Mode de vie du journaleux : l’alimentation

Voici quelques observations et anecdotes (toutes authentiques, malgré les apparences) que j’ai pu faire pendant mes stages en rédaction. En tant qu’étudiante en biologie, je trouve que le journaliste est une espèce très intéressante et assez surprenante.

Certains diront que c’est caricaturé. Certes, ces observations ne sont pas vraies pour tout le monde, loin de là. Mais elles sont revenues suffisamment souvent dans mes stages pour qu’on y prête attention.

chocolat

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Alimentation

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Le code d’éthique inclus dans le Stylebook de l’Associated Press contient une section sur les cadeaux. D’une façon très réaliste, et révélatrice vis-à-vis du quotidien des rédactions, il est précisé qu’on peut recevoir des cadeaux “périssables”.

En effet, si vous ouvrez les bons tiroirs, vous y trouverez beaucoup de choses comestibles. Les journaleux sont des mangeurs invétérés de chocolat. Si ce n’est pas de chocolat, c’est d’une autre sucrerie. Ils n’assument pas toujours leur passion quand on les y confronte directement, par exemple quand on débarque avec une boîte de chocolat à la conf de rédac de 9h :

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- Quelqu’un veut du chocolat ?

- Pas moi, je suis au régime…

- Je n’en mange jamais le matin !

- Après le petit déjeuner, non merci…

- Moi je n’aime que le chocolat blanc, il n’y en a pas là-dedans ?

Non seulement il y a du chocolat blanc bien en évidence dans la boîte, mais en plus cette dernière est discrètement finie dans les deux heures qui suivent.

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Petite délinquance

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Cet amour du chocolat n’est pas sans conséquence : il engendre une augmentation de la petite délinquance au sein des rédactions.

Un jour, le directeur de l’info est venu à notre bureau pour nous demander si nous avions du chocolat. Ma collègue a fouillé le recoin bien caché où elle avait planqué notre boîte, et s’est aperçue avec horreur que la chose avait disparu. S’en sont suivis plusieurs jours d’enquête. À la fin, nous avons pu mettre un visage sur le suspect n°1 du vol : le directeur de l’info lui-même. Plusieurs mois plus tard, alors que je passais dire bonjour à toute l’équipe de la rédac, le suspect a avoué dans un moment d’égarement.

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- Un jour, j’ai même pris une boîte de chocolat que j’ai mangé pour moi tout seul… D’ailleurs, je crois que t’étais en stage chez nous ce jour-là.

- Attends, tu ne l’avais pas prise à notre bureau, cette boîte, par hasard ?

- Euh… possible.

L’affaire est donc close.

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J’ai oublié de préciser : cette fameuse boîte n’était pas vraiment à nous. Elle était dans un colis destiné à un collègue et qui s’est retrouvé chez nous par erreur. Le courrier a dûment été restitué à son destinataire, mais sans les chocolats, bien sûr.

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Ne jamais laisser des chocolats seuls

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Une autre fois, j’étais revenue dans cette même rédaction pour passer le bonjour. Je fais ça souvent, en plus tout le monde me dit : “reviens quand tu veux, même sans boîte de chocolats… mais avec, c’est mieux”. Donc voilà, ce jour-là aussi j’avais amené du chocolat. Je me rends au premier bureau, on discute un peu, et ce faisant on traverse lentement l’open space sans s’en rendre compte. La boîte presque pleine est restée sur le bureau, aux mains d’un journaliste assez célèbre (dont je tairais le nom) qui y travaille. À mon retour, 10 minutes plus tard, je le vois, l’air un peu honteux, avec la boîte de chocolats pratiquement vide.

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Jusque dans le fil de dépêches

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Par une journée ensoleillée de printemps 2012, une dépêche d’agence tombe.

URGENT – Sarkozy – chocolat – etc…

La dépêche parlait de Nicolas Sarkozy, alors président de la République, démentant les rumeurs selon lesquelles il consommerait des médicaments sans autorisation de mise sur le marché.

« Je déteste les médicaments », a assuré le président. « Vous savez mon médicament quel est-il, vous me connaissez : une heure de sport par jour, malheureusement un régime en permanence, la passion pour ce que je fais et (…) beaucoup de chocolat. »

Quelques minutes plus tard, la même dépêche reparaît, mais sans la mention “urgent” et sans le mot-clé “chocolat”.

Visiblement, même les agences de presse les plus prestigieuses cultivent une obsession pour cet aliment.

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À la cantine

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En parlant d’aliments, la quantité de nourriture que les confrères mangent à la cantine est tout simplement hallucinante. Pauvres cuisiniers, et pauvre budget grignoté par les frais de nourriture. Moi qui ai un petit estomac, il m’est arrivé de ne finir que la moitié de mon assiette. Mes collègues, eux, engloutissaient non seulement le plat, mais aussi l’entrée et le dessert.

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Vous savez ce qui est le pire, dans tout ça ? Vous savez ce qui est une insulte à celles et ceux qui enchaînent les régimes pour l’été sans arriver à perdre le moindre kilo ?

C’est que, malgré tout ça, l’indice de masse corporel moyen des confrères est inférieur à la moyenne ! Beaucoup d’entre eux sont fins, et les rares personnes enveloppées le sont sûrement par constitution et non pas par alimentation.

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Les journaleux sont cependant aussi obsédés par leur poids que le reste de la population. Tenter de corriger leur perception de leur propre corps est sans espoir : quand je leur dis qu’ils gardent toujours la ligne, ils objectent en disant qu’ils ne gardent que la ligne éditoriale.

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Si quelqu’un peut expliquer comment on peut s’alimenter autant et garder un corps de rêve, alors cette personne mérite non seulement le prix Nobel, mais aussi le prix IgNobel.

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