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La plus grosse boulette de sa vie

Une antenne satellite, photographiée en juillet 2005 par Jan Tik.
Une antenne satellite, photographiée en juillet 2005 par Jan Tik.

Nous sommes en 1996. Un employé anonyme de France Télécom vaque tranquillement à ses occupations. Et là, il fait une boulette. Bon, ça arrive à tout le monde. Sauf que là, c’est une boulette digne du Guisness des records.

À l’époque, le groupe Canal France International diffusait des programmes éducatifs à destination du monde arabe. Pour ce faire, ils disposaient d’une bonne bande sur un satellite saoudien. Le marché des chaînes satellitaires arabes étant très concurrentiel, il était très difficile de se nicher sur une bonne bande — une bande saoudienne généralement. Les émissions de CFI étaient très suivies par beaucoup de petits Arabes.

Notre employé anonyme devait donc envoyer l’émission éducative sur les ondes. Après avoir appuyé sur le bouton, personne n’allait vérifier que c’était bien le bon programme qu’on venait d’envoyer. C’est bête, parce qu’il s’est trompé de bouton et a envoyé un film porno hardcore à la place. On estime que un quart des téléspectateurs potentiels du monde arabe ont zappé dessus à un moment ou à un autre.

L’Arabie saoudite, qui possède le satellite retransmettant CFI, est outrée. Elle expulse sans ménagement la chaîne française de sa bande.

Et c’est pas fini ! (1)

C’est donc une bande satellite très convoitée qui se libère, donnant ainsi une chance de gloire et de succès pour une petite chaîne que le hasard allait choisir. En l’occurrence, la bande est acquise en 1997 par une toute jeune chaîne d’information née l’année précédente. Pour les Saoudiens, cette chaîne, venue d’un pays dont personne n’avait jamais entendu parler avant, a l’air parfaitement inoffensive. En tout cas, il est sûr qu’elle fera moins de dégâts que les films pornos de CFI. (Les Saoudiens n’ont peut-être pas remarqué qu’il s’agissait de la réincarnation d’une télévision d’information qu’ils avaient eux-même créée, et qu’ils avaient fermé par la suite parce qu’elle leur causait trop d’ennuis).

Et c’est pas fini ! (2)

Sitôt installée sur son bout de satellite, la petite chaîne d’info met les pieds dans le plat en critiquant tous les dictateurs qui passent. Mais elle se fait vraiment remarquer par sa couverture de la seconde intifada, en 1999. On peut raisonnablement dire que si les Saoudiens n’avaient pas jeté CFI, notre petite chaîne n’aurait pas pu trouver de bande satellite décente avant l’intifada, aurait végété quelques années et aurait fermé. Devenue aussi influente que sulfureuse, c’est vers elle que se tourne Ben Laden pour diffuser les vidéos d’Al-Qaïda après le 11-Septembre. Ses reporters de guerre sont tels qu’ils mettent carrément fin à l’ère CNN lors de la guerre d’Iraq de 2003. Sa ligne éditoriale acérée cause d’innombrables incidents diplomatiques. Un de ses journalistes passe plusieurs années à Guantanamo, un autre est assigné à résidence en Espagne pour 7 ans, deux de ses bureaux sont bombardés par les Américains et George W. Bush suggère de détruire son quartier général. Les Saoudiens se sentent contraints de créer une autre chaîne d’info libre, Al Arabiya, pour la contrer.

Et c’est pas fini ! (3)

En 2006, notre petite chaîne d’info insolente lance une version anglophone qui a pour ambition de donner un poids équivalent à toutes les régions du monde, sans se centrer sur l’Occident. Celle-ci devient une des chaînes les plus influentes de la planète, très regardée en Afrique de l’est et en Asie du sud-est, et affirme son indépendance éditoriale vis-à-vis de la rédaction arabe et même de ses chefs qataris.

Et c’est pas fini ! (4)

Les discours d’un leader révolutionnaire ne durent jamais des heures, et ne se répètent pas en permanence. Les Arabes, eux, ont vécu 14 ans avec, dans leur salon, une chaîne de télé qui leur répète qu’il n’est pas normal de vivre sous le joug de la dictature, et qu’il est possible de se battre pour la liberté. Forcément, les Arabes ont fini par se dire qu’ils pouvaient changer le monde.

Il y a eu la révolution tunisienne… puis les Égyptiens massés sur la place Tahrir, les yeux rivés non pas sur un héros révolutionnaire faisant un discours, mais sur un écran géant retransmettant les infos… révoltes au Bahreïn, au Yémen, en Libye et dans d’autres pays… guerre civile en Libye… guerre civile en Syrie… guerre au Mali… État Islamique en Iraq et en Syrie, puis dans le Sinaï et en Libye… nettoyage ethnique des yézidis et des chrétiens en Iraq… qu’est-ce que j’ai encore oublié ?

Tout ça parce qu’un employé de France Télécoms s’est trompé de bouton.


Source : Al Jazeera — How Arab TV News Challenged the World, Hugh Miles
(parce que la petite chaîne d’info de tout à l’heure s’appelle Al Jazeera)

Le Moyen-Orient sushi (sunnite-chiite)

Il était une fois une région faisant le pont entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Sauf que ce pont était plein de sushis qui se battaient pour avoir la meilleure place.
Il était une fois une région faisant le pont entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Sauf que ce pont était plein de sushis qui se battaient pour avoir la meilleure place. Les sushis s’enchevêtraient, on ne savait plus lequel déguster en premier. – photo de Pedro Moura Pinheiro, 2005

Parce que tout conflit ne part pas forcément d’une histoire de sushis (sunnites et chiites), voici une explication de la situation de divers pays du Moyen-Orient à ce sujet, notamment les pays en prises avec le conflit en Iraq et au Levant.

N’hésitez pas à relire aussi mon post de juin 2014 sur les courants de l’islam.

Sauf mention contraire, j’entendrai par « chiisme » le chiisme duodéciman à douze imams, de loin le plus professé.


 Daesh et affiliés

Confession principale : sunnisme des plus extrémistes
Confession de la classe dirigeante : idem
Autres confessions minoritaires : aucune
Aime bien : les donateurs privés de part le monde
N’aime pas : le monde entier, l’Arabie saoudite, les autres jihadistes

Al-Qaïda et affiliés

Confession principale : sunnisme aussi rigoriste que le saoudien
Confession de la classe dirigeante : idem
Autres confessions minoritaires : aucune
Aime bien : les donateurs privés de part le monde
N’aime pas : le monde entier, l’Arabie saoudite, Daesh

Frères musulmans

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme islamiste
Autres confessions minoritaires : aucune
Aime bien : le Qatar, la Turquie
N’aime pas : l’Égypte, l’Arabie saoudite


 Syrie

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : alaouisme (1% de la population)
Autres confessions minoritaires : christianisme (divers courants)
Aime bien : l’Iran, l’État iraqien chiite, certaines mouvances jihadistes
N’aime pas : les rebelles syriens, l’Arabie saoudite, le Qatar

Les alaouites se définissent comme chiites, mais leurs croyances sont presque aussi distantes de celles des chiites orthodoxes que de celles des sunnites.

  • Ils honorent une trinité, où Ali est placé au-dessus de Mahomet.
  • Ils n’ont semble-t-il ni jour du Jugement, ni enfer.
  • Ils croient à la réincarnation suivant un système de karma.
  • Pour eux, les humains étaient originellement des étoiles déchues des cieux. Le salut de l’humanité est de se réincarner de nouveau en étoile.

Malgré les grandes différences de dogmes, l’Iran chiite orthodoxe soutient le régime syrien alaouite.

Iraq (hors Kurdistan autonome)

Confessions principales : chiisme (60%), sunnisme (40%)
Confession de la classe dirigeante : chiisme
Autres confessions minoritaires : christianisme (divers courants)
Aime bien : l’Iran, l’État syrien alaouite
N’aime pas : les Kurdes, les jihadistes

Bien que les troubles iraqiens soient sushi en apparence, les deux communautés entretenaient de bons rapports jusqu’à il y a une ou deux décennies, ce qui suggère d’autres causes au déchirement du pays. Le gouvernement chiite de Haydar al-Abadi est soutenu par l’Iran, de même confession.

Les Kurdes

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme
Autres confessions minoritaires : alévisme (Turquie), yarsanisme (Iran), yézidisme (Iraq)
Aiment bien : quiconque les aime
N’aiment pas : l’Iraq, la Turquie, l’Iran, la Syrie, les jihadistes

Les alévis et les yarsanis peuvent ou non se réclamer du chiisme, même si leurs dogmes sont très éloignés de ceux du chiisme orthodoxe. Les yézidis, adorateurs de l’Ange-Paon, se définissent clairement comme une religion à part.

Turquie

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme, islamiste
Autres confessions minoritaires : alévisme, christianisme
Aime bien : le Qatar, les rebelles syriens
N’aime pas : l’Arabie saoudite, les Kurdes, l’État syrien alaouite

La Turquie entretient des relations très ambigües avec les mouvances jihadistes à sa frontière sud.

Iran

Confession principale : chiisme
Confession de la classe dirigeante : chiisme orthodoxe rigoriste
Autres confessions minoritaires : sunnisme, christianisme, judaïsme, yarsanisme, babisme, bahá’isme
Aime bien : l’État alaouite syrien, l’État chiite iraqien, les Houthis zaydis du Yémen, les chiites du Bahreïn, le Qatar
N’aime pas : l’Arabie saoudite, les Kurdes

Bastion du chiisme orthodoxe et némésis de l’Arabie saoudite. La plupart des habitants sont chiites et peu religieux. Aussi fermée soit-elle, la République islamique est largement plus tolérante, dynamique et politiquement prometteuse que le royaume wahhabite. Les Iraniens sont culturellement aussi occidentalisés que les Turcs.

Arabie saoudite

Confessions principales : sunnisme salafiste, chiisme dans la province orientale
Confession de la classe dirigeante : sunnisme salafiste
Autres confessions minoritaires (expatriés) : hindouisme, christianisme, sikhisme, etc.
Aime bien : l’Égypte anti-islamiste [sic], les rebelles syriens, les pays du Golfe hors Qatar, le gouvernement sunnite élu du Yémen
N’aime pas : l’Iran, l’État chiite iraqien, l’État syrien alaouite, ses propres chiites de la province orientale, le Qatar, les Houthis zaydis du Yémen, les islamistes Frères musulmans, les jihadistes

Bastion sunnite extrémiste très remonté contre tout ce qui est, de près ou de loin, chiite : l’Iran (son ennemi de toujours), l’Iraq, la Syrie alaouite, les zaydis du nord du Yémen mais aussi leurs propres chiites de l’est du pays (installés pile poil au-dessus des réserves d’hydrocarbure, comme par hasard). Bien qu’il fasse tout pour faire croire le contraire, le royaume wahhabite est en piteux état aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les alliés traditionnels que sont les États-Unis et les autres pays du Golfe se distancient.

Les Saoudiens ont toujours détesté les Qataris, notamment par jalousie. Cela faisait un siècle qu’ils tentaient d’annexer cette insignifiante péninsule, qui leur résistait à chaque fois de manière inexpliquée. Et puis, brutalement, les Qataris sont devenus bien plus riches que les Saoudiens et se sont arrogés un soft power à faire palir Riyadh. Le royaume wahhabite culpabilise d’avoir été très largement responsable de la création d’Al Jazeera, une entreprise qui, dès sa naissance, n’a cessé de le critiquer.

Qatar

Confessions principales : sunnisme (expatriés et autochtones), hindouisme (expatriés), christianisme (expatriés)
Confessions de la classe dirigeante (autochtone) : sunnisme salafiste (10% de la population), chiisme (très marginal)
Autres confessions minoritaires (expatriés) : sikhisme, bouddhisme, etc.
Aime bien : le monde entier, sans que ce soit forcément réciproque
N’aime pas : l’Arabie saoudite et l’Égypte (mais essaye de le cacher)

Pays d’immigrés dont je ne saurais dire s’il est à majorité hindoue ou musulmane. Pour s’affirmer entre l’Arabie saoudite et l’Iran, Doha pratique une diplomatie intensive depuis une décennie, en essayant d’être amie avec le monde entier. Malheureusement pour les Qataris, les chaînes du groupe Al Jazeera prennent un malin plaisir à critiquer tous ceux avec lesquels les Qataris tentent de se rapprocher, sapant ainsi bien des efforts diplomatiques.

À l’heure actuelle, le Qatar est globalement chiitophile et proche de l’Iran. Il soutenait vivement les rebelles Houthis chiites zaydis du Yémen, jusqu’à ce qu’il décide de rentrer dans la coalition contre eux (probablement pour réparer ses relations lamentables avec Riyadh).

Bahreïn

Confessions principales : chiisme (70%), sunnisme salafiste (30%)
Confession de la classe dirigeante : sunnisme salafiste
Aime bien : l’Arabie saoudite
N’aime pas :
ses propres chiites majoritaires, l’Iran, le Qatar

Île du Golfe nettement moins fortunée que ses voisins. Le Bahreïn était historiquement une puissance coloniale non négligeable.

Oman

Confession principale : ibadisme
Confession de la classe dirigeante : ibadisme

Sultanat situé hors du système sushi : il est d’obédiance ibadite, ni sunnite ni chiite. C’était auparavant une grande puissance coloniale des côtes pakistanaises et est-africaines.

Yémen

Confessions principales : sunnisme, chiisme zaydi dans les montagnes du nord
Confession de la classe dirigeante : quelqu’un dirige ce pays ?
Aime bien / N’aime pas : faudrait d’abord savoir qui est aux commandes

L’Afghanistan du monde arabe.

Les zaydis sont des chiites qui ne reconnaissent que cinq imams, contre douze chez les chiites orthodoxes d’Iran ou d’Iraq. C’est dans le nord qu’est né le mouvement Houthi, une rébellion anti-Al Qaïda dont le but est de purger le Yémen à la fois des mouvements jihadistes et des gouvernements qui ne seraient pas assez fermes contre eux. Les Houthis sont tous zaydis, mais cela n’implique pas que leur rébellion ait pour cause un conflit sushi.

Égypte

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme laïciste anti-islamistes
Autres confessions minoritaires : christianisme (10%)
Aime bien : l’Arabie saoudite
N’aime pas : les Frères musulmans, les islamistes, les jihadistes

Les Égyptiens sont 90% sunnites et 10% chrétiens. Le gouvernement d’Abdelfattah as-Sissi, fermement anti-islamiste, est en très bons termes avec l’Arabie saoudite, parangon de l’islamisme [sic]. Le Caire semble s’être réconcilié avec Doha, avec qui il s’entendait pourtant très mal jusqu’à récemment.


D’après la blague en anglais qui circule sur la blogosphère arabe :

« Two Muslims have a kid. One of the parents is Sunni, the other is Shia. What is the kid?
— The kid is Sushi, of course! »

Une actu toute en nuances

Décharge de responsabilité vis-à-vis des horreurs que je vais suggérer dans le billet qui va suivre

Les journalistes sont comme des historiens conjugués au présent, comme disait Rap News (voir leur épisode ici). Il est de leur devoir de capter l’air du temps en scrutant l’actualité et en établissant des liens entre divers événements. Il est aussi du devoir des journalistes de faire passer les faits avant le politiquement correct, et de raconter les événements même si cela dérange. De plus, nous sommes tous Charlie maintenant, et Charlie avait quand même l’esprit bien mal tourné.

Le billet

      1. D’abord, Charlie et son humour potache ont occupé l’actualité mondiale pendant un certain temps.
      2. Puis il y a eu le bloggeur saoudien Raef Badawi, menotté, attaché et fouetté en public pour avoir, comme Charlie, usé de sa liberté d’expression.
      3. Puis le pape François encourageant la fessée.
      4. Puis l’affaire DSK, ses nombreux détails salaces, et la presse qui en rajoute avec des calembours osés (vu qu’on est tous Charlie maintenant…)
      5. Et devinez quel est le film dont tout le monde parle et qui est sorti ce samedi, pour la St-Valentin ?

Et tout ça en l’espace d’un mois !

La danse du pingouin (animation)

Ce post vous annonce que bientôt, je sortirai un reportage (une vidéo, plutôt) concernant la danse du pingouin. C’est une danse de mariage roumaine, aussi simple que ridicule, qui fait le buzz en Arabie saoudite et dans tout le Moyen-Orient.

En attendant, voici une petite animation qui figurera dans la vidéo à venir :

ATTENTION : la musique est du genre à tourner en boucle dans la tête.

Pourquoi le Qatar cesse-t-il d’être diplomate ?

Khalid bin Mohammad Al Attiyah, the Qatari foreign minister.
Khalid ben Mohammed Al Attiyah, le ministre qatari des affaires étrangères — Creative Commons, Marc Müller

Le Qatar est historiquement placé entre quatre puissances à chacun de ses côtés : le Bahreïn au nord, Oman au sud, l’Arabie saoudite à l’ouest et l’Iran à l’est. Le pays lui-même est trop petit pour se défendre militairement face à ses voisins. De plus, il est assez sensible aux coups d’État, y compris ceux induits par des puissances étrangères. Pour survivre, il doit exceller en diplomatie et se faire bien voir de tout le monde. Il doit également ne pas se polariser en soutenant fortement une partie, car il se ferait alors des ennemis. Les Qataris ont longtemps été très forts en diplomatie, mais maintenant, des éléments intrigants font tache.

Si la diplomatie est vitale pour la survie nationale, alors pourquoi avoir créé et soutenu Al Jazeera ? En tant que groupe de télévision, cette entreprise possède une force médiatique colossale. De plus, elle est très associée au Qatar et vice-versa, de sorte qu’elle influe largement sur l’image du pays. Via ses reportages critiques des pouvoirs, Al Jazeera a toujours porté atteinte aux efforts diplomatiques de Doha. À cause de cela, la terre oubliée de Dieu a enduré des multitudes d’incidents diplomatiques. Les derniers en date impliquent par exemple l’Égypte, où trois journalistes d’Al Jazeera English ont été condamnées à 7 à 10 ans de prison pour terrorisme et soutien aux Frères musulmans. Au printemps, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Bahreïn ont rappelés leurs ambassadeurs de Doha et exigé la fermeture d’Al Jazeera et l’arrêt du soutien aux Frères musulmans. En 2004, les États-Unis ont même voulu bombarder leur allié qatari pour se débarrasser de la chaîne d’information. La branche la plus influente du groupe, Al Jazeera English, critique régulièrement les liens de ses chaînes sœurs arabophones avec Doha (je ferai bientôt une vidéo à ce sujet).

Si l’absence de polarisation est vitale pour la sécurité nationale, pourquoi soutenir les Frères musulmans et se faire ainsi des ennemis ? Ce soutien est l’autre raison des tempêtes diplomatiques mentionnées précédemment avec le Caire, Riyad, Abou Dhabi et Manama, quatre gouvernements qui n’aiment pas la confrérie. Récemment, le député koweïtien Nabil Al-Fadl a accusé le Qatar et les Frères musulmans de soutenir l’opposition koweïtienne.

À de son soutien aux Frères musulmans et de la ligne éditoriale d’Al Jazeera, le Qatar s’est mis en porte-à-faux avec l’Arabie saoudite. C’est le seul pays de la région qui a une bonne raison d’envahir la petite péninsule, pour mettre la main sur les gisements de gaz qui sauveraient son économie pétrolière. C’est donc le pays de la région avec lequel il fallait le moins se fâcher.

Source (sur la nécessité historique de la diplomatie qatarie) : « Qatar – a modern history », par Allan Fromhertz.
Plus d’information sur les incidents entre Al Jazeera et les États-Unis : The 9/11 decade — The Image War (3ème partie — l’épisode est dédié aux médias en général et à la propagande dans la guerre contre le terrorisme, mais une partie importante est consacrée au cas précis d’Al Jazeera).

Pour sauver son économie, Riyad devrait… envahir le Qatar

Le gisement de pétrole d'El Sharara, Libye
Le gisement de pétrole d’El Sharara, Libye – par Javier Blas, Creative Commons

English-language article: To save its economy, Saudi should… invade Qatar

L’Arabie saoudite et le Qatar ont des relations difficiles. Lors d’une crise diplomatique au printemps dernier, Riyad a rappelé son ambassadeur de Doha et exigé de la petite péninsule qu’elle coupe les ponts avec les Frères musulmans (ennemis des Saoudiens) et qu’elle ferme ou rappelle à l’ordre Al Jazeera, sous peine de blocus maritime (ce qui équivaudrait à une invasion). Mais si le royaume a des tensions avec la terre oubliée de Dieu, ce n’est peut-être pas uniquement à cause d’une confrérie islamiste et d’une chaîne de télévision.

L’économie saoudienne dépend très largement du pétrole. Au début, quand on perce une poche de pétrole, la pression y est suffisante pour que le précieux liquide remonte tout seul à la surface. Mais quand les réserves baissent, la pression baisse aussi et cela ne suffit plus. Il faut injecter du gaz naturel pour pousser l’or noir et le récupérer. La quantité de gaz nécessaire est telle qu’il n’est pas rentable de l’importer ; il faut le trouver sur place. La plupart du temps, le pays producteur de pétrole possède aussi les réserves en gaz nécessaires. Les Saoudiens regrettent maintenant d’avoir fait brûler tout le gaz qui sortait de leurs puits de pétrole, au lieu de le réutiliser. Mais malgré les prospections dans le Quartier vide, au sud-est désertique du pays, ils n’ont pas découvert de gisement notable de gaz. Même s’ils en découvraient, ce serait trop loin des puits de pétroles (dans la région de Dammam, sur le Golfe persique) pour être rentable. Si Riyad ne trouve pas rapidement du gaz près de ses puits, elle ne pourra plus extraire de pétrole et son économie s’effondrera.

Juste à côté des puits de pétrole saoudiens se trouve le Qatar, le troisième exportateur mondial de gaz naturel. Il détient, avec l’Iran, une bonne partie du North Field / South Pars, le plus gros gisement de gaz naturel au monde. L’émirat est constitué d’une petite péninsule de la taille de l’Île-de-France, désertique et défendue par peu de troupes (si l’on exclut la base américaine d’Al-Udeid, la plus grande de la région).

Enfin, Vladimir Poutine a montré il y a quelques mois que, si on le souhaite, on peut annexer la petite péninsule d’à côté, en l’occurrence la Crimée. L’Arabie saoudite pourrait donc suivre son exemple et avoir envie d’annexer sa propre petite péninsule d’à côté.


Contre-argument : Washington était précédemment allié à la fois avec l’émirat et le royaume wahhabite, mais ses relations avec Riyad se sont récemment détériorées au profit de celles avec Doha. Si l’armée saoudienne en venait à envahir le Qatar, les Américains interviendraient probablement, d’autant plus qu’ils possèdent une grande base sur la petite péninsule.


Source : « Saudi Arabia on the Edge » par Thomas W. Lippman, pp. 58-60

Un îlot de liberté (BBC Arabic, 1994)

Route du roi Fahd à Riyad, Arabie saoudite
Route du roi Fahd à Riyad, Arabie saoudite

Aujourd’hui j’ai été consternée d’apprendre la sentence infligée en Égypte aux trois journalistes d’Al Jazeera English coupables d’avoir fait leur métier : 7 à 10 ans de prison ferme (voir d’ailleurs le dessin que j’avais fait pour soutenir la campagne #FreeAJStaff). Ça m’a donné envie de vous raconter une histoire qui s’est passée il y a une vingtaine d’années.

À lire en écoutant ceci : « Apotheosis » par Austin Wintory (BO de Journey). La musique est calée avec le texte si on ne le lit pas trop vite.

Nous sommes dans le monde arabe en début 1994. Dix-huit pays arabes, dix-huit dictatures. Aucune presse libre ni aucun média libre n’existe. Un média libre en langue arabe semble inimaginable. Déplaçons-nous loin du monde arabe, du soleil, de la chaleur et de la tyrannie, et volons vers une île pluvieuse, froide et libre. La Grande-Bretagne, le Royaume-Uni et sa capitale, Londres. C’est là qu’est basée la très respectable British Broadcasting Corporation, la BBC, l’entreprise qui a eu la folie de rêver d’une chaîne d’information arabophone libre.

Je vais vous raconter l’histoire de la BBC Arabic. Pas celle qu’on peut encore regarder de nos jours — celle-là est la deuxième BBC Arabic. Il y en a eu une autre avant, un projet déraisonnable, insensé, dirigé par l’optimisme désespéré des Britanniques.

À mi-chemin entre la froide île libre et les chaudes terres opprimées se trouve la péninsule italique. Rome. C’est ici qu’est implantée une société saoudienne, Orbit. L’entreprise est dirigée par des proches de la famille royale des Al Saoud, la tribu des déserts brûlants du Najd, au coeur de l’Arabie saoudite. Orbit propose un contrat incroyable à la BBC. Ils souhaitent organiser un partenariat avec elle pour créer la première chaîne d’info arabophone libre. Un rêve. Un rêve dont beaucoup font remarquer qu’il ne peut que tomber à l’eau.

Pourtant, les Britanniques y croient. Le 24 mars 1994, un contrat de dix ans est signé. La BBC insiste pour que la nouvelle chaîne porte les mêmes valeurs de neutralité et d’indépendances que celles qu’elle chérit. Seulement, Orbit veut en plus que la “sensibilité culturelle” soit respectée.

La BBC Arabic s’installe dans ses locaux à Londres, sur l’île grise et libre de Grande-Bretagne. Nombre de journalistes arabes sont recrutés et reçoivent une formation britannique. La chaîne ne sera pas pour tous les Arabes. Elle sera parmi le bouquet payant d’Orbit. Elle ne diffusera pas plus de huit heures par jour. C’est peu. Mais ce petit îlot de liberté est quelque chose d’énorme, de précieux, d’incroyable.

La chaîne commence à diffuser.
La première chaîne d’information arabophone libre.

Un média portant un journalisme aux antipodes de la propagande et de la médiocrité des chaînes étatiques arabes. Ce n’est certes pas une chaîne d’info arabe libre. Une chaîne arabophone libre tutoie déjà l’impossible ; alors une chaîne d’information par les Arabes, pour les Arabes, diffusant d’une capitale arabe, cela franchit les frontières de l’imaginable. Mais cette chaîne est là, pas tout à fait occidentale, pas tout à fait arabe, transmettant l’information en arabe aux Arabes. Sans interférence saoudienne.

Presque sans interférence. Le vent tourne. Le royaume wahhabite et la BBC n’ont pas la même définition de la “sensibilité culturelle”. Pour Riyad, cela signifie ne pas attaquer les intérêts des Al Saoud. La BBC Arabic vogue vers la tourmente. Coups de fils énervés. Tensions. Les nuages s’amoncellent.

En janvier 1996, la chaîne diffuse l’interview d’un opposant au gouvernement saoudien. Une coupure de courant survient à ce moment-là. Qui aurait pu couper l’électricité ? Si ce n’est pas la BBC, cela ne peut être qu’Orbit. Ces derniers démentent. Cela ressemble à de la censure. La BBC accuse Orbit de rompre le contrat. Le gouvernement de Riyad ne supporte même pas d’avoir vu l’opposant sur une chaîne d’information en arabe. Le royaume s’en prend à Orbit et demande aux hôtels saoudiens de ne plus diffuser ses chaînes. Puis c’est Londres qui est visé. Une tempête diplomatique éclate. L’Arabie saoudite veut que l’opposant soit extradé du Royaume-Uni, sous peine d’annuler tous les contrats bilatéraux d’armement. Sous les huées de la presse britannique, Londres accepte d’extrader la personne. Mais cette dernière fait appel avec succès de la décision de justice.

La BBC Arabic est dans le maelstrom. Elle doit choisir : sortir du contrat ou changer de cap et de ligne éditoriale. Elle choisit la deuxième solution pour rester à flot.

L’oeil du cyclone approche. Quelques mois plus tard, une émission de la BBC, très critique des droits de l’homme en Arabie saoudite, est diffusée sur la chaîne arabophone. Elle montre un condamné sur le point d’être décapité au sabre. Filmer une telle séquence est interdit par la loi saoudienne. Orbit ne supporte pas de telles images. En ce soir de samedi 20 avril 1996, la nuit tombe sur la BBC Arabic. Mais le lendemain matin, dimanche 21 avril, il fait toujours aussi sombre. Orbit a tout débranché et la chaîne a cessé de diffuser.

La BBC Arabic a pris l’eau mais ce n’est pas un naufrage. On pourrait trouver un autre sponsor en scrutant l’horizon. Malheureusement, la rancune des princes du Najd est tenace. Les businessmen font tout pour que chaque tentative soit un coup d’épée dans l’eau. Orbit possédait tout l’équipement des studios, soi-disant pour des raisons de taxes. Le gouvernement du Royaume-Uni, échaudé par la crise de janvier, n’a aucune envie d’aider la chaîne d’information. Enfin, aucun sponsor ne semble mieux qu’Orbit. C’est un rêve qui sombre, un rêve qui aurait pu changer la face du monde arabe. Même les plus optimistes doivent se résoudre au fait que depuis le début, la BBC Arabic était destinée à couler.

Tant de personnes ont quitté leurs emplois en 1994 pour la promesse incertaine d’un coin de rêve. Des familles arabes ayant du déménager loin, à Londres, se réadapter, trouver un logement, mettre les enfants à l’école. On avait promis dix ans. Tout ça pour 18 mois, pour huit heures par jour dans un bouquet payant, huit heures par jour de semi-liberté. Quelque chose d’infime et pourtant, quelque part, si immense.

Ce sont 250 employés qui reçoivent des propositions d’embauche en masse de la part d’un minuscule émirat adossé à l’Arabie saoudite. Comme Orbit, ces nouveaux autocrates affirment ne pas vouloir interférer sur la ligne éditoriale. C’est la famille d’Al Thani qui fait cette proposition. Elle dirige le Qatar, une petite péninsule perdue dans l’azur du Golfe persique. Cet infime bout de désert fut longtemps surnommé “la terre oubliée de Dieu” tellement il était insignifiant. La moitié des personnes contactées prennent des contrats chez cette nouvelle chaîne d’information, dans une nouvelle monarchie absolue.

Plus d’une centaine de journalistes arabes de formation britannique, frustrés, désabusés, affluent chez un monarque excentrique. Déjà en août 1994, avant d’être émir, quelques mois après le début de la BBC Arabic, il rêvait de transformer Qatar TV en chaîne satellitaire. Alors que Londres et Riyad se battaient autour d’une interview d’opposant sur la BBC Arabic, il déclenchait une crise diplomatique entre le Qatar et l’île du Bahreïn en invitant des opposants bahreïniens sur la chaîne étatique.
Les journalistes de la BBC formeront le corps et l’âme de la nouvelle chaîne d’information. Parmi eux, probablement, des gens frustrés par le flegme de la BBC, des gens de ceux dont l’encrier est un brasier et qui portent la plume dans la plaie.

Cette infime chaîne d’info sur cette infime presqu’île du Qatar aurait été sans doute emportée par le vent, sans l’infime îlot de rêve de la BBC Arabic. Les anciens employés du projet fou des Britanniques ne pouvaient pas l’imaginer un seul instant, mais parfois, il y a des miracles.

Le 1er novembre 1996 commence la diffusion de cette chaîne satellitaire au sang britannique, dont le nom signifie en français “l’île”, et dont le nom arabe est Al Jazeera.

La première chaîne d’information arabe libre.


Pour citer les toutes dernières phrases du livre de Hugh Miles : “Al-Jazeera a inversé le flux de l’information et maintenant, pour la première fois depuis plusieurs siècles, l’information passe de l’orient à l’occident. […] Les choses ne seront plus jamais comme avant. ‘La liberté, c’est comme la mort’, m’a dit un jour Yosri Fouda. ‘On ne peut pas visiter la mort et en retourner’. C’est ce qui s’est passé dans le cas d’Al-Jazeera. La porte est ouverte, et maintenant plus personne ne peut la fermer.” (pp. 438-439)
[Yosri Fouda est un journaliste d’investigation égyptien ayant travaillé pour la BBC Arabic, puis pour Al Jazeera Arabic pendant une douzaine d’années.]

Al Jazeera fut saluée pour son rôle considérable dans les révoltes arabes de 2011. Aujourd’hui, Al Jazeera Media Network compte 7 chaînes d’information dans 4 langues différentes (arabe, anglais, serbo-croate, turc). Al Jazeera English est l’une des chaînes les plus regardées et les plus influentes au monde. Elle a largement remplacé la BBC World comme chaîne de référence en Afrique de l’est et en Asie du sud-est.


Sources
Livre : “Al-Jazeera – How Arab TV News Challenged the World” par Hugh Miles – 2005
Article : “The Failed Dream that Led to Al-Jazeera” par Ian Richardson – 11 avril 2003

Image d’illustration par KhanSaqib — Creative Commons

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Relations et enjeux en Iraq (et au Levant)

Rivière Zab au Kurdistan iraqien (nord-est)
Rivière du Grand Zab au Kurdistan iraqien (nord-est)

Le Moyen-Orient est très compliqué. Un dicton de l’Internet, joliment rendu en langue persane, dit à ce propos : dust-e dustat dust-e to nist (دوست دوستت دوست تو نيست), l’ami de ton ami n’est pas ton ami. Voici, résumés, les relations et enjeux autour de l’Iraq et un peu du Levant.

Forces en présence :

  • Nouri al-Maliki, premier ministre chiite de l’Iraq
  • ISIS, organisation jihadiste basée en Syrie, notamment dans la région de Raqqa, et qui envahit l’Iraq
  • Bashar al-Assad, président syrien alaouite (chiite)
  • l’Iran chiite. Son président Hassan Rouhani est un modéré mais ne peut vraiment agir qu’à l’international ; au niveau national, c’est principalement le Guide Suprême, l’ayatollah Khâmene’i, qui a le pouvoir
  • le Kurdistan sunnite, partie autonome de l’Iraq, et les Kurdes autonomistes en Turquie, Iran et Syrie
  • les États-Unis
  • l’Arabie saoudite
  • le Qatar
  • Al-Qaéda

Relation ISIS-Assad

Note pour le lecteur : dorénavant, l’État Islamique en Iraq et au Levant (EIIL) ne sera plus désigné dans mes papiers par l’acronyme français EIIL, mais par l’acronyme anglo-arabe ISIS (Islamic State in Iraq and Sham). Ce dernier est plus facile à retenir et à prononcer.

La relation entre ISIS et Bashar al-Assad est très spéciale. On ne peut pas dire qu’ils sont ennemis ni qu’ils sont alliés, au sens conventionnel du terme.

Assad a intérêt à ce qu’ISIS continue à être présent en Syrie, quitte à subir ses attaques, car il représente un rempart au jihadisme aux yeux des Occidentaux. Tant qu’ISIS et les autres jihadistes conservent une présence significative en Syrie, la communauté internationale craindra qu’ils ne prennent le pouvoir si Assad tombe. Dans le doute, elle n’agira pas particulièrement pour hâter la fin du régime.

De son côté, ISIS n’a pas intérêt à ce que la guerre se termine, car le flux de combattants étrangers se tarirait et l’organisation n’aurait plus de sang neuf pour prospérer. De plus, ISIS est une organisation créée pour la guerre, et sans guerre à mener, elle n’a plus raison d’être.

Relation Téhéran-Maliki

Téhéran apprécie Maliki car il est chiite. Les Iraniens aimeraient garder Maliki sur son fauteuil de premier ministre. Mais ce n’est probablement pas l’enjeu le plus important pour eux dans la situation actuelle en Iraq.

Najaf et Karbala sont plus importants

Karbala et Najaf sont deux des villes les plus saintes du chiisme. Karbala est le lieu du martyre d’Hussein, troisième imam et arrière-petit-fils de Mahomet. Ce martyre est célébré tous les ans par la fête de l’Achoura. Najaf renferme le tombeau d’Ali, gendre du Prophète, premier imam et grand-père d’Hussein. Les jihadistes condamnent la vénération de quiconque autre que Dieu et veulent ainsi détruire les deux lieux saints.

Ces lieux sont pour les chiites aussi importants que Saint-Pierre de Rome pour les catholiques ou la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem pour les sunnites.

Faut-il vraiment sauver le soldat Maliki ?

Depuis récemment, les relations entre l’Iran et l’Occident commencent à se détendre. Parallèlement, le pays des mollahs étend son influence sur le Golfe en se rapprochant du Qatar. Dans le Golfe, justement, les révoltes au Bahreïn et dans la Sharqiya (alias Province Orientale) en Arabie saoudite, deux terres chiites dirigées par des sunnites, se font de nouveau sentir. Dans le deuxième pays le plus peuplé au monde, le nouveau premier ministre indien, Narendra Modi, souhaite un rapprochement avec l’Iran.

Si Téhéran perd un dirigeant pro-iranien en Iraq, pays divisé par les tensions religieuses, cela n’aura pas forcément de grosses conséquences sur sa politique extérieure.

Relations Kurdistan-pays environnants

Les Kurdes sont sunnites et ont du pétrole.

  • Ils n’aiment pas Maliki pour des raisons  politiques (séparatisme), économiques (pétrole) et religieuses (il est chiite).
  • Ils détestent ISIS, bien qu’ISIS soit sunnite comme eux.
  • Ils ont des relations compliquées avec les Turcs (sunnites) pour des raisons politiques (séparatisme).
  • Ils aiment bien les Kurdes de Syrie, qui sont dans l’ensemble contre Assad.
  • Ils aiment l’Iran (même si l’Iran est chiite) parce que Téhéran les aime bien historiquement. En plus, les Kurdes sont un peuple apparenté aux Perses.

Relation US-Iraq

Depuis que les Américains exploitent le gaz de schiste et le pétrole bitumineux, ils n’ont plus d’intérêt économique à sauvegarder l’Iraq. De plus, leur précédente intervention dans le pays, en 2003, a été généralement mal perçue. Par contre, Washington pourrait être embarassé par le fait que ce soit l’Iran qui règle le problème jihadiste en Iraq.

Addendum : relation US-Iran

Les États-Unis et l’Iran se réconcilient de plus en plus et pourraient peut-être devenir un jour alliés. Mais leurs relations restent compliquées à l’heure actuelle à cause de leur histoire commune.

Les Américains, pour maintenir leur statut de leader dans la lutte contre le terrorisme, pourraient vouloir couper l’herbe sous le pied de Téhéran. Ils seraient embarassés de voir les Iraniens leur prendre leur statut en expulsant ISIS d’Iraq.

Relation Arabie saoudite-ISIS

Les salafistes ont toujours détesté les jihadistes et vice-versa, malgré que la majorité des jihadistes aient une idéologie salafiste. Le gouvernement saoudien salafiste et les jihadistes sont donc ennemis. Cependant, certains Saoudiens peuvent financer des jihadistes par intérêt personnel.

Relation Qatar-ISIS

Les remarques faites pour l’Arabie saoudite s’appliquent aussi au Qatar, même si la Terre oubliée d’Allah a une plus grande réputation de financement du terrorisme que le royaume wahhabite. La différence est que Doha, malgré sa religion sunnite wahhabite, sympathise avec l’Iran chiite et avec les chiites de la région en général.

Relation ISIS-Al-Qaéda

ISIS était à l’origine une branche d’Al-Qaéda, descendant de la tristement célèbre Al-Qaéda au Pays des Deux Rivières, dont le leader Abou Mus’ab az-Zarqâwi a embarassé Al-Qaéda par sa cruauté. ISIS a aussi fait preuve de cruauté, à tel point qu’il a été expulsé de la nébuleuse. Certains membres de filiales d’Al-Qaéda considèrent les combattants d’ISIS comme des apostats qui ont renié l’Islam par leurs actes, et donc des personnes pouvant être légitimement tuées.

Image d’illustration : par jamesdale10, licence Creative Commons

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