Comment arrêter efficacement le qat

Man in Mogadishu preparing qat
Un habitant de Mogadiscio prépare du qat pour la soirée

Le qat est une plante originaire d’Afrique de l’est, où elle est mâchée depuis des siècles pour ses propriétés euphorisantes. Son effet semble varier largement de personne en personne : beaucoup de Yéménites, qui la mâchent aussi, la considèrent comme équivalente au café, alors que pour certains Somaliens, c’est une vraie drogue au même titre que le cannabis.

Quand on est accro à une drogue, c’est normalement très dur de décrocher. Pourtant, un jeune Somalien a vaincu instantanément son addiction suite à un incident mémorable. Voici ce qui lui est arrivé.

Tout se passe au début des années 2000. Najib est un Somalien d’une vingtaine d’années. Il habite à Hargeisa, capitale de la région autonomiste du Somaliland, au nord du pays. Un soir où il a mâché beaucoup de qat, il a une envie soudaine de ramener une fille dans son lit. Il prend donc la voiture pour en chercher une. Il pleut des cordes, la nuit est tombée depuis longtemps et la visibilité est désastreuse. Enfin, Najib voit deux filles en robe et hijab qui marchent dans les flaques. Il baisse la vitre et leur dit de monter. À cet instant précis, il s’aperçoit avec horreur que les filles ont des barbes. Une voix d’homme lui répond : “Que Dieu te bénisse, mon fils”. Les barbues s’asseyent à l’arrière. En fait, ce sont deux imams de la mosquée d’à côté qui rentrent chez eux après la prière de la nuit. Terrorisé, Najib tente désespérément de pousser discrétement le sac de qat hors de la vue des religieux, les mains crispées sur le volant.

Il n’a plus jamais mâché de qat de toute sa vie.


Source : “The World’s Most Dangerous Place – Inside the Outlaw State of Somalia”, par James Fergusson – p. 249-250

Publié en 2012, ce livre explique la situation de la Somalie pendant les dernières années et aborde les problèmes majeurs du pays : l’instabilité politique, les séparatismes, les rébellions ou les violences sexuelles. Certaines descriptions étant assez crues, âmes sensibles s’abstenir. Il y a quelques passages mémorables, dont celui où l’auteur décide à ses risques et périls d’essayer le qat (il le regrette).

Bonus : un court épisode extrait du livre (p. 296-297)

Ayaan, une Somalienne de Londres, accompagne l’auteur dans une boîte de nuit de la diaspora. En sortant, une bande de Somalis l’interpellent depuis une voiture : “Eh soeur, qu’est-ce que tu fais avec lui ? Tu devrais être avec moi. Y’a un problème avec tes frères ? »
Ayaan lui répond : “Idiot, tu ne sais pas que l’inceste est interdit dans ce pays ?”

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