on laisse les familles s’arranger entre elles, par la compensation financière ou la violence. Les affaires de meurtres tombent dans cette catégorie sauf circonstances aggravantes.

On ne s’intéressera ici qu’à la catégorie la plus restreinte et la plus sérieuse, celle des hudūd.

Liste des crimes hudud et des peines associées selon le Coran, le Prophète et ses compagnons

Ce sont les peines théoriques retenues par les interprétations les plus rigoristes (salafistes et wahhabites) de l’Islam ; et encore, seules les organisations jihadistes osent en appliquer certaines. Elles sont en vigueur, en théorie ou en pratique, dans des pays comme l’Arabie saoudite, le Soudan, le Nigeria (moitié nord) ainsi que dans les territoires sous contrôle jihadiste, comme l’État islamique.

Le terme “exécution” semble surtout faire référence à la décapitation.

1 – Zina (turpitude : relations sexuelles illicites)

Quatre témoins indépendants sont nécessaires à l’inculpation, sauf visiblement pour les relations gays. Quand Aboubakar (le premier calife sunnite) et Ali bin Abi Talib (le gendre de Mahomet et le premier imam chiite) auraient décidé de brûler vif deux homosexuels, cela n’aurait été basé que sur le témoignage d’un seul homme. (source : Nuwayri, Nihayat al-Arab vol. II, p. 217)

Fornication : relation entre personnes non mariées
Selon le Coran : 100 coups de fouet pour l’homme et la femme.

Adultère : relation entre personnes mariées à d’autres
Selon le Prophète : lapidation pour l’homme et la femme.

Homosexualité masculine (liwat)
Selon le Prophète : lapidation des deux. Les figures les plus éminentes de l’islam (sunnite et chiite confondus) hésitent entre jeter les fautifs du haut d’une tour, les lapider ou les brûler vifs, quand ils ne font pas les trois à la suite. J’ai aussi entendu parler de les emmurer vivants, mais la source me manque.

2 – Ridda (apostasie : abandon de l’islam, blasphème, sorcellerie)

Selon le Prophète : exécution.

3 – Qat’ at-tariq (banditisme : activités mafieuses, atteinte à la sûreté de l’État, terrorisme, instigation de troubles)

Selon le Coran et d’une gravité décroissante : exécution, crucifixion, amputation d’une main et du pied opposé, ou exil.

4 – Shurb al-khamr (toxicomanie : consommation d’alcool ou de stupéfiants jusqu’à l’ivresse)

Selon le Prophète : 40 coups de fouet, puis exécution à la quatrième récidive.

Selon Omar (le deuxième calife) : 80 coups de fouet minimum.

5 – Sariqa (vol sans violence ou non mafieux)

Selon le Coran : amputation d’une main.

6 – Qadhf (fausse accusation de turpitude, sans quatre témoins masculins indépendants)

Selon le Coran : 80 coups de fouet.

En bref : liste des châtiments par gravité décroissante

L’immolation du pilote jordanien Moaz al-Kasasbeh avait suscité une horreur générale au sein du monde musulman, plusieurs théologiens affirmant d’ailleurs que l’usage du feu pour tuer est interdit en Islam. Il est significatif qu’au lieu de l’avoir décapité ou crucifié comme un rebelle ou un apostat, les jihadistes de l’État islamique ont préférer le brûler vif comme si c’était un homosexuel.

  • immolation (tahrīq) : homosexualité masculine
  • chute forcée depuis le haut d’un bâtiment : homosexualité masculine
  • lapidation (rajm) : adultère, homosexualité masculine
  • décapitation (taqtīl) et crucifixion (taslīb) : apostasie, banditisme, toxicomanie
  • amputation d’une main et d’un pied : banditisme
  • amputation d’une main : vol
  • 100 coups de fouet : fornication
  • 80 coups de fouet : toxicomanie, fausse accusation de turpitude
  • 40 coups de fouet : toxicomanie
  • exil (nafy) : banditisme