Pour sauver son économie, Riyad devrait… envahir le Qatar

Le gisement de pétrole d'El Sharara, Libye
Le gisement de pétrole d’El Sharara, Libye – par Javier Blas, Creative Commons

English-language article: To save its economy, Saudi should… invade Qatar

L’Arabie saoudite et le Qatar ont des relations difficiles. Lors d’une crise diplomatique au printemps dernier, Riyad a rappelé son ambassadeur de Doha et exigé de la petite péninsule qu’elle coupe les ponts avec les Frères musulmans (ennemis des Saoudiens) et qu’elle ferme ou rappelle à l’ordre Al Jazeera, sous peine de blocus maritime (ce qui équivaudrait à une invasion). Mais si le royaume a des tensions avec la terre oubliée de Dieu, ce n’est peut-être pas uniquement à cause d’une confrérie islamiste et d’une chaîne de télévision.

L’économie saoudienne dépend très largement du pétrole. Au début, quand on perce une poche de pétrole, la pression y est suffisante pour que le précieux liquide remonte tout seul à la surface. Mais quand les réserves baissent, la pression baisse aussi et cela ne suffit plus. Il faut injecter du gaz naturel pour pousser l’or noir et le récupérer. La quantité de gaz nécessaire est telle qu’il n’est pas rentable de l’importer ; il faut le trouver sur place. La plupart du temps, le pays producteur de pétrole possède aussi les réserves en gaz nécessaires. Les Saoudiens regrettent maintenant d’avoir fait brûler tout le gaz qui sortait de leurs puits de pétrole, au lieu de le réutiliser. Mais malgré les prospections dans le Quartier vide, au sud-est désertique du pays, ils n’ont pas découvert de gisement notable de gaz. Même s’ils en découvraient, ce serait trop loin des puits de pétroles (dans la région de Dammam, sur le Golfe persique) pour être rentable. Si Riyad ne trouve pas rapidement du gaz près de ses puits, elle ne pourra plus extraire de pétrole et son économie s’effondrera.

Juste à côté des puits de pétrole saoudiens se trouve le Qatar, le troisième exportateur mondial de gaz naturel. Il détient, avec l’Iran, une bonne partie du North Field / South Pars, le plus gros gisement de gaz naturel au monde. L’émirat est constitué d’une petite péninsule de la taille de l’Île-de-France, désertique et défendue par peu de troupes (si l’on exclut la base américaine d’Al-Udeid, la plus grande de la région).

Enfin, Vladimir Poutine a montré il y a quelques mois que, si on le souhaite, on peut annexer la petite péninsule d’à côté, en l’occurrence la Crimée. L’Arabie saoudite pourrait donc suivre son exemple et avoir envie d’annexer sa propre petite péninsule d’à côté.


Contre-argument : Washington était précédemment allié à la fois avec l’émirat et le royaume wahhabite, mais ses relations avec Riyad se sont récemment détériorées au profit de celles avec Doha. Si l’armée saoudienne en venait à envahir le Qatar, les Américains interviendraient probablement, d’autant plus qu’ils possèdent une grande base sur la petite péninsule.


Source : « Saudi Arabia on the Edge » par Thomas W. Lippman, pp. 58-60

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