Archives du mot-clé Al-Qaeda

Le Moyen-Orient sushi (sunnite-chiite)

Il était une fois une région faisant le pont entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Sauf que ce pont était plein de sushis qui se battaient pour avoir la meilleure place.
Il était une fois une région faisant le pont entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Sauf que ce pont était plein de sushis qui se battaient pour avoir la meilleure place. Les sushis s’enchevêtraient, on ne savait plus lequel déguster en premier. – photo de Pedro Moura Pinheiro, 2005

Parce que tout conflit ne part pas forcément d’une histoire de sushis (sunnites et chiites), voici une explication de la situation de divers pays du Moyen-Orient à ce sujet, notamment les pays en prises avec le conflit en Iraq et au Levant.

N’hésitez pas à relire aussi mon post de juin 2014 sur les courants de l’islam.

Sauf mention contraire, j’entendrai par « chiisme » le chiisme duodéciman à douze imams, de loin le plus professé.


 Daesh et affiliés

Confession principale : sunnisme des plus extrémistes
Confession de la classe dirigeante : idem
Autres confessions minoritaires : aucune
Aime bien : les donateurs privés de part le monde
N’aime pas : le monde entier, l’Arabie saoudite, les autres jihadistes

Al-Qaïda et affiliés

Confession principale : sunnisme aussi rigoriste que le saoudien
Confession de la classe dirigeante : idem
Autres confessions minoritaires : aucune
Aime bien : les donateurs privés de part le monde
N’aime pas : le monde entier, l’Arabie saoudite, Daesh

Frères musulmans

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme islamiste
Autres confessions minoritaires : aucune
Aime bien : le Qatar, la Turquie
N’aime pas : l’Égypte, l’Arabie saoudite


 Syrie

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : alaouisme (1% de la population)
Autres confessions minoritaires : christianisme (divers courants)
Aime bien : l’Iran, l’État iraqien chiite, certaines mouvances jihadistes
N’aime pas : les rebelles syriens, l’Arabie saoudite, le Qatar

Les alaouites se définissent comme chiites, mais leurs croyances sont presque aussi distantes de celles des chiites orthodoxes que de celles des sunnites.

  • Ils honorent une trinité, où Ali est placé au-dessus de Mahomet.
  • Ils n’ont semble-t-il ni jour du Jugement, ni enfer.
  • Ils croient à la réincarnation suivant un système de karma.
  • Pour eux, les humains étaient originellement des étoiles déchues des cieux. Le salut de l’humanité est de se réincarner de nouveau en étoile.

Malgré les grandes différences de dogmes, l’Iran chiite orthodoxe soutient le régime syrien alaouite.

Iraq (hors Kurdistan autonome)

Confessions principales : chiisme (60%), sunnisme (40%)
Confession de la classe dirigeante : chiisme
Autres confessions minoritaires : christianisme (divers courants)
Aime bien : l’Iran, l’État syrien alaouite
N’aime pas : les Kurdes, les jihadistes

Bien que les troubles iraqiens soient sushi en apparence, les deux communautés entretenaient de bons rapports jusqu’à il y a une ou deux décennies, ce qui suggère d’autres causes au déchirement du pays. Le gouvernement chiite de Haydar al-Abadi est soutenu par l’Iran, de même confession.

Les Kurdes

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme
Autres confessions minoritaires : alévisme (Turquie), yarsanisme (Iran), yézidisme (Iraq)
Aiment bien : quiconque les aime
N’aiment pas : l’Iraq, la Turquie, l’Iran, la Syrie, les jihadistes

Les alévis et les yarsanis peuvent ou non se réclamer du chiisme, même si leurs dogmes sont très éloignés de ceux du chiisme orthodoxe. Les yézidis, adorateurs de l’Ange-Paon, se définissent clairement comme une religion à part.

Turquie

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme, islamiste
Autres confessions minoritaires : alévisme, christianisme
Aime bien : le Qatar, les rebelles syriens
N’aime pas : l’Arabie saoudite, les Kurdes, l’État syrien alaouite

La Turquie entretient des relations très ambigües avec les mouvances jihadistes à sa frontière sud.

Iran

Confession principale : chiisme
Confession de la classe dirigeante : chiisme orthodoxe rigoriste
Autres confessions minoritaires : sunnisme, christianisme, judaïsme, yarsanisme, babisme, bahá’isme
Aime bien : l’État alaouite syrien, l’État chiite iraqien, les Houthis zaydis du Yémen, les chiites du Bahreïn, le Qatar
N’aime pas : l’Arabie saoudite, les Kurdes

Bastion du chiisme orthodoxe et némésis de l’Arabie saoudite. La plupart des habitants sont chiites et peu religieux. Aussi fermée soit-elle, la République islamique est largement plus tolérante, dynamique et politiquement prometteuse que le royaume wahhabite. Les Iraniens sont culturellement aussi occidentalisés que les Turcs.

Arabie saoudite

Confessions principales : sunnisme salafiste, chiisme dans la province orientale
Confession de la classe dirigeante : sunnisme salafiste
Autres confessions minoritaires (expatriés) : hindouisme, christianisme, sikhisme, etc.
Aime bien : l’Égypte anti-islamiste [sic], les rebelles syriens, les pays du Golfe hors Qatar, le gouvernement sunnite élu du Yémen
N’aime pas : l’Iran, l’État chiite iraqien, l’État syrien alaouite, ses propres chiites de la province orientale, le Qatar, les Houthis zaydis du Yémen, les islamistes Frères musulmans, les jihadistes

Bastion sunnite extrémiste très remonté contre tout ce qui est, de près ou de loin, chiite : l’Iran (son ennemi de toujours), l’Iraq, la Syrie alaouite, les zaydis du nord du Yémen mais aussi leurs propres chiites de l’est du pays (installés pile poil au-dessus des réserves d’hydrocarbure, comme par hasard). Bien qu’il fasse tout pour faire croire le contraire, le royaume wahhabite est en piteux état aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les alliés traditionnels que sont les États-Unis et les autres pays du Golfe se distancient.

Les Saoudiens ont toujours détesté les Qataris, notamment par jalousie. Cela faisait un siècle qu’ils tentaient d’annexer cette insignifiante péninsule, qui leur résistait à chaque fois de manière inexpliquée. Et puis, brutalement, les Qataris sont devenus bien plus riches que les Saoudiens et se sont arrogés un soft power à faire palir Riyadh. Le royaume wahhabite culpabilise d’avoir été très largement responsable de la création d’Al Jazeera, une entreprise qui, dès sa naissance, n’a cessé de le critiquer.

Qatar

Confessions principales : sunnisme (expatriés et autochtones), hindouisme (expatriés), christianisme (expatriés)
Confessions de la classe dirigeante (autochtone) : sunnisme salafiste (10% de la population), chiisme (très marginal)
Autres confessions minoritaires (expatriés) : sikhisme, bouddhisme, etc.
Aime bien : le monde entier, sans que ce soit forcément réciproque
N’aime pas : l’Arabie saoudite et l’Égypte (mais essaye de le cacher)

Pays d’immigrés dont je ne saurais dire s’il est à majorité hindoue ou musulmane. Pour s’affirmer entre l’Arabie saoudite et l’Iran, Doha pratique une diplomatie intensive depuis une décennie, en essayant d’être amie avec le monde entier. Malheureusement pour les Qataris, les chaînes du groupe Al Jazeera prennent un malin plaisir à critiquer tous ceux avec lesquels les Qataris tentent de se rapprocher, sapant ainsi bien des efforts diplomatiques.

À l’heure actuelle, le Qatar est globalement chiitophile et proche de l’Iran. Il soutenait vivement les rebelles Houthis chiites zaydis du Yémen, jusqu’à ce qu’il décide de rentrer dans la coalition contre eux (probablement pour réparer ses relations lamentables avec Riyadh).

Bahreïn

Confessions principales : chiisme (70%), sunnisme salafiste (30%)
Confession de la classe dirigeante : sunnisme salafiste
Aime bien : l’Arabie saoudite
N’aime pas :
ses propres chiites majoritaires, l’Iran, le Qatar

Île du Golfe nettement moins fortunée que ses voisins. Le Bahreïn était historiquement une puissance coloniale non négligeable.

Oman

Confession principale : ibadisme
Confession de la classe dirigeante : ibadisme

Sultanat situé hors du système sushi : il est d’obédiance ibadite, ni sunnite ni chiite. C’était auparavant une grande puissance coloniale des côtes pakistanaises et est-africaines.

Yémen

Confessions principales : sunnisme, chiisme zaydi dans les montagnes du nord
Confession de la classe dirigeante : quelqu’un dirige ce pays ?
Aime bien / N’aime pas : faudrait d’abord savoir qui est aux commandes

L’Afghanistan du monde arabe.

Les zaydis sont des chiites qui ne reconnaissent que cinq imams, contre douze chez les chiites orthodoxes d’Iran ou d’Iraq. C’est dans le nord qu’est né le mouvement Houthi, une rébellion anti-Al Qaïda dont le but est de purger le Yémen à la fois des mouvements jihadistes et des gouvernements qui ne seraient pas assez fermes contre eux. Les Houthis sont tous zaydis, mais cela n’implique pas que leur rébellion ait pour cause un conflit sushi.

Égypte

Confession principale : sunnisme
Confession de la classe dirigeante : sunnisme laïciste anti-islamistes
Autres confessions minoritaires : christianisme (10%)
Aime bien : l’Arabie saoudite
N’aime pas : les Frères musulmans, les islamistes, les jihadistes

Les Égyptiens sont 90% sunnites et 10% chrétiens. Le gouvernement d’Abdelfattah as-Sissi, fermement anti-islamiste, est en très bons termes avec l’Arabie saoudite, parangon de l’islamisme [sic]. Le Caire semble s’être réconcilié avec Doha, avec qui il s’entendait pourtant très mal jusqu’à récemment.


D’après la blague en anglais qui circule sur la blogosphère arabe :

« Two Muslims have a kid. One of the parents is Sunni, the other is Shia. What is the kid?
— The kid is Sushi, of course! »

Le journaliste que l’Espagne a emprisonné 7 ans

Taysir Alouni
Taysir Allouni en 2004. Photo : Antonio Casas

Hors d’Espagne, peu d’Européens le connaissent. Taysir Allouni, un Espagnol né en Syrie, était un des journalistes phares d’Al Jazeera. Il dirigea le bureau de la chaîne à Kaboul (Afghanistan) de 2000 à 2001. Certains de ses amis en Espagne connaissaient des gens là-bas et on lui demanda de leur amener de l’argent. L’Espagnol transporta en tout 3 200 € pour cinq ou six personnes différentes.

Le 11 septembre 2001, Allouni était le seul reporter étranger sur le sol afghan. Il réalisa la première interview d’Oussama ben Laden après les attentats, mais elle était de piètre qualité au yeux d’Al Jazeera. C’est finalement CNN qui la diffusa. La police espagnole se demanda alors comment Allouni avait pu rencontrer Ben Laden sans faire partie d’Al-Qaïda.

En été 2003, après avoir couvert la guerre d’Iraq, Allouni voyagea en Espagne où il interviewa plusieurs figures politiques, dont le premier ministre José Maria Aznar. En septembre, le juge Baltasar Garzón, célèbre entre autres pour avoir amené le général Pinochet devant la justice, ordonna l’arrestation du journaliste. Allouni était sous écoute depuis des années dans le cadre d’une enquête visant des sympathisants du Hamas palestinien. La police lui avait découvert des contacts avec des membres d’Al-Qaïda. La justice était persuadée qu’Allouni appartenait à la nébuleuse terroriste, mais malgré plusieurs années de surveillance, les éléments collectés ne constituaient initialement aucune preuve. Il fallut six jours d’interrogatoire et des « documents d’information » américains et israéliens pour solidifier le dossier.

Après deux années en détention provisoire, le reporter fut condamné à sept ans de prison pour avoir convoyé 3 200 € d’Espagne à un agent d’Al-Qaïda en Afghanistan. Durant le procès, il fut aussi accusé d’appartenir aux Frères musulmans et d’être proche des Talibans. Ces deux mouvances sont très différentes et leurs rapports avec Oussama ben Laden sont loin d’être chaleureux.

En janvier 2012, la Cour Européenne des Droits de l’Homme déclara qu’Allouni n’avait pas eu droit à un tribunal impartial. Elle exigea des autorités espagnoles qu’elles lui versent 16 000 € en compensation ; son avocat en voulait 362 000 €. Madrid refusa de payer, ce qu’elle a de facto le droit de faire.

Allouni retrouva la liberté le 25 février 2012. Son passeport lui fut alors confisqué pendant plusieurs jours sans explication. Le 11 mars, il put décoller pour Doha (Qatar) où il retrouva sa famille et sa rédaction.

Relations et enjeux en Iraq (et au Levant)

Rivière Zab au Kurdistan iraqien (nord-est)
Rivière du Grand Zab au Kurdistan iraqien (nord-est)

Le Moyen-Orient est très compliqué. Un dicton de l’Internet, joliment rendu en langue persane, dit à ce propos : dust-e dustat dust-e to nist (دوست دوستت دوست تو نيست), l’ami de ton ami n’est pas ton ami. Voici, résumés, les relations et enjeux autour de l’Iraq et un peu du Levant.

Forces en présence :

  • Nouri al-Maliki, premier ministre chiite de l’Iraq
  • ISIS, organisation jihadiste basée en Syrie, notamment dans la région de Raqqa, et qui envahit l’Iraq
  • Bashar al-Assad, président syrien alaouite (chiite)
  • l’Iran chiite. Son président Hassan Rouhani est un modéré mais ne peut vraiment agir qu’à l’international ; au niveau national, c’est principalement le Guide Suprême, l’ayatollah Khâmene’i, qui a le pouvoir
  • le Kurdistan sunnite, partie autonome de l’Iraq, et les Kurdes autonomistes en Turquie, Iran et Syrie
  • les États-Unis
  • l’Arabie saoudite
  • le Qatar
  • Al-Qaéda

Relation ISIS-Assad

Note pour le lecteur : dorénavant, l’État Islamique en Iraq et au Levant (EIIL) ne sera plus désigné dans mes papiers par l’acronyme français EIIL, mais par l’acronyme anglo-arabe ISIS (Islamic State in Iraq and Sham). Ce dernier est plus facile à retenir et à prononcer.

La relation entre ISIS et Bashar al-Assad est très spéciale. On ne peut pas dire qu’ils sont ennemis ni qu’ils sont alliés, au sens conventionnel du terme.

Assad a intérêt à ce qu’ISIS continue à être présent en Syrie, quitte à subir ses attaques, car il représente un rempart au jihadisme aux yeux des Occidentaux. Tant qu’ISIS et les autres jihadistes conservent une présence significative en Syrie, la communauté internationale craindra qu’ils ne prennent le pouvoir si Assad tombe. Dans le doute, elle n’agira pas particulièrement pour hâter la fin du régime.

De son côté, ISIS n’a pas intérêt à ce que la guerre se termine, car le flux de combattants étrangers se tarirait et l’organisation n’aurait plus de sang neuf pour prospérer. De plus, ISIS est une organisation créée pour la guerre, et sans guerre à mener, elle n’a plus raison d’être.

Relation Téhéran-Maliki

Téhéran apprécie Maliki car il est chiite. Les Iraniens aimeraient garder Maliki sur son fauteuil de premier ministre. Mais ce n’est probablement pas l’enjeu le plus important pour eux dans la situation actuelle en Iraq.

Najaf et Karbala sont plus importants

Karbala et Najaf sont deux des villes les plus saintes du chiisme. Karbala est le lieu du martyre d’Hussein, troisième imam et arrière-petit-fils de Mahomet. Ce martyre est célébré tous les ans par la fête de l’Achoura. Najaf renferme le tombeau d’Ali, gendre du Prophète, premier imam et grand-père d’Hussein. Les jihadistes condamnent la vénération de quiconque autre que Dieu et veulent ainsi détruire les deux lieux saints.

Ces lieux sont pour les chiites aussi importants que Saint-Pierre de Rome pour les catholiques ou la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem pour les sunnites.

Faut-il vraiment sauver le soldat Maliki ?

Depuis récemment, les relations entre l’Iran et l’Occident commencent à se détendre. Parallèlement, le pays des mollahs étend son influence sur le Golfe en se rapprochant du Qatar. Dans le Golfe, justement, les révoltes au Bahreïn et dans la Sharqiya (alias Province Orientale) en Arabie saoudite, deux terres chiites dirigées par des sunnites, se font de nouveau sentir. Dans le deuxième pays le plus peuplé au monde, le nouveau premier ministre indien, Narendra Modi, souhaite un rapprochement avec l’Iran.

Si Téhéran perd un dirigeant pro-iranien en Iraq, pays divisé par les tensions religieuses, cela n’aura pas forcément de grosses conséquences sur sa politique extérieure.

Relations Kurdistan-pays environnants

Les Kurdes sont sunnites et ont du pétrole.

  • Ils n’aiment pas Maliki pour des raisons  politiques (séparatisme), économiques (pétrole) et religieuses (il est chiite).
  • Ils détestent ISIS, bien qu’ISIS soit sunnite comme eux.
  • Ils ont des relations compliquées avec les Turcs (sunnites) pour des raisons politiques (séparatisme).
  • Ils aiment bien les Kurdes de Syrie, qui sont dans l’ensemble contre Assad.
  • Ils aiment l’Iran (même si l’Iran est chiite) parce que Téhéran les aime bien historiquement. En plus, les Kurdes sont un peuple apparenté aux Perses.

Relation US-Iraq

Depuis que les Américains exploitent le gaz de schiste et le pétrole bitumineux, ils n’ont plus d’intérêt économique à sauvegarder l’Iraq. De plus, leur précédente intervention dans le pays, en 2003, a été généralement mal perçue. Par contre, Washington pourrait être embarassé par le fait que ce soit l’Iran qui règle le problème jihadiste en Iraq.

Addendum : relation US-Iran

Les États-Unis et l’Iran se réconcilient de plus en plus et pourraient peut-être devenir un jour alliés. Mais leurs relations restent compliquées à l’heure actuelle à cause de leur histoire commune.

Les Américains, pour maintenir leur statut de leader dans la lutte contre le terrorisme, pourraient vouloir couper l’herbe sous le pied de Téhéran. Ils seraient embarassés de voir les Iraniens leur prendre leur statut en expulsant ISIS d’Iraq.

Relation Arabie saoudite-ISIS

Les salafistes ont toujours détesté les jihadistes et vice-versa, malgré que la majorité des jihadistes aient une idéologie salafiste. Le gouvernement saoudien salafiste et les jihadistes sont donc ennemis. Cependant, certains Saoudiens peuvent financer des jihadistes par intérêt personnel.

Relation Qatar-ISIS

Les remarques faites pour l’Arabie saoudite s’appliquent aussi au Qatar, même si la Terre oubliée d’Allah a une plus grande réputation de financement du terrorisme que le royaume wahhabite. La différence est que Doha, malgré sa religion sunnite wahhabite, sympathise avec l’Iran chiite et avec les chiites de la région en général.

Relation ISIS-Al-Qaéda

ISIS était à l’origine une branche d’Al-Qaéda, descendant de la tristement célèbre Al-Qaéda au Pays des Deux Rivières, dont le leader Abou Mus’ab az-Zarqâwi a embarassé Al-Qaéda par sa cruauté. ISIS a aussi fait preuve de cruauté, à tel point qu’il a été expulsé de la nébuleuse. Certains membres de filiales d’Al-Qaéda considèrent les combattants d’ISIS comme des apostats qui ont renié l’Islam par leurs actes, et donc des personnes pouvant être légitimement tuées.

Image d’illustration : par jamesdale10, licence Creative Commons

.

Pourquoi l’Iran pourrait revenir se battre en Iraq

Entrée de la tombe du martyr Hussein.
Entrée de la tombe du martyr Hussein, à Karbala.

L’État Islamique en Iraq et au Levant (EIIL), marche sans difficulté sur l’Iraq et devrait, à ce rythme, prendre Baghdad dans peu de temps. Cette organisation est une ancienne branche d’Al-Qaéda et est donc sunnite. En tant que jihadistes sunnites, ils détestent les chiites et l’Iran, qu’ils considèrent comme des hérétiques vénérant des imams en plus de Dieu. Or, les chiites constituent plus de 60% de la population iraqienne et habitent principalement le tiers sud-est. De plus, les lieux de pélerinage de Karbala et Najaf, parmi les plus saints du chiisme, se trouvent respectivement à 100 km et 160 km au sud de Baghdad. Karbala est l’endroit où se trouve le mausolée de l’imam Hussein, petit-fils de Mahomet, dont le martyre est célébré tous les ans lors de la fête de l’Achoura. Najaf est là où est enterré l’imam Ali, le premier imam chiite.

L’Iran et l’Iraq étaient déjà entrés en guerre en septembre 1980, causant un million de morts au bout de sept ans de conflit. Aujourd’hui, l’Iran a plusieurs bonnes raisons de revenir en Iraq, mais cette fois-ci pour expulser l’EIIL du pouvoir.

Pour protéger le chiisme

C’est la raison la plus évidente. Les mausolées de Najaf et Karbala seront probablement considérés comme hérétiques par l’EIIL et dynamités, comme le furent les tombes des saints au Nord-Mali pendant l’occupation jihadiste. Ce serait une catastrophe pour les chiites, et les mollahs ne veulent sûrement pas qu’un tel acte se produise ou reste impuni.

Pour noyer le poisson des problèmes intérieurs

Le nouveau président iranien, Hassan Rouhani, a beau être un modéré, la situation des droits de l’homme s’est déteriorée et les tensions sociales ont augmenté depuis son arrivée. En lançant une guerre, Téhéran peut recourir au patriotisme pour distraire les Iraniens des problèmes nationaux.

Pour se réaffirmer en tant que puissance régionale…

Pour l’Iran, libérer l’Iraq des jihadistes est un coup de pub très conséquent. Même l’Arabie saoudite, le grand rival de Téhéran, ne pourrait qu’applaudir devant une telle victoire contre ses ennemis terroristes. Du côté des Iraqiens, une telle intervention pourrait effacer le souvenir amer de la précédente guerre entre les deux pays.

et comme puissance contre le terrorisme

Téhéran pourrait se défaire de son image de pays finançant le terrorisme. L’Iran redorerait son blason vis-à-vis de l’Europe et des États-Unis, dans une logique de réconciliation avec les Occidentaux. D’ailleurs, Washington serait mis dans une situation improbable : son nouveau meilleur allié contre Al-Qaéda serait le pays des mollahs, ni plus ni moins (même si une telle alliance est moins surprenante que l’amitié des États-Unis et de l’Arabie saoudite, le pays salafiste qui interdit aux femmes de conduire).

Argument contre : et l’économie ?

Le programme nucléaire iranien a, indirectement, beaucoup fragilisé l’économie nationale. Les sanctions occidentales, dont les embargos visant le pays, ont notamment fait plongé le cours du rial, la monnaie iranienne : alors qu’en 2004, un dollar valait 8 900 rials, à l’heure où j’écris cet article, un dollar vaut 25 628 rials. Actuellement, le rial iranien est la devise nationale la plus faible au monde. Vu l’état de l’économie, Téhéran n’a pas forcément les moyens de s’engager dans une guerre, surtout alors qu’ils s’apprêtent à s’ouvrir au marché mondial.

EDIT 12 juin 2014 (le lendemain de la première publication) : d’après le Wall Street Journal (cité dans cet article, en anglais), l’Iran a envoyé deux bataillons de forces spéciales à Tikrit (nord de Baghdad) et aurait ainsi aidé à reprendre 85% de la ville aux insurgés. Téhéran a affirmé avoir positionné ses troupes à la frontière avec l’Iraq et promet de bombarder l’EIIL s’il s’approche à moins de 100 km des territoires iraniens.

.

.

Trois histoires drôles d’Al-Qaeda

On peut avoir du mal à croire que l’histoire de l’organisation terroriste la plus connue au monde puisse contenir des anectodes drôles. Mais voici trois histoires drôles tirées du passé d’Al-Qaeda, garanties sans humour noir.

1: La bouteille ensorcelée

Bouteille de glucose
Les terroristes le savent bien : il n’y a rien de plus terrible qu’une bouteille de glucose.

Pendant la guerre en Afghanistan, Oussama Ben Laden et ses compagnons se battent contre les Soviétiques. Ce jour-là, Ben Laden est malade et se repose dans la galerie que ses hommes ont creusée. Son lieutenant, Ayman az-Zawahiry, qui est médecin, vient le voir pour lui administrer du glucose en intra-veineuse. Il installe un poteau en métal pour faire tenir la bouteille de glucose et insère un tube dans le récipient. Ben Laden retrousse sa manche pour que Zawahiry puisse le piquer. Juste à ce moment-là, un avion de chasse passe au-dessus. Plusieurs bombes tombent sur un sommet près de la tranchée. La bouteille chute sur le coup.

Patient, Zawahiry remet la bouteille, démêle le tube et y insère une autre aiguille. Ben Laden tend de nouveau son bras. C’est alors qu’une deuxième série de bombes s’abat juste au-dessus d’eux. Les morceaux de roche volent et les supports en bois de la galerie explosent. Le médecin part chercher la bouteille, qui a roulé à l’autre bout de l’endroit. Les jihadistes fixent la bouteille de glucose comme si elle était vivante. Un d’entre eux dit : “Tu ne vois pas ? À chaque fois que tu mets la bouteille sur le poteau, on nous bombarde !”

Zawahiry rit en répondant qu’il ne s’agit que d’une coïncidence. Il remet une aiguille stérile. Soudain, une troisième série de bombes fait exploser le plafond de la galerie, qui s’ouvre à l’air libre. Les jihadistes se cramponnent à ce qu’ils peuvent en hurlant. La galerie se remplit de gaz de combat et tout le monde se jette sur ses masques.

Zawahiry redresse tranquillement le poteau de métal et attrappe la bouteille. Les combattants terrifiés lui crient : “Jette la bouteille dehors ! Ne la touche pas !” Ben Laden leur dit que la superstition est interdite en Islam, mais ils ne l’écoutent pas. Alors que le médecin prend le tube pour l’insérer dans la maudite bouteille, un jihadiste la lui attrappe et la jette à l’extérieur.

.

Source : “The Looming Tower – Al-Qaeda and the Road to 9/11”, par Lawrence Wright

p. 160-161

2 : La grande évasion

Plan de l'évasion
Plan de l’évasion

En ce 11 décembre 2005, les membres d’Al-Qaeda détenus dans une prison yéménite décident de s’évader. Ils sont regroupés dans deux cellules contigües : celle de devant, une pièce relativement grande qui donne sur le couloir, et celle de derrière, séparée de celle de devant par une porte et sans accès direct sur le couloir. Derrière, les hommes creusent le sol du matin au soir à l’aide de cuillères et de morceaux de métal. Devant, ceux qui ne travaillent pas se relayent pour réciter le Coran le plus fort possible afin de couvrir le bruit de ceux qui creusent. Leur but : percer un tunnel jusqu’à la mosquée addossée à la prison, 50 mètres plus loin.

Le principal problème est : que faire de la terre déblayée ? Les détenus s’en débarassent d’abord en la jetant dans les toilettes, ce qui marche jusqu’à ce que les toilettes se bouchent. Puis ils la cachent sous leurs matelas. Enfin, ils la mettent dans des sacs en plastique et la déposent dans un coin des salles d’eau où les gardes ne viennent jamais.

Un jour, un soldat arrive dans la cellule de devant pour réparer la porte. Malheureusement, le problème de la terre à cacher n’est pas tout à fait résolu, et il y en a un peu partout. Un détenu se dispute avec le garde pour faire diversion, parvient à le distraire et le fait partir. Sauf que, début février 2006, les responsables de la prison ordonnent ce coup-ci de réparer vraiment la porte. Les détenus doivent s’enfuir avant le début de la semaine (samedi au Yémen), sinon ils sont cuits. Jeudi, ils arrivent au niveau du sol de la mosquée et frappent sur le carrelage pour sortir. Un garde entend le bruit depuis le mirador, tire un coup de feu, et ne cherche pas plus à comprendre. Après quelques heures supplémentaires d’efforts, le tunnel perce. Au lieu de donner sur la morgue de la mosquée, comme prévu, il donne sur les toilettes des filles. Ce jour-là, il n’y a personne dedans, car c’est la salle la moins utilisée du bâtiment. Imaginez ce qui se serait passé si, pour une fois, une fidèle avait eu une envie pressante…

P.S. : en apprenant l’évasion, les Américains se disent que les détenus avaient forcément des complices parmi les gardes : pour eux, la probabilité d’arriver à creuser un tunnel de 50 m à l’aveugle jusqu’aux toilettes des filles de la mosquée est bien trop faible…

.

Source : “The Last Refuge – Yemen, Al-Qaeda, and America’s War in Arabia”, par Gregory D. Johnsen

p. 191-194

3 : Madame la voisine

Madame la voisine
Madame la voisine faisant paniquer un jihadiste.

Une cellule d’Al-Qaeda veut s’implanter dans une nouvelle ville au Yémen. Quaity, le chef de la cellule, jette son dévolu sur Tarim, une bourgade dans le désert de l’Hadramout (désert dont le nom signifie d’ailleurs “la mort est venue”). Mais c’est une ville où tout le monde se connaît. Les gens auraient tôt fait de remarquer un groupe de nouveaux venus, barbus et célibataires. Ils décident donc de se déguiser en filles. Ils n’ont qu’à enfiler une abaya (robe noire) et un niqab et ils sont méconnaissables.

C’était sans compter sur Madame la voisine, qui est une femme observatrice et qui se tient au courant de tout ce qui se passe dans son quartier. Un jour, elle remarque que dans la maison d’à côté, il n’y a que des femmes qui entrent et qui sortent. Une maison où vivent plusieurs femmes sans hommes ? C’est suspect. Ne serait-ce pas des prostituées qui s’implantent en ville ? Elle en parle à ses amies.

Pour en avoir le coeur net, elle part frapper à la porte de la maison. À sa grande surprise, c’est un homme barbu qui ouvre. Il dit précipitemment que les femmes ne sont pas là, puis il claque la porte. La voisine ne sait plus quoi penser : des prostituées, un trafic de drogue ? En tout cas, c’est forcément quelque chose de mauvais. Une fois à la maison, elle téléphone à la police.

C’est ainsi que la cellule d’Al-Qaeda à Tarim fut démantelée grâce à Madame la voisine.

.

Source : “The Last Refuge – Yemen, Al-Qaeda, and America’s War in Arabia”, par Gregory D. Johnsen

p. 226-227

.


Dessins réalisés par moi-même (mon smartphone-lapin n’ayant pas encore tout à fait le niveau)

.

.

L’histoire d’Abdalilah Shaya

Sanaa, Yemen's capital
Sanaa, la capitale yéménite. La vieille ville est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

English version: the story of Abdalilah Shaya

 .

Abdalilah Shaya est journaliste à Sanaa, la capitale du Yémen. Début janvier 2009, des membres de la branche locale d’Al-Qaeda sont venus le voir, comme ils l’avaient fait avec d’autres reporters auparavant. Les groupes d’Al-Qaeda au Yémen et en Arabie saoudite étaient affaiblis depuis plusieurs années. Leurs haut commandants étaient soit à Guantánamo soit dans les prisons yéménites. Mais depuis, ces leaders s’étaient enfuis ou avaient été libérés. Le Yéménite Nasir al-Wihayshi et le Saoudien Saïd al-Shihri avaient fusionné les mouvements des deux pays en une nouvelle entité : Al-Qaeda dans la Péninsule Arabique, ou AQPA. Ils voulaient donner une interview à la presse pour annoncer l’événement.

.

Avant l’entrevue, Shaya a dû envoyer ses questions à Al-Qaeda. Quand tout fut prêt, on est venu le chercher, on lui a bandé les yeux et on l’a emmené jusqu’à un bâtiment occupé par l’organisation. Il a été accueilli par Shihri. Ce dernier lui a fait mettre une ceinture d’explosifs. Peu après, Shihri a repris la ceinture en lui disant que c’était juste une blague, même si la ceinture, elle, était bien une vraie. Ensuite, Wihayshi est arrivé avec de quoi boire et manger pour mettre le journaliste à l’aise avant le début de l’interview.

L’enregistrement de l’entrevue a été diffusé le lendemain par Al-Qaeda, ainsi qu’une vidéo montrant Wihayshi, Shihri et deux autres commandants d’AQPA, Qasim al-Raymi et Muhammad al-Awfi. Alors que le nouveau président Barack Obama s’apprêtait à fermer Guantánamo, des ex-détenus de la prison américaine étaient libres, et ils promettaient de tuer des Américains.

.

* * *

.

Deux ans plus tard, en janvier 2011, Abdalilah Shaya a été condamné pour terrorisme par le tribunal yéménite à cause de cette interview. Des chefs de tribus ont fait pression sur le président Ali Abdullah Saleh pour que la sanction soit annulée. À la fin du mois, Saleh a déclaré qu’il était prêt à grâcier le journaliste.

.

Quelques jours plus tard, le 2 février, le président Obama a téléphoné à Saleh pour discuter du Printemps arabe. En effet, deux semaines plus tôt, le président tunisien Zine-al-Abidine Ben Ali avait fui la révolte dans son pays pour se réfugier en Arabie saoudite. Des manifestations avaient également éclaté en Égypte la semaine précédente, et les soulèvements se propageaient rapidement à travers le monde arabe. Saleh avait promis des réformes au Yémen pour éviter une éventuelle révolution. Obama a dit au président de s’assurer que les forces de sécurité du pays “s’abstiennent de violence contre les manifestants yéménites, qui exercent leur droit à la liberté d’association et d’expression”. Ensuite, évoquant l’affaire d’Abdalilah Shaya, Barack Obama a “exprimé son inquiétude vis-à-vis de la libération” du journaliste.

.

Le lendemain, Saleh est revenu sur sa décision de grâcier Shaya.

À l’heure actuelle, le journaliste reste en prison.

.

Source: “The Last Refuge – Yemen, Al-Qaeda, and America’s war in Arabia” [le dernier refuge – le Yémen, Al-Qaeda et la guerre de l’Amérique en Arabie], par Gregory D. Johansen

.

Selon l’indice de liberté de la presse de Reporters Sans Frontières, en 2011/2012:

.

Le Yémen était 171è sur 179, avec un score de 101,00 (le plus faible étant le meilleur). Il était (et est encore) un des pire pays du monde pour la liberté de la presse, à l’époque au même niveau que le Soudan et la Birmanie et pire que Cuba. En 2011/2012, il est tombé plus bas qu’il ne l’avait jamais été auparavant, principalement suite aux manifestations contre Ali Abdullah Saleh.

.

Les États-Unis étaient 47è sur 179, avec un score de 14,00. Le classement et le score sont corrects et n’indiquent aucune réelle inquiétude vis-à-vis de la liberté de la presse dans ce pays.

.

Illustration: http://ko.fotopedia.com/items/flickr-350139897  par Eesti — Creative Commons

.

.

 

The story of Abdalilah Shaya

Sanaa, Yemen's capital
Sanaa, the Yemeni capital. The old city is a UNESCO World Heritage Site.

Version française de l’article : l’histoire d’Abdalilah Shaya

.

Abdalilah Shaya is a journalist in Sanaa, the Yemeni capital. In early January 2009, he is approached by members of the local Al-Qaeda branch, as other reporters were before. Al-Qaeda groups in Arabia had been weakened for years. Their top members had been in Guantánamo and in Yemeni prisons. But since, the organisations’ leaders had either escaped or been set free. The Yemeni Nasir al-Wihayshi and the Saudi Said al-Shihri merged the Yemeni and Saudi affiliates of Al-Qaeda into a new entity: Al-Qaeda in the Arabian Peninsula, or AQAP. They wanted to grant an interview to the press to announce this event.

.

Before the interview, Shaya had to send his questions to Al-Qaeda. When everything was ready, he was blindfolded and taken to a safehouse. He was welcomed by Shihri, who put him a suicide vest to try on. After a short while, Shihri took the vest back, and tell the journalist that it was just a joke, even though the suicide vest was a real one. Then, Wihayshi arrived, along with food and drinks to make Shaya comfortable before the interview started.

The tape of the interview was released on the next day by Al-Qaeda, along with a video featuring Wihayshi, Shihri and two other AQAP commanders, Qasim al-Raymi and Muhammad al-Awfi. As the newly elected president Barack Obama was preparing to close Guantánamo, ex-detainees of the infamous prison were free and vowing to kill Americans.

.

* * *

.

Two years later, in January 2011, Abdalilah Shaya is convicted of terrorism before the Yemeni court, following this interview. Tribal sheikhs press President Ali Abdullah Saleh to revert the verdict. By the end of the month, the president says he is ready to pardon the journalist.

.

A few days later, on February 2, President Obama phones Saleh to talk about the nascent Arab Spring. Two weeks before, the Tunisian President Zine-al-Abidine Ben Ali had fled protests in his country to Saudi Arabia. Demonstrations had also erupted in Egypt a week before, and revolt is quickly spreading throughout the Arab world. Saleh had promised reforms in his country to fend off an upcoming uprising. Obama urges the president to make sure the Yemeni security forces “refrain from violence against Yemeni demonstrators who are exercising their right to free association, assembly, and speech”. Then, moving on to the case of Abdalilah Shaya, Barack Obama “expresse[s] concern over the release” of the journalist.

.

The next day, Saleh withdraws his decision to pardon Shaya.

To this date, the journalist still remains in jail.

.

Source: “The Last Refuge – Yemen, Al-Qaeda, and America’s war in Arabia”,

by Gregory D. Johansen

According to Reporters Without Borders’s Press Freedom Index, in 2011/2012:

.Yemen ranked 171th out of 179, with a score of 101,00 (the lower the better). It was (and is still) one of the world’s worst countries for freedom of the press, then on par with Sudan and Myanmar and worse than Cuba. In 2011/2012, it had fallen lower than it ever was before, mostly because of crackdown on protesters.

.

The United States ranked 47th out of 179, with a score of 14,00. Both ranking and score are quite good and indicate no real concern about freedom of the press in this country.

.

Picture: http://ko.fotopedia.com/items/flickr-350139897  by Eesti — Creative Commons

.

.