Un brumeux jour de Noël

St-Barbara
Église copte St-Barbara au Caire. – Daniel Mayer

Nous sommes Noël dernier. Le Noël copte, je précise. À 7 heures, la télévision s’allume sur le journal de France 24, comme elle est programmée pour le faire. Je trouve qu’il n’y a rien de mieux pour se réveiller que le son de l’actualité, mais bon, tout le monde sait que je suis une fille bizarre.

Nous sommes mercredi. J’ai deux cours successifs sur l’Asie centrale, de 12h à 15h. J’y assiste en auditrice libre. L’école est à dix minutes à pied de mon appartement.

Aujourd’hui, j’oublie de prendre le petit-déjeuner. Ça ne m’arrive jamais, car je survis difficilement sans. Je bois juste un verre d’eau et je me dis qu’il faut que j’achète le Canard enchaîné. Les caricatures du Palmipède me manquent.

Je ne cherche pas le journal tous les jours, et quand je l’achète c’est presque toujours vers midi, sur le chemin de la fac. Je ne sors jamais le matin sauf raison impérative. Ce matin, je ne sais pas pourquoi, je pars acheter le journal, ce que je ne fais jamais en ce moment de la journée.

Dehors, ce qui n’était encore jamais arrivé depuis mon déménagement à Paris, les rues sont arpentées par des nuages. Tout est blanc comme un matin en Normandie. Les hauts immeubles et les rues étroites ressortent étrangement sous le brouillard. Le bureau de tabac est deux rues plus loin. En entrant, je souhaite un joyeux Noël au buraliste. C’est un Égyptien copte. J’achète Libération, qui fait sa une sur la grève des infirmières, ainsi que le Canard enchaîné du jour.

Le jour de sa parution, je ne lis pas très sérieusement le Palmipède. Généralement, je regarde les calembours dans les gros titres, les dessins, surtout les aventures du Beauf, et la rubrique « Coup de barre » qui délivre chaque semaine un moment choisi d’audience dans les tribunaux.

Je préfère manger tôt, d’autant plus que j’ai oublié le petit-déjeuner. Vu que j’ai cours à 12h, je me prépare des nouilles pour 11h. Aujourd’hui, ce que je ne fais jamais, j’ai décidé d’être sérieuse en cours : je n’emporterai ni mon smartphone, ni ma montre. J’emporterai juste Libé, ce que je ne fais jamais. Le téléviseur est éteint, le smartphone dort paisiblement dans le placard.

J’arrive devant l’école à 11h55. Ce brouillard fait bizarre. Devant la porte de l’établissement, là où les étudiants peuvent discuter autour d’une cigarette, il y a une atmosphère étrange. Un étudiant encagoulé sort de l’école en se frayant un chemin entre les filles en jilbab.

Je monte à pied au troisième étage. Il n’y a personne dans la petite salle de cours. Une camarade de classe arrive en même temps que moi. On entre. Les autres arrivent. Je lis mon Libé. En tant qu’auditrice libre, je ne vois les étudiants de cette classe nulle part ailleurs et je les connais mal. Celle qui était arrivée en même temps que moi est militaire. Elle dit à une autre étudiante que l’Afghanistan, c’est pas si horrible que ça. La prof arrive et fait son cours.

Le bâtiment est nettement plus vide qu’avant les vacances. Le premier cours finit à 13h30. Après une pause, le second cours commence au sixième étage. Arrivée là-haut, je revois la militaire. Elle discute avec d’autres étudiants du plan Vigipirate et de gars armés qui circuleraient dans Paris après avoir fait une fusillade quelque part.


La journée était déjà assez inhabituelle..


On dit que les journalistes moyens cherchent l’information, mais que quand des journalistes sont vraiment bons, c’est l’information qui vient à eux.

Le jour de Noël 2015, l’information est venue frapper à la porte d’une rédaction rue Nicolas Appert.

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