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Le Macron

Macron

Le macron est sans conteste mon accent préféré. Il sert essentiellement en translittération pour noter les voyelles longues ; ainsi, l’arabe كانوا في المدرسة « ils étaient à l’école » se transcrirait kānū fī l-madrasa. De même pour le hindi नमस्कार « bonjour », qui se transcrit namaskār. Avouez que le macron est plus joli que le circonflexe !

Récit de deux visites à l’ambassade du Pakistan (partie 2)

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L’ambassadeur Moin-ul-Haque (centre) avec le député François Pupponi et divers dignitaires chrétiens. Source : site de l’ambassade

Dans la première partie, nous étions allés en classe voir Monsieur l’Ambassadeur du Pakistan. Ici, nous irons au repas de Noël organisé à l’ambassade avec les chrétiens du Pakistan, et mon smartlapin décrochera une interview en exclusivité française !

Deuxième visite : samedi 17 décembre

Rendez-vous à 18h à l’ambassade. L’occasion étant moins officielle, j’avais gardé mon foulard sur les épaules. Le portique d’entrée a été sorti sur le trottoir, des barrières métalliques ont été mises, la porte est grande ouverte. L’ambassade est bondée, l’ambiance est festive, les dames ont mis leurs plus beaux shalwâr kameez (tunique et pantalon) et laissesnt tomber leurs dupattâ (voile) le long de leur corps, le tout recouvert de paillettes. J’aurais presque dû m’acheter une tenue pakistanaise pour l’occasion.

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Je retrouve deux camarades de classe, mais la plupart d’entre eux ne sont pas encore arrivés. Nous patientons en buvant des jus de fruit, pendant que les divers photographes nous mitraillent pour une raison indéterminée. Puis vient le temps des discours. L’estrade arbore les micros de quelques-unes des nombreuses chaînes d’info pakistanaises. On se croirait presque au pays.

À soirée de Noël, chants de Noël.

Arrive ensuite un invité de marque : François Pupponi, maire de Sarcelles (et accessoirement successeur de DSK), député du Val-d’Oise et président du Groupe d’amitité franco-pakistanaise à l’Assemblée nationale.

Petit speech de l’ambassadeur Moin-ul-Haque.

Et enfin, le découpage du gâteau !

Et bien sûr, des cadeaux pour les enfants.

Les formalités terminées, nous nous mettons avec les quelques équipes de télé pakistanaises et interviewons, en probable exclusivité française, le député Pupponi sur sa future visite au Pakistan au nom de l’Assemblée nationale, en février 2017 (la première visite officielle française depuis une décennie).

Fiers de ce scoop, nous passons au buffet et allons manger dans la cour. C’est bon, quoique bien épicé.

Récit de deux visites à l’ambassade du Pakistan (partie 1)

Après cinq mois d’absence, le site à oreilles de lapin est de retour ! Toutes les excuses du smartlapin pour ce petit contre-temps :-)

Photo de famille avec l'ambassadeur Moin-ul-Haque.
Photo de famille avec l’ambassadeur Moin-ul-Haque. Source : site de l’ambassade

Voici le récit de deux visites faites dans le cadre de la classe d’ourdou de l’Inalco, le vendredi 16 et le samedi 17 à l’ambassade du Pakistan. Cette première partie raconte notre rendez-vous devant l’ambassadeur, où je me suis retrouvée par surprise à chanter devant Son Excellence une chanson classique ourdoue que je n’avais pas pratiquée depuis des mois et des mois.

Dans la deuxième partie, vous découvrirez, en exclusivité française, l’interview du député-maire PS de Sarcelles, François Pupponi, président du groupe d’amitié franco-pakistanaise et qui effectuera en février 2017 la première visite officielle française au Pakistan depuis une décennie.

Première visite : vendredi 16 décembre

Visite de classe à l’ambassade du Pakistan. Nous nous donnons rendez-vous à 14h à l’Inalco (XIIIè arrondissement). C’est ainsi qu’une dizaine de personnes des classes de L1 et L2 d’ourdou (aucun L3 n’ayant pu venir) se rendent vers la station Bibliothèque François-Mitterand, accompagnées de leur professeure Sameena Aslam (Niazi). Celle-ci prendra un avion pour le Pakistan directement après la visite, et nous portons donc grâcieusement son énorme valise rouge.

Ligne 14. Nous changeons à Châtelet pour prendre le RER A, et manquons de nous perdre les uns les autres. Nous descendons à Place de l’Étoile. L’ambassade la plus évidente est celle du Qatar, probablement une des mieux placées au monde ; celle du Pakistan est cachée dans une ruelle, quelques centaines de mètres plus loin.

J’ajuste sur ma tête un foulard bleu totalement non obligatoire (notre professeure n’en a pas, pas plus que les femmes que nous verrons dans l’ambassade). À l’entrée, nous passons un simple portique. Aucune fouille. L’intérieur est dans le style assez kitsch auquel on peut s’attendre en regardant les façades du quartier. Dans la salle à côté, le personnel s’active à décorer le sapin de Noël pour la soirée suivante, et nous en remet les invitations. Nous sommes amenés au salon des ambassadeurs, à l’étage. L’ambiance est détendue, les conversations se font essentiellement en anglais.

Il y a de petits avions de chasse partout.
Il y a de petits avions de chasse partout.

Après l’arrivée de quelques étudiants retardataires, nous entrons dans le bureau de l’ambassadeur. Son Excellence Moin-ul-Haque a pris ses fonctions cet été 2016. Après quelques discussions en anglais et ourdou entre M. l’Ambassadeur et Mme Aslam, chacun est invité à se présenter. (Pendant les présentations arrivent deux retardataires supplémentaires, deux étudiants d’une non-ponctualité éternelle mais que tout le monde adore). Nous recevons du thé et des biscuits.

Au moment des questions, deux étudiants s’enquérissent de la possibilité de faire un voyage au Pakistan, chose que les institutions déconseillent par peur du terrorisme. (On serait tentés de dire que Paris n’est pas non plus une ville extrêmement sûre point de vue terrorisme ; et puis c’est bien connu, le plus grand risque au Pakistan s’encourt au moment de traverser la rue…). Personnellement, je demande des informations sur la scène tech pakistanaise, qui compte plusieurs centaines de startups.

Et c’est là que notre professeure me demande de chanter.

Lors de mes présentations, Mme Aslam avait déjà évoqué mes capacités vocales, et notamment un ghazal (poème d’amour classique) que j’avais chanté l’année précédente à la fête du département Asie du Sud de l’Inalco. En l’occurrence, c’est « Ae ishq hamein barbâd nâ kar » (ô amour, ne me détruis pas) dont voici la version de Nayyara Noor. Seulement, je n’avais pas chanté cette chanson depuis ladite fête, c’est-à-dire pendant presque un an. Mes yeux font des allez-retours entre ma professeure et Son Excellence. Ce genre de moments est trop surréaliste pour laisser le temps d’être terrifié. Je demande (en anglais, étant trop dans l’urgence pour faire des phrases ourdoues) à lire les paroles sur Internet ; je ne me souvenais que du refrain et du premier couplet. Je chante entièrement le ghazal, assez tendue sur le moment au sujet de la qualité de ma propre performance.

Pendant que notre professeure reste discuter avec Son Excellence, nous sortons et revenons dans le salon des ambassadeurs. Nous nous lâchons un peu (un étudiant d’origine indo-pakistano-quelque chose clame haut et fort qu’il demandera l’asile en Suède en cas d’élection de Marine le Pen), bavardons bruyamment et prenons des selfies à droite à gauche.

Vient finalement le temps de la photo de famille. Nous descendons sur les marches et nous plaçons derrière l’ambassadeur. Au moment de lui serrer la main, il me… tapote la tête ?! Ça a l’air plutôt bon signe.

C’est ainsi qu’après avoir noté nos coordonnées dans un carnet passant aléatoirement de mains en mains, nous sortons et nous rendons au pied de l’Arc de triomphe. Nous disons au revoir à notre professeure, qui part direction l’aéroport. Les L1 rentrent à l’Inalco pour assister à un cours. Nous, six filles de L2, décidons de passer la fin de l’après-midi au Séphora des Champs-Élysées. Un peu de sérieux, quand même.

Lien sur le site de l’ambassade du Pakistan : « Inalco Students meet the Ambassador »

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Dans le bureau de l’ambassadeur. Source : site de l’ambassade

Dans le plus grand mall du Moyen-Orient (voire du monde)

(7 juillet 2016, 16h27)
Reine des neiges, Minions, Angry Birds : de quoi faire craquer des Iraniens de tous âges… (7 juillet 2016, 16h27)

« Où se trouve le plus grand mall du Moyen-Orient ? » lance notre accompagnateur iranien, zigzaguant dans la circulation au volant de son Iran Khodro toute blanche. « À Dubaï ? Non ! À Riyadh ? Non ! À Koweït ? Non ! Il est à Shiraz ! »

Inauguré en 2012, le Persian Gulf Complex se dresse dans le désert de la province de Perse (فارس Fârs), près de la route qui mène vers l’ouest de l’Iran. Il se trouve juste au nord de la capitale de la province : Shiraz (شیراز Shirâz), ville « de la poésie, des roses et des rossignols », verte et très étalée, une des villes les plus influentes de l’Iran. Techniquement, l’Isfahan City Center est légèrement plus grand. Peut-être du fait de la rivalité ancestrale entre Shiraz et l’autre ville influente qu’est Ispahan (اصفهان Esfahân), notre accompagnateur shirazi préfère éluder cette différence de surface. De toute façon, du haut de ses 2500 emplacements de magasins, le Persian Gulf Complex bat à plate couture tous les autres centres commerciaux de la planète.

L'extérieur du Persian Gulf Complex est inspiré des colonnes de la ville achéménide de Persépolis (Takht-e Jamshid), située quelques dizaines de kilomètres plus au nord.
L’extérieur du Persian Gulf Complex est inspiré des colonnes de la cité achéménide de Persépolis (تخت جمشید Takht-e Jamshid), dont les ruines se trouvent quelques dizaines de kilomètres plus au nord. (7 juillet 2016, 17h21)

Une fois garés dans un des quatre étages du parking souterrain — gratuit en ce qui nous concerne — nous entrons dans le centre commercial à proprement parler. Les premières choses que nous voyons sont des boutiques pour enfants.

(7 juillet 2016, 16h26)
Une boutique Hello Kitty, annonçant un rabais de 30 % à l’occasion de la fête de ‘Eid-e Fetr (عید فطر) de fin du Ramadan. Mis à part quelques affiches, l’Eid passe globalement inaperçu à Shiraz. (7 juillet 2016, 16h26)

Il y a un peu de monde. Au milieu des allées se vendent des ballons en forme de Minions ou encore des coques de téléphones.

(7 juillet 2016, 17h10)
Des coques à oreilles de lapin ! (7 juillet 2016, 17h10)

Plus loin s’illuminent de nombreuses boutiques de vêtements. En faisant abstraction des étalages de foulards et de l’abondante contrefaçon, on se croirait dans n’importe quel centre commercial occidental. On pourrait en dire de même de la plupart des malls iraniens, d’ailleurs.

(7 juillet 2016, 17h06)
Bien des marques présentées ici sont issues de contrebande entre les États de la rive arabe du Golfe et la province iranienne de Hormozgân, au niveau du détroit d’Ormouz. Notez le mannequin féminin habillé de manière assez peu islamique. (7 juillet 2016, 17h06)
(7 juillet 2016, 16h51)
En Iran, les cravates seraient semble-t-il un symbole croisé et une marque de la décadence occidentale. Ce qui n’empêche personne d’en vendre et d’en porter. (7 juillet 2016, 16h51)

Sur deux étages s’étend le supermarché Hyperstar, déclinaison locale de Carrefour.

(7 juillet 2016, 16h38)
Un supermarché en somme toute très habituel. (7 juillet 2016, 16h38)
Un air de ressemblance avec les supermarchés allemands ? (7 juillet 2016, 16h34)
Un air de ressemblance avec les supermarchés allemands ? (7 juillet 2016, 16h34)

Entre le mini-parc d’attraction et les fontaines multicolores, les enfants ont de quoi s’amuser.

(7 juillet 2016, 16h50)
Les fontaines sont assez impressionnantes en version animée. Notez le dinosaure ! (7 juillet 2016, 16h50)

Mais dès lors qu’on s’éloigne du rez-de-chaussé et du coeur du mall, l’ambiance prend une teinte étrange. La plus grande partie du centre commercial est vide, sombre, dénuée de toute activité. Alors que les grands malls perdent de leur popularité à travers le monde, l’excentré Persian Gulf Complex souffre de la concurrence de centres commerciaux de taille plus modeste, ainsi que des innombrables boutiques qui bourdonnent au centre-ville.

(7 juillet 2016, 17h04)
Une boutique Tati va ouvrir au fond du mall. Espère-t-on attirer clients et magasins sur le chemin inerte menant à l’enseigne ? (7 juillet 2016, 17h04)
Entre les deux étages du supermarché Hyperstar (), on aperçoit les faubourgs nord de Shiraz. (7 juillet 2016, 16h39)
Entre les deux étages du supermarché Hyperstar (هایپرستار Hâyperstâr), on aperçoit les faubourgs nord de Shiraz. (7 juillet 2016, 16h39)

Bienvenue au pays d’Inwi, Méditel et Maroc Télécom

Telecom people
Les gens des télécoms, remplissant l’atmosphère du nom de leurs entreprises respectives. Cliquez sur l’image et remarquez au fond que les deux employés de ‘Ttisalat et d’Inwi ont l’air de bien s’aimer (place Moulay el Mehdi, Tétouan, 29 juin 2016, 15h15)

Au Maroc, les opérateurs télécoms sont omniprésents. Ils sont trois ; leurs enseignes et logos parsèment les rues, leurs publicités remplissent une partie considérable des annonces (que ce soit sur des panneaux d’affichage, à la télé ou à la radio) et surtout, leurs vaillants employés scandent leur nom à chaque coin de rue dans leurs habits aux couleurs instantanément reconnaissables.

Sur 28 panneaux publicitaires aperçus entre Tétouan et la ville balnéaire de Martil (extrême nord du pays), 17 concernaient les entreprises de télécommunication, soit plus des deux tiers. À Casablanca, la proportion est moins astronomique, tout en restant bien plus importante qu’en France.

Les trois opérateurs, par ordre de parts de marché

Maroc Télécom (Ittisalat al-Maghrib اتصلات المغرب / ‘Ttisalat)
Téléboutique Maroc Télécoms au centre-ville de Tétouan
Téléboutique تيلي بوتيك de Maroc Télécom au centre-ville de Tétouan (30 juin 2016, 17h46)

L’opérateur historique, né en 1998 mais dont les origines remontent au règne du roi Hassan II. Rabat ne détient aujourd’hui plus qu’un tiers de ses parts, le reste appartenant à un puissant conglomérat émirati. Il est également passé entre les mains du groupe français Vivendi. Sa couleur est l’orange, bien que son logo soit sur fond bleu. Son slogan est عالم جديد يناديكم ˤālamun jadīd yunādīkum ou « un monde nouveau vous appelle » en arabe standard.

Méditel مديتيل
Quartier général de Méditel dans le quartier d'Ayn Diab, à Casablanca
Siège de Méditel dans le quartier d’Ain Diab, à Casablanca (18 juin 2016, 13h42)

Le deuxième opérateur, qui a décroché sa licence en 1999. Son slogan est ديما راحتك dīmā rāħtek, qui en darija marocain (le dialecte local) signifie « toujours [pour] votre confort ». Bien que sa couleur soit le rouge, il est aujourd’hui entre les mains de l’opérateur français Orange, qui souhaite harmoniser la marque (et la couleur…) d’ici à la fin de l’année 2016. On conviendra que cela pourrait poser quelques problèmes.

Inwi
Inwi
Boutique Inwi dans le quartier d’Ain Diab, à Casablanca (18 juin 2016, 14h02)

Le nom Inwi remonte à 1996 ; c’est semble-t-il un acronyme, mais il se trouve signifier « aie un but, aie de la volonté pour l’atteindre » en arabe (إنوِ / إنوي inwi/inwī, impératif masc/fém du verbe نوى nawā) et « incroyable » (inouï) en français. L’entreprise a eu une vie très mouvementée, passant par les noms de Wanadoo Maroc et de Wana, et a ressuscité sous la marque actuelle en 2010. Sa couleur est le violet. Son slogan est معاكم كل يوم mˤākum kul yom, qu’ils retranscrivent « m3akoum koul yom » et qui signifie « avec vous tous les jours » en darija.

Les soldats des télécoms

Ce sont quasiment tous des hommes, portant tous les mêmes tee-shirt, casquette et sacoche ; seules changent les couleurs de leur employeur, très vives et visibles de loin. Ils s’agglutinent aux mêmes endroits en centre-ville, arrivant progressivement à partir de la fin de matinée, partant pour la rupture du jeûne et revenant jusqu’à tard dans la nuit. Ils crient le nom de leur entreprise du matin à minuit, faisant résonner les rues et les fenêtres environnantes de « Inwi Inwi Inwi » et de « ‘Ttsalat ‘Ttsalat » (les gens de Méditel préférant se taire). Dans leurs sacoches se trouvent des cartes SIM qu’ils vendent à qui le souhaite. Il est rare qu’ils les tendent aux passants comme on distribue des tracts ; de fait, ils laissent les gens très tranquilles. Loin de se regarder en chien de faïence, les factionnaires adverses sympathisent, s’amusent entre eux, s’échangent leurs numéros de téléphone, se taquinent et se font même des câlins en public.

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Le tarif en vigueur est de 50 Dh (environs 5€) pour 5 Go d’internet sur 1 mois. Par contre, il faudra vous munir d’un VPN pour passer un appel WhatsApp ou Skype : les services de VoIP sont bloqués depuis quelques mois par des opérateurs prétextant une concurrence déloyale. Ce qui n’empêche pas les employés d’Inwi d’arborer un logo WhatsApp sur leur uniforme.

Cartes aux pommes (présentation économie)

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Certaines entreprises ont vraiment très très bien réussi dans la vie.

À la demande d’étudiants de ma promotion de Hautes Études Internationales à l’Inalco, voici en ligne les deux présentations que j’ai faites en cours d’économie, avec pour thème les PIB des pays du monde rapportés aux profits de la boîte la plus prospère de l’histoire : Apple. En prime, vous apprendrez en quoi la firme fruitée remplit — comme bien d’autres — tous les critères techniques pour être considérée comme… un État !

Ce papier étant trop consistant pour tenir décemment en tant que post ici, il est accessible comme page sous l’onglet « liste des articles » de ce site.

Mangez des pommes ! (articles connexes)

Mollah Nasreddin et l’ubérisation

Miniature du 17è siècle au musée palais de Topkapı à Istanbul.
Miniature du XVIIè siècle au musée du palais de Topkapı à Istanbul. Quoique l’origine ethnique et géographique de Nasreddin soit contestée, on lui associe la ville d’Akşehir, dans le département de Konya (sud de la Turquie).

Mollah Nasreddin (ou en turc Nasrettin Hoca, prononcer « hodja ») est un personnage populaire, inspiré d’un sage soufi né au XIIIè siècle entre la Turquie et l’Iran. Il est au cœur de petites histoires philosophiques et humoristiques qui se retrouvent du Maghreb à l’Inde en passant par l’Europe de l’est et l’Asie centrale. Voici une de ses histoires qui, bien qu’elle soit vieille de quelques siècles, explique l’ubérisation de façon visionnaire.

Mollah Nasreddin doit faire le prêche du vendredi à la mosquée pour trois semaines. Mais, passant plus de temps à boire à la taverne qu’à étudier le Coran, il cherche un moyen d’esquiver son devoir. Le voilà sur la chaire de l’orateur dans la mosquée, juste après la grande prière du vendredi, devant une foule de fidèles, et il doit trouver une façon de s’en sortir.

Prêche n°1

Nasreddin : Savez-vous de quoi je vais vous parler ?
Les fidèles : Non.
Nasreddin : Si vous ne vous êtes même pas préparés avant de venir, à quoi ça sert que je vous parle ? (il part en lâchant métaphoriquement le micro)
Une semaine plus tard…

Prêche n°2

Nasreddin : Savez-vous de quoi je vais vous parler ?
Les fidèles : Oui !
Nasreddin : Puisque vous savez, à quoi ça sert que je vous l’enseigne ? (il part en lâchant le micro)

Une semaine plus tard…

Prêche n°3

Nasreddin : Savez-vous de quoi je vais vous parler ?
La moitié des fidèles : Oui !
L’autre moitié des fidèles : Non !
Nasreddin : Alors, que ceux qui savent l’enseignent à ceux qui ne savent pas ! (il part en lâchant le micro)

Mollah Nasreddin vient d’ubériser le prêche à la mosquée.

« Apple et le FBI, au cœur des guerres de la surveillance » (Zaman)

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Voici la copie de ce papier publié le mercredi 27 avril à 17h14 sur le site du journal Zaman France.

Quelques minutes après la publication de l’article, un employé d’Apple se tuait d’une balle dans la salle de réunion du quartier général de la firme, à Cupertino, Californie.


Une multinationale préférerait se suicider plutôt que de fournir au gouvernement une arme de surveillance massive. Ce n’est pas un scénario de film, mais une affaire judiciaire aux États-Unis, point de départ annoncé de «guerres de la crypto» entre géants de la tech et États.

Rien ne va plus entre Apple et le FBI. Les relations entre la firme américaine et l’agence de renseignement se sont nettement dégradées ces derniers mois. Dernier épisode en date : la demande par le FBI d’accéder à l’iPhone d’un dealer new-yorkais, requête retirée la semaine dernière après que la police en ait obtenu le code par des moyens non technologiques.

Tout commence en décembre 2015, quand Syed Farook et sa compagne abattent 14 de leurs collègues à San Bernardino, en Californie. Avant de mourir, les deux terroristes avaient détruit leurs smartphones personnels. Reste aux enquêteurs un iPhone 5c que Farook avait reçu de son employeur, l’administration locale. Seulement, il est crypté, conçu pour être inviolable, même pour son fabricant.

Le téléphone de Farook est un modèle vieux de deux ans, pour lequel des techniques de piratage sont connues. Aussitôt saisi, le FBI en modifie l’identifiant auprès d’Apple, ôtant l’espoir d’en récupérer les données via les serveurs de la firme. L’agence exige alors de la compagnie d’inventer un système d’exploitation permettant de pénétrer n’importe quel iPhone, prétextant qu’il ne serait utilisé «que sur un téléphone». Tim Cook, le très réservé PDG de la firme, rejette publiquement la requête le 16 février, qualifiant une telle porte dérobée d’«équivalent logiciel d’un cancer». «Ce n’est pas juste un téléphone», dénonce-t-il. «C’est vraiment le futur qui est en jeu. Vous avez un type à Manhattan [Cyrus Vance, procureur de New York, ndlr] qui dit «J’ai 175 téléphones que je veux y faire passer.»»

Tim Cook, PDG d'Apple depuis 2011 (photo : site iPhone Digital)
Tim Cook, PDG d’Apple depuis 2011 (photo : site iPhone Digital)

Apple soutenu par Google et Facebook

S’engage un pugilat judiciaire. Pour les avocats de la firme, la création de « GouvernementOS », surnom donné chez Apple à la porte dérobée, conduirait à «TraçageDeLocalisationOS ou EspionnageOS demain» et permettrait à Washington de s’accaparer «la capacité de forcer des entreprises […] à saper les intérêts basiques de sécurité et de vie privée de centaines de millions d’individus autour du globe».

De Google à Facebook, 37 entreprises technologiques décident d’appuyer Apple au tribunal. Même l’ex-patron de la NSA et le Haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU soutiennent le groupe. Seul Bill Gates, ex-PDG de Microsoft, l’ennemie ancestrale d’Apple, encense le FBI, peu avant que Microsoft ne se déclare elle-même «de tout cœur» avec la marque à la pomme.

«La rhétorique d’Apple est non seulement fausse, mais aussi destructrice des institutions mêmes qui sont les plus à même à sauvegarder notre liberté et nos droits», rétorquent les avocats du gouvernement. Devant le Congrès américain, James Comey, directeur du FBI, s’interroge : «Et si [les ingénieurs d’Apple] étaient kidnappés et forcés à écrire du logiciel ?».

James Comey, directeur du FBI (photo : Paul Morigi / Flickr)
James Comey, directeur du FBI (photo : Paul Morigi / Flickr)

Des lois pour faire interdire l’iPhone ?

Dans le cas plausible d’une défaite au tribunal, Apple envisage des démissions massives chez ses ingénieurs qui la mettraient hors d’état de coder, que ce soit pour le FBI ou ses propres produits. L’écosystème logiciel d’un smartphone, «assiégé au quotidien» selon les propres mots d’Apple, demande un soin permanent. Même pour la firme la plus prospère de l’histoire, se paralyser ainsi relèverait du suicide.

Le 21 mars, la veille de la très attendue première audience, patatras. Le FBI rétropédale, préférant ouvrir le téléphone dans son coin et clamant n’avoir jamais voulu «dire quoi que ce soit d’infâme sur Apple». Après une semaine et 1,3 millions de dollars payés à un tiers inconnu, l’iPhone est ouvert : il est vide. Taxés de complaire avec la surveillance, les géants de la tech s’engouffrent désormais dans le cryptage, soulevant l’irritation de politiques du monde entier. En France, un amendement du député LR Éric Ciotti manquait, à une voix près, de pouvoir faire interdire les iPhones car trop sécurisés. Le sénat américain envisage des lois similaires.


Si vous souhaitez savoir quels sont les 37 amis dévoués d’Apple parmi les entreprises de la tech, consultez cette magnifique infographie à oreilles de lapin.

Pour un conseiller de Donald Trump, la Turquie complote avec l’uranium amérindien… (Zaman)

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Joseph Schmitz

 

Voici la copie de mon article écrit le 21 avril 2016 pour le journal franco-turc Zaman lors de mon passage là-bas. Tous mes 19 articles pour Zaman sont accessibles ici.

L’avocat Joseph Schmitz a récemment été nommé conseiller en politique étrangère de Donald Trump, le candidat controversé des primaires américaines. Cet ex-inspecteur général du Pentagone avait soutenu l’année dernière une théorie du complot impliquant Ankara, de l’uranium, des projets terroristes et des tribus amérindiennes.

Joseph Schmitz, membre du think tank notoirement islamophobe Center for Security Policy, est devenu l’un des conseillers en politique étrangère de Donald Trump, le candidat républicain aux primaires américaines. Schmitz s’était fait connaître l’an dernier par une sortie à dormir debout concernant les Turcs.

La Turquie à l’assaut des terres amérindiennes pour imposer sa vision de l’islam !

Schmitz a servi avec Lawrence Kogan comme co-conseiller dans un procès de 2015 pour le sénateur du Montana Bob Keenan et l’ex-sénateur Verdell Jackson. L’objet était de bloquer la prise en charge du barrage Kerr, dans le nord-ouest américain, par les tribus des Salish confédérés et des Kootenai. L’édifice a été renommé «barrage de Seli’š Ksanka Qlispe’» après son acquisition pour 18,3 millions de dollars par l’entreprise Energy Keepers, de propriété tribale. Les deux avocats ont affirmé que le tranfert du barrage permettrait au gouvernement turc et à des terroristes d’obtenir du matériel nucléaire. Ils ont justifié leurs arguments par des rumeurs autour de la Coalition Turque d’Amérique, un groupe de lobbying à but non lucratif qui œuvrait à établir des liens commerciaux agricoles avec les populations amérindiennes. Leur crainte était que ce ne soit un cheval de Troie d’Ankara pour «promouvoir sa vision de l’islam» sur les réserves amérindiennes. Le but final aurait été d’exploiter les dépôts d’uranium du secteur et de solliciter l’expertise tribale dans la production de yellowcake, une matière hautement radioactive pouvant servir à fabriquer des bombes.

«C’est totalement ridicule»

«Il est possible que le gouvernement turc, des entreprises turques sponsorisées et des groupes terroristes affiliés ou leurs membres cherchent l’accès à une telle expertise pour l’acquisition potentielle et l’utilisation de dispositifs incendiaires pour compromettre le barrage Kerr et/ou d’autres cibles hors-réserve», assure le contenu de la plainte. Des défenseurs des relations turco-américanes ont qualifié les propos des deux avocats de «purement horribles», rappelant l’appartenance de la Turquie à l’Otan et son alliance avec Washington. «Il y a un intérêt à développer le business avec le pays indien», a déclaré Lincoln McCurdy, président de la Coalition Turque d’Amérique. «Mais apporter des valeurs islamiques et des armes nucléaires ? C’est totalement ridicule». Schmitz et Kogan se sont rétractés en octobre dernier, n’ayant pas pu étayer leurs allégations avec des preuves factuelles.

Fier de sa récente victoire dans le stratégique État de New York, Donald Trump est grand favori à l’investiture républicaine. Son parti craint que son populisme et ses provocations répétées ne lui garantissent une défaite face aux démocrates lors des élections présidentielles de l’année prochaine.

Prise au piège dans mon rêve par Michel Onfray (Zaman)

Cela faisait longtemps que je n'avais pas utilisé Gimp.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas utilisé Gimp.

Voici la copie de mon billet écrit pour le journal franco-turc Zaman lors de mon passage là-bas. Tous mes 19 articles pour Zaman sont accessibles ici.

J’ai pour habitude d’utiliser ma télévision comme réveil. Celle-ci est programmée pour s’allumer à 6h du matin sur les informations de France 24. C’est tôt, mais ça me laisse le temps de rester endormie plus longtemps si je suis fatiguée. Mais si la télévision ne me réveille pas tout de suite et que je continue à dormir, des phénomènes étranges tendent à se produire.

Quand on rêve, c’est pendant une phase dite du sommeil paradoxal, un état d’endormissement relativement léger. Cela fait que quand je rêve avec les infos allumées, je les entends dans mes songes. Dès lors, tout en dormant, je peux rajouter des images aux reportages qui parviennent à mes oreilles, ou encore pester consciemment contre les bêtises de tel intervenant. Cette recette mi-onirique, mi-réelle, conduit parfois à des mélanges assez loufoques. En entendant un sujet sur la prise par Daesh de la ville syrienne de Palmyre, j’ai vu en rêve les jihadistes saccager un zoo, ce qui ne s’est évidemment jamais produit en vrai.

Uber et les hélicoptères

Le cocktail onirico-journalistique le plus abracadabrantesque que j’ai jamais entendu en rêve est le suivant : une alliance d’Uber avec Airbus pour proposer un service de trajets par hélicoptère ! Dans mon cerveau endormi défilaient des images d’hélicoptères décollant de toits d’immeubles, leurs portières marquées du «U» de l’entreprise de transport entre particuliers. Une fois levée, je m’émerveillai de mon imagination délirante et, ayant fait le tour du journal de France 24, allai zapper sur BFM Business. À mon grand effroi, j’entendis le présentateur : «… et cette info qui nous parvient à l’instant… Uber va passer un contrat avec Airbus pour proposer des hélicoptères à ses clients ! Non, vous ne rêvez pas, c’est bien vrai».

En prison, une trappe secrète

Un matin, j’essaie de m’évader de prison dans un rêve paradoxalement assez tranquille – du moins, au début. J’ai débusqué une trappe un peu rouillée dans le sol de ma cellule, que je m’acharne méticuleusement à ouvrir en écoutant les infos du monde réel. Finalement, ça s’ouvre sur un escalier. Alors que je m’apprête à descendre, le présentateur de France 24 annonce une interview avec Michel Onfray. Je soupire et pense à éteindre la télé. Mais comment faire ? Je suis en prison, tout de même ! Je ne peux pas en sortir comme ça pour attraper la télécommande qui se trouve je-ne-sais-où. Prenant mon mal en patience, je descends l’escalier. Je me retrouve dans une pièce de taille moyenne, lumineuse, chaleureuse, avec pour seul meuble, au centre, un gros coffre vide.

Onfray et les réfrigérateurs

Mais, depuis ma télé devant mon lit, Onfray se fait de plus en plus agaçant. Pour ne pas dire insupportable. Assise sur le coffre en guise de chaise, ma patience commence à s’épuiser. Que faire ? Où aller pour trouver cette fichue télé et l’éteindre ? J’entends qu’à cause du capitalisme libéral, on vit moins bien maintenant qu’il y a 50 ans, car «posséder un réfrigérateur» ne serait pas signe d’un meilleur niveau de vie. Je fais nerveusement les cent pas, impuissante et rageuse. Vous vous rendez compte, je suis harcelée par des propos venus d’un monde parallèle dont je ne peux pas me couper, même en rêve ! Après une attente interminable, des portes se matérialisent dans les murs de la pièce. Ils mènent vers des corridors. Je m’y engouffre sans tarder et me réveille.

À la télé, le présentateur dit : «Merci, Michel Onfray, d’avoir répondu à nos questions… »