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L’histoire d’Abdalilah Shaya

Sanaa, Yemen's capital
Sanaa, la capitale yéménite. La vieille ville est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

English version: the story of Abdalilah Shaya

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Abdalilah Shaya est journaliste à Sanaa, la capitale du Yémen. Début janvier 2009, des membres de la branche locale d’Al-Qaeda sont venus le voir, comme ils l’avaient fait avec d’autres reporters auparavant. Les groupes d’Al-Qaeda au Yémen et en Arabie saoudite étaient affaiblis depuis plusieurs années. Leurs haut commandants étaient soit à Guantánamo soit dans les prisons yéménites. Mais depuis, ces leaders s’étaient enfuis ou avaient été libérés. Le Yéménite Nasir al-Wihayshi et le Saoudien Saïd al-Shihri avaient fusionné les mouvements des deux pays en une nouvelle entité : Al-Qaeda dans la Péninsule Arabique, ou AQPA. Ils voulaient donner une interview à la presse pour annoncer l’événement.

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Avant l’entrevue, Shaya a dû envoyer ses questions à Al-Qaeda. Quand tout fut prêt, on est venu le chercher, on lui a bandé les yeux et on l’a emmené jusqu’à un bâtiment occupé par l’organisation. Il a été accueilli par Shihri. Ce dernier lui a fait mettre une ceinture d’explosifs. Peu après, Shihri a repris la ceinture en lui disant que c’était juste une blague, même si la ceinture, elle, était bien une vraie. Ensuite, Wihayshi est arrivé avec de quoi boire et manger pour mettre le journaliste à l’aise avant le début de l’interview.

L’enregistrement de l’entrevue a été diffusé le lendemain par Al-Qaeda, ainsi qu’une vidéo montrant Wihayshi, Shihri et deux autres commandants d’AQPA, Qasim al-Raymi et Muhammad al-Awfi. Alors que le nouveau président Barack Obama s’apprêtait à fermer Guantánamo, des ex-détenus de la prison américaine étaient libres, et ils promettaient de tuer des Américains.

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Deux ans plus tard, en janvier 2011, Abdalilah Shaya a été condamné pour terrorisme par le tribunal yéménite à cause de cette interview. Des chefs de tribus ont fait pression sur le président Ali Abdullah Saleh pour que la sanction soit annulée. À la fin du mois, Saleh a déclaré qu’il était prêt à grâcier le journaliste.

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Quelques jours plus tard, le 2 février, le président Obama a téléphoné à Saleh pour discuter du Printemps arabe. En effet, deux semaines plus tôt, le président tunisien Zine-al-Abidine Ben Ali avait fui la révolte dans son pays pour se réfugier en Arabie saoudite. Des manifestations avaient également éclaté en Égypte la semaine précédente, et les soulèvements se propageaient rapidement à travers le monde arabe. Saleh avait promis des réformes au Yémen pour éviter une éventuelle révolution. Obama a dit au président de s’assurer que les forces de sécurité du pays “s’abstiennent de violence contre les manifestants yéménites, qui exercent leur droit à la liberté d’association et d’expression”. Ensuite, évoquant l’affaire d’Abdalilah Shaya, Barack Obama a “exprimé son inquiétude vis-à-vis de la libération” du journaliste.

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Le lendemain, Saleh est revenu sur sa décision de grâcier Shaya.

À l’heure actuelle, le journaliste reste en prison.

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Source: “The Last Refuge – Yemen, Al-Qaeda, and America’s war in Arabia” [le dernier refuge – le Yémen, Al-Qaeda et la guerre de l’Amérique en Arabie], par Gregory D. Johansen

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Selon l’indice de liberté de la presse de Reporters Sans Frontières, en 2011/2012:

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Le Yémen était 171è sur 179, avec un score de 101,00 (le plus faible étant le meilleur). Il était (et est encore) un des pire pays du monde pour la liberté de la presse, à l’époque au même niveau que le Soudan et la Birmanie et pire que Cuba. En 2011/2012, il est tombé plus bas qu’il ne l’avait jamais été auparavant, principalement suite aux manifestations contre Ali Abdullah Saleh.

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Les États-Unis étaient 47è sur 179, avec un score de 14,00. Le classement et le score sont corrects et n’indiquent aucune réelle inquiétude vis-à-vis de la liberté de la presse dans ce pays.

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Illustration: http://ko.fotopedia.com/items/flickr-350139897  par Eesti — Creative Commons

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The story of Abdalilah Shaya

Sanaa, Yemen's capital
Sanaa, the Yemeni capital. The old city is a UNESCO World Heritage Site.

Version française de l’article : l’histoire d’Abdalilah Shaya

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Abdalilah Shaya is a journalist in Sanaa, the Yemeni capital. In early January 2009, he is approached by members of the local Al-Qaeda branch, as other reporters were before. Al-Qaeda groups in Arabia had been weakened for years. Their top members had been in Guantánamo and in Yemeni prisons. But since, the organisations’ leaders had either escaped or been set free. The Yemeni Nasir al-Wihayshi and the Saudi Said al-Shihri merged the Yemeni and Saudi affiliates of Al-Qaeda into a new entity: Al-Qaeda in the Arabian Peninsula, or AQAP. They wanted to grant an interview to the press to announce this event.

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Before the interview, Shaya had to send his questions to Al-Qaeda. When everything was ready, he was blindfolded and taken to a safehouse. He was welcomed by Shihri, who put him a suicide vest to try on. After a short while, Shihri took the vest back, and tell the journalist that it was just a joke, even though the suicide vest was a real one. Then, Wihayshi arrived, along with food and drinks to make Shaya comfortable before the interview started.

The tape of the interview was released on the next day by Al-Qaeda, along with a video featuring Wihayshi, Shihri and two other AQAP commanders, Qasim al-Raymi and Muhammad al-Awfi. As the newly elected president Barack Obama was preparing to close Guantánamo, ex-detainees of the infamous prison were free and vowing to kill Americans.

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Two years later, in January 2011, Abdalilah Shaya is convicted of terrorism before the Yemeni court, following this interview. Tribal sheikhs press President Ali Abdullah Saleh to revert the verdict. By the end of the month, the president says he is ready to pardon the journalist.

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A few days later, on February 2, President Obama phones Saleh to talk about the nascent Arab Spring. Two weeks before, the Tunisian President Zine-al-Abidine Ben Ali had fled protests in his country to Saudi Arabia. Demonstrations had also erupted in Egypt a week before, and revolt is quickly spreading throughout the Arab world. Saleh had promised reforms in his country to fend off an upcoming uprising. Obama urges the president to make sure the Yemeni security forces “refrain from violence against Yemeni demonstrators who are exercising their right to free association, assembly, and speech”. Then, moving on to the case of Abdalilah Shaya, Barack Obama “expresse[s] concern over the release” of the journalist.

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The next day, Saleh withdraws his decision to pardon Shaya.

To this date, the journalist still remains in jail.

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Source: “The Last Refuge – Yemen, Al-Qaeda, and America’s war in Arabia”,

by Gregory D. Johansen

According to Reporters Without Borders’s Press Freedom Index, in 2011/2012:

.Yemen ranked 171th out of 179, with a score of 101,00 (the lower the better). It was (and is still) one of the world’s worst countries for freedom of the press, then on par with Sudan and Myanmar and worse than Cuba. In 2011/2012, it had fallen lower than it ever was before, mostly because of crackdown on protesters.

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The United States ranked 47th out of 179, with a score of 14,00. Both ranking and score are quite good and indicate no real concern about freedom of the press in this country.

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Picture: http://ko.fotopedia.com/items/flickr-350139897  by Eesti — Creative Commons

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